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  • lundi 5 octobre 2026

    Journal de bord 05/10/2026 peed Dating Désastre

    “ Le temps suffit pour se choisir soi-même, et l’amour n’est jamais une urgence. ”

    Texte offert par Zabeth, humble petit cadeau qui, peut-être, ouvrira des horizons insoupçonnés.

    Le blog n'est point l'unique ouvrage de Til et de Chloé ; il vit, grandit, s'étend et s'enrichit jour après jour, et tout cela tient avant tout à vous, leur chère communauté, à leurs participants si actifs, et aux efforts qu'ils déploient au sein de ce cercle.

    J'évoquerai avec tendresse Arnaud, Jo et Emmanuelle, « Pamplemousse rose », « L'anonyme Romain », et plus récemment Rodolphe. Grâce à eux, le lien qui unit les fidèles des deux filles se fortifie ; leurs commentaires alimentent les réflexions et les articles en partageant une vision et une culture qui leur sont propres, où la bienveillance demeure sans faille. Ils lisent leurs écrits, y répondent, et, parfois, les transmettent encore autour d'eux. Ils parlent des filles à leur entourage et contribuent ainsi à l'essor du blog. C'est là un véritable soutien, et Til et Chloé demeurent infiniment reconnaissantes de pouvoir compter sur vous.

    Sans votre concours, leur dynamique serait demeurée autrement calme. En vérité, Til et Chloé envisagent le blog non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen ; car une communauté, avant tout, ce sont des personnes. Ce sont de solides relations humaines qui se nouent, où la confiance règne au sein du groupe. Aussi est-ce sans détour que nous vous le disons : qu'attendez-vous donc pour laisser votre message et vous joindre à notre chère communauté ?

    Je vous l’avais promis : je vais vous parler de notre soirée de speed dating, tout en reconnaissant que, sur le fond, cela n’était guère vertueux de notre part, puisqu’aucune d’entre nous ne cherche chaussure à son pied, même si nous avons deux célibataires Océane et Coline. Le propos n’est donc qu’une parenthèse légère, une esquisse de nos caprices.

    Cette photographie fut prise alors que j’écrivais l’article, celui que vous avez sous les yeux. On me voit dans mon apparat de speed dating; selon les filles, avec ce chignon, je parais particulièrement froide. Moi, froide ? Or il n’existe personne de plus joviale que moi. C'est fou ces jugements à l'emporte-pièce...

    Le matin même, tandis que Ha-eun (je tiens à préciser qu’elle n’est ni chinoise, ni japonaise, mais coréenne !) achevait les tâches ménagères afin que l’appartement demeure immaculé, Chloé remettait en ordre son atelier, consciente qu’il serait peut-être nécessaire de tout préparer pour que nous puissions, ce soir, loger tout le monde sans encombre. Pour ma part, j’avais pris la Tilomobile et, après une demi-heure de trajet en dehors de Lausanne, je me suis rendue à Vevey afin de ramener de chez Kaiseki by Manabu dix menus kaiseki, accompagnés de morceaux de wagyu et des boissons correspondantes. D’après mon collègue Alex et Emmanuelle, ma supérieure, ce chef cuisinier s’est montré extraordinairement doué. Nous avions donc passé commande en début de semaine : le chef ne voulait pas se contenter de plats à emporter, mais, après négociations, il a finalement consenti. Pour des raisons d’horaire, il nous était impossible de nous rendre dans son restaurant. Avec Chloé, nous avions décidé d’offrir ce repas japonais, car lors de notre dernière assemblée du club, les trois quarts des filles ne connaissaient la cuisine japonaise que par le sushi, le sashimi et le Namasakana. Certes, cela est fort bon, mais la cuisine japonaise est d’une richesse infinie.

    Une fois sur place, je ne m’attendais pas à une telle abondance. Chloé et moi aimons la cuisine japonaise, mais d’ordinaire nous déjeunons ou dinons au restaurant ; c’était la première fois que nous avions envisagé de réchauffer les plats nous-mêmes. Les détails techniques, si complexes, me semblaient rapidement ardus. Après une seconde négociation, nous sommes parvenues à l’accord suivant : le chef et son équipe prépareraient le repas, et un cuisinier viendrait à domicile pour exécuter ce qui était nécessaire. J’avais alors demandé si le service traiteur pouvait être complété par une jeune femme pour le service à domicile. Résultat : deux employés en service traiteur improvisé ont été envoyés à l’appartement.

    À mon retour, Chloé et moi nous sommes préparées avec soin, nous nous sommes douchées et habillées afin de nous présenter sous notre meilleur aspect pour recevoir tout le monde. Les filles avaient rendez-vous chez nous en fin d’après-midi. Or, seules sept d’entre elles ont pu répondre à l’invitation. Après nos retrouvailles et nos embrassades, Chloé et moi avons servi l’apéritif pour lancer le début de soirée, avant de nous diriger, à dix-neuf heures, vers notre speed dating.

    Nous sommes arrivées devant le restaurant à Romanel-sur-Lausanne, comme indiqué sur le SMS reçu la veille, envoyé par l’organisatrice. Le restaurant se trouve à environ 7 km de Lausanne. Le lieu se veut rustique : mobilier vétuste et poussiéreux, atmosphère qui crie le bon goût des temps révolus, et tout cela promettant un service extraordinaire.

    L’organisatrice portait une tenue que j’hésiterais à endosser même pour ramasser des champignons. Sans doute suis-je trop sensible. Peut-être cette tenue est-elle choisie sciemment pour tenir les prétendants à distance — ou, qui sait, pour se protéger des « Drama Queens » qui pourraient lui déclarer leur flamme au premier regard. Son rouge à lèvres, qui bavait légèrement, me répugnait : ce détail cosmétique trahissait une nervosité que seule la situation expliquait. « That’s life. »

    À notre arrivée, elle nous a adressé un sourire (si c’était un sourire, Chloé !) qui se voulait chaleureux — ou peut-être un effort de sourire denté : il lui manquait visiblement quelques molaires. Sans doute restées en vacances. Peu importe. Elle nous a souhaité la bienvenue pour le plus grand speed dating de la région, destiné à notre tranche d’âge, celle des 25-35 ans.

    On nous a réclamé aussitôt le billet d’entrée, somme qui comprenait le speed dating et un repas (que nous ne prendrions pas, mais ça, l’organisatrice ne le savait pas encore) : 220 CHF (environ 235 euros, oui, tout de même…), boissons non comprises et pourtant nécessaires, à la vue des spécimens présents, mais, comme elle nous l’a précisé, le cocktail d’accueil nous était offert avec un petit clin d’œil. La surprise pour elle surviendra au moment du repas.

    La couleur dominante du cocktail, ce bleu pâle qui se situe entre l’eau croupie de l’évier et le produit vaisselle, semblait annoncer la palette émotionnelle de la soirée : une nuance entre la retenue et l’amertume, comme si, parfois, l’amour avait la même transparence que l’eau de rinçage. Heureusement que nous étions là pour rire et discuter.

    Pour être franche, je n’avais pas osé porter ce précieux élixir à mes lèvres. Chloé, sans la moindre gêne, a goûté et lancé : « C’est dégoûtant, ce truc ; il a le goût de sa couleur. » Nous n’avions pas encore commencé que déjà Océane — que vous connaissez tous sous son pseudo Pamplemousse Rose —, Blanche, Sandra, Coline, Anne, Marion, Margot et moi étions déjà mortes de rire, amusées par les réactions de Chloé, très en forme ; il faut dire qu’elle avait déjà commencé la soirée. Une plante verte traînait dans la pièce, visiblement fatiguée. Nous avons toutes discrètement vidé nos verres dans le pot de cette nature qui se meurt. Chloé s’étouffa presque et, avec sa discrétion légendaire, s’exclama : « Tu m’étonnes qu’elle soit en train de crever, la pauvre plante, si vous lui foutez toute cette merde dans le pot ! »

    Nous étions une trentaine : quinze femmes — dont neuf de notre petit club de filles, Chloé et moi incluses — et quinze hommes. Le casting masculin offrait une véritable ménagerie des oubliés de l’amour : du grand et du petit, du velu et du chauve, du musclé et du moins musclé, des vieux garçons et des BCBG, jusqu’aux atypiques : un hippie égaré dans son costume, un rocker endurci, et une personne indéfinissable, non genrée, hésitant encore devant son propre reflet, sur sa propre identité. En somme, tous les archétypes de la vie amoureuse.

    Nous avons eu droit à une tirade d’ouverture : ce soir, soi-disant, nous allions trouver l’amour. Nous, les femmes, avions un badge avec une lettre — moi, j’étais D — et les hommes, un chiffre. On nous remettait aussi une petite fiche à déposer à la fin de la soirée : il fallait y noter notre affinité avec chaque candidat. Trois catégories : 1) affinité amoureuse, 2) ami en mode moite-moite, 3) sans intérêt.

    Dis donc, Jamy : comment ça fonctionne ? Toutes les quatre minutes, les hommes devaient passer à la table suivante. L’organisatrice, avec ses années d’expérience, savait faire tourner les horloges du désir. Et moi, je le reconnais volontiers : un peu de moquerie, beaucoup d’observation, et surtout le plaisir de constater que je suis heureuse d’être lesbienne et en couple. Dans la réalité des faits, ce ne sont que 3 min de conversations factuelles dont on disposent. J’ai franchi l’interdit, pas par témérité, mais parce que mon rôle de journaliste me pousse à témoigner de l’instant. J’ai enregistré les conversations du speed dating pour en faire matière et raconter. Ce geste sert avant tout ma nécessité professionnelle — nourrir le blog — et non pas pour partager avec les filles des passages troublants afin de les divertir — Bon… peut-être que si un peu...

    Je ne vous offre ici que les échantillons qui, il faut l’avouer, m’ont surprise. Par souci de discrétion, j’ai pris la précaution de modifier l'ordre de passage, afin qu’ils ne puissent se reconnaître s’ils venaient à tomber sur ce blog.

    Le premier, 33 ans, originaire de Lugano, en Suisse italienne. On a échangé dans un anglais scolaire ; il ne parlait pas français. Cariste sans emploi, il rêvait d’un nouvel horizon lausannois. Son reniflement constant déclenchait ma misophonie et, au bout de deux minutes, je me suis surprise à regarder ma montre.

    Le second, 35 ans, motard. Autour de lui, la scène se tissait comme une démonstration où le corps et le langage se croisaient. « Avec moi, tous les matins tu prends un bon coup de boost pour la tête… ah wouai... » Le discours se prolongeait dans le bruit obstiné de la moto, qui s’étirait et résonnait quelques secondes qui semblèrent une éternité, comme pour forger une réalité. Je n’ai trouvé rien d’autre que ces mots qui m’écrasaient : « Ah oui… Là, je suis impressionnée. » Puis j’ai hésité à lui poser la question : a-t-il pris son traitement ? Et il a achevé par un feu d’artifice : « Toi t’es bonne, on va se revoir ». J’étais anéantie, ce monsieur a besoin d'aide.

    Le troisième. Alors, lui, je l’ai apprécié, parce qu’il vit vraiment dans son propre monde. Il a reconnu avoir triché : il a 36 ans ; il m’a confié qu’il souhaitait avoir trois enfants et que l’aîné s’appellerait Socrate. Nous irions ensemble, en famille, cueillir des fruits, puis, de retour à la maison, c’était à moi de préparer la tarte aux fruits et le café, que nous prendrions tous ensemble. « Mince, je ne sais pas faire une tarte aux fruits. Quelle éducation lacunaire ! » Je dois l’avouer, je n’aurais peut-être pas dû me lever et énoncer tout haut : « NON, Socrate, maintenant tu arrêtes ! Cela fait trois fois que tu mets les pieds dans les bouses de vache. » Il était tout rouge, complètement pris de panique, il me tenait par la manche quand il m’a demandé ce qui m’arrivait, je lui ai répondu qu’il avait si bien dépeint la scène que j’étais déjà dans la peau de mon personnage. Ah là…  le Monsieur, il n’a pas apprécié… Il m’a dit que j’étais folle. Il faut avouer que certaines des femmes du club de filles et certaines que je ne connaissais pas, aux tables avoisinantes, ont éclaté de rire, alors bien sûr ça l’a vexé, pauvre bichounet !

    Le quatrième, 38 ans, chauve, plombier, divorcé, père d’un petit garçon. L’archétype de l’homme que l’on préférerait ne jamais croiser dans sa vie. Il avait les mains énormes, noires d’huile même le samedi soir, et il les a posées à plat sur la table entre nous, comme pour caler une réalité qui ne souffrirait aucune contradiction. Son kif : le camping. « On boit des bons canons avec les potes et on joue à la pétanque pendant que les femmes font la vaisselle », m’a-t-il dit. Oui, vous ne le saviez pas : dès mon réveil, je n’attends qu’une chose — le moment de la vaisselle. Puis il a déployé son programme : « Toi, la popote, la maison, le linge. Moi, je suis un vrai bonhomme, j’assure au boulot et j’assume les frais. » Ses pouces tambourinaient sur le bois clair, laissant de petites traces grises. Je regardais les marques. Je regardais ses mains. Je lui ai demandé s’il avait pensé à se faire accompagner par une femme de ménage plutôt que par une épouse. Il a cligné des yeux. « Non mais tu comprends, faut aussi que tu… » Il a baissé la voix : « Sinon je suis obligé de me fâcher un peu, faut assumer d’être un bonhomme. » Je vais vous avoué avoir cherché la télécommande pour mettre en pause. Quatre minutes dans ce genre de situation semblaient une éternité. Je me suis levée avant le gong. Il a levé les yeux, interloqué : « T’as un souci ? » Ma réponse : « Je n’ai pas de souci. C’était toi qui as terminé ! »

    Nous ne sortons pas de ce monde patriarcal ; et lorsque toutes les femmes, lassées, chercheront ailleurs l’éclat de leurs désirs, certains s’étonneront que ce soit entre nous que nous nous aimions.

    Au milieu de ce tumulte, est apparu Christian, un homme agréable : peut-être un mètre quatre-vingt-cinq, voire quatre-vingt-dix, cheveux bruns, yeux bleus, toilette soignée, visage rasé de près. Pendant tout le speed-dating, lorsque l’on me demandait ma profession, j’expliquais que j’étais reparatrice de tondeuses à gazon. Au lieu du banal refrain sur la rareté de ce métier, il m’a souri et a répondu : « Et moi, compteur de feuilles pour les photocopieurs Xerox. » Il a pris une pause, puis m’a demandé : « On fait quoi ? On délire tous les deux pendant quatre minutes, cela ne me gêne pas, ou on parle sérieusement de nous ? » Il fait des audits financiers pour les sociétés, et il nous avait repérées, toutes les filles du club. Nous avons partagé un moment des plus agréables ; les rires furent nombreux, et il m’a confié avoir été séduit par Coline, libre désormais, puisqu’elle vient de rompre avec son compagnon. Il m’a sollicitée pour l’aider à la revoir. Je lui ai répondu que j’allais en discuter avec elle, sans toutefois lui promettre quoi que ce soit. Tout comme nous, il ne pouvait demeurer pour le repas, puisqu’il était invité chez des amis. Nous avons échangé nos numéros — il vit à Lausanne — afin de boire ensemble un verre, à l’occasion, lorsque le destin nous le permettra.

    Voilà, vous avez partagé avec moi le récit de notre speed dating, tel qu’il se donne tant à l’extérieur qu’en moi-même. Cette expérience, utile et révélatrice, n’est pas celle qui se prête le plus au rire. Or ce qui m’a le plus saisie fut le repas, et surtout le débriefing qui a suivi avec les filles, où nous avons toutes ri à en pleurer, chacune livrant son pire et les confidences les plus brutes de ce speed dating, jusqu’à ce que le soir se fasse tard et que la nuit nous prenne dans ses bras. Ce rire, qui ne s’éteignait pas, résonnait comme une promesse et un défi ; vous pourrez lire tout cela plus amplement dans ma prochaine publication.

    À vous tous, je vous souhaite de beaux jours jusqu’à notre prochaine rencontre, pour la suite de cette aventure.

    À Bientôt,
    Til & Chlo.

    lundi 28 septembre 2026

    Journal de bord 28/09/2026 Entre deux battements.

    “ Entre urgence et douceur, c’est dans l’humain que se forge notre vocation .”

    À peine étions-nous rentrés chez nous que Chacha débarqua hanter notre quotidien pour une semaine encore — du moins, telle était l’impression que j’éprouvais — car, de retour au foyer, j’aspirais à me retrouver seule avec ma chérie. Mais nous ne pouvions chasser Chacha de notre toit, alors, avançons — let's roll !

    Elle a prit des photos de sa sœur à Genève, photos que je n’ai pas encore eu l’occasion d’examiner. Puis elle est venue me trouver, afin de prendre mon portrait à l’hôpital, et une patiente avec son enfant accepta volontiers de se laisser prendre avec moi, comme si la vie elle-même se proposait à l’objectif pour témoigner.

    Nous abordons cette année au moment précis où les travaux de notre garage ont débuté. Je devine déjà votre question : comment se déroule cette rentrée, chacune dans son nouveau poste ?

    Difficile de percer ce qui se passe au travail et dans l’esprit de ma chérie. Après l’avoir questionnée sous tous les angles, je comprends que l’obtention de ce poste n’a pas été une épreuve en soi. D’une certaine manière, lorsqu’elle travaillait pour la maison Lorentz, place Vendôme, à Paris, tout lui semblait plus simple. Elle me confie : « À Paris, Lorentz avait une idée qui me paraissait souvent lumineuse, et c’était à moi de l’exploiter, d’en décliner les contours. Ici, je dois découvrir l’idée originale et mobiliser l’équipe pour la développer. Parfois, je pars même de ma propre intuition pour trouver celle qui ralliera tout le monde. » Elle résume, avec cette formule qui la caractérise : « Parfois, c’est plus facile. Parfois, c’est moins. »

    De mon côté, pas d’équipe à convaincre. Juste une salle, des protocoles que j’apprends à peine, et la certitude que l’on peut se brûler au contact de ce métier qui sauve. J'ai commencé par une double garde (samedi–dimanche) qui m’offre une entrée en salle d’accouchement où le quotidien se révèle comme un mélange de routine et de vertige. Les anciens m’avertissent que les gardes en obstétrique, par comparaison avec celles de médecine générale, seraient, en règle générale, plus calmes — des temps morts où l’on respire entre deux urgences. Et pourtant, pour mon baptême, l’intensité m’a entourée comme une présence inopinée et sans pitié : accouchement compliqué, urgence obstétricale, césarienne, et même une hémorragie post-partum sévère — une déferlante qui m’apprendrait que la tranquillité n’est pas une donnée universelle, mais une question de jour et de circonstance.
    On m’avait dit que les gardes en salle d’accouchement ne seraient pas nécessairement les plus stressantes : ce fut plutôt l’inverse. Ce jour-là, les événements se pressèrent avec une violence qui défiait tout pronostic. Une dystocie des épaules, par exemple, m’a montré que l’action n’obéit pas seulement à des règles : la tête sort, les épaules restent bloquées, et toute l’équipe s’est vue obligée de répondre, ici et maintenant, sans attendre l’approbation du destin.

    Je reconnais avec humilité m’être appuyée sur le regard des sages-femmes, sur cette capacité qu’elles ont à lire un travail au simple froncement de sourcils ou au ralentissement d’un rythme cardiaque. Leur expérience m’a portée quand la mienne flanchait.

    J’ai été convoquée par le directeur, en présence du chef de service, pour faire le bilan de ce mois et de mes deux premières gardes. J’étais beaucoup moins à l’aise que lors de mes rencontres en médecine générale, ma spécialité préférée. Même si, ici, j’ai fait de mon mieux, je ne savais pas quelle image sortirait de cette épreuve, ni quelle qualité de prestation on retiendrait.
    Pourtant, à l’issue de ce service, deux médecins m’ont adressé des mots qui demeurent gravés : « Bon boulot. » Ce jugement, simple et direct, me revient comme la mesure de ce que l’on peut exiger d’une jeune praticienne — non pas la connaissance exhaustive des subtilités obstétriques, mais l’aptitude à reconnaître, à agir, à s’appuyer sur l’expérience des autres.

    Et l’on m’a confié ceci, dans des termes plus développés encore : « Vous avez su reconnaître ce qui est normal, repérer ce qui ne l’est pas, et agir immédiatement sans précipitation, avec un calme impressionnant, tout en appelant le senior lorsque cela était nécessaire. Vous vous êtes appuyée intelligemment sur l’expérience et la compétence des sages-femmes, car rien de ce que vous avez fait ne nous a échappé — bien au contraire, nous avons été témoins de gestes qui nous ont rappelé pourquoi nous faisons ce métier. Ce n’est pas un signe de faiblesse, mais de l’intelligence pure. Vos réactions ont été parfaites et elles comptent bien plus que la connaissance livresque des détails obstétriques. Bravo, Madame : vous avez été efficace et professionnelle, bien plus qu’une interne de deuxième année — peut-être même au niveau d’une médecin confirmée. Félicitations. Nous sommes très fiers de vous compter dans notre équipe. »

    Cela m’arrive rarement, et pourtant j’ai frôlé les larmes. Le directeur, que je continue de trouver intimidant, me voit comme une extraterrestre capable de tout — comme si la médecine, entre mes mains, se réduisait à un pouvoir sans limites. Mon regard sur cet univers, pourtant, s’est profondément modifié : je le croyais peut-être routinier et prédictible ; il s’avère bien plus varié qu’il n’y paraît, et exige, au-delà des savoirs, une alliance de sang-froid, de technicité et d’humanité.

    D’abord, il y a ces instants où tout paraît paisible. Une patiente est surveillée, le travail progresse, une sage-femme et moi échangeons des mots qui ne s’écartent pas de l’essentiel. Puis, en un instant, le tableau se fissure et exige une réactivité totale : une anomalie du rythme cardiaque fœtal, une hémorragie, une complication imprévue. Il faut comprendre vite, hiérarchiser les signes et agir sans faillir. C’est un métier où l’on passe sans cesse du calme à l’urgence, et où l’on ne peut jamais être certain que le prochain pas sera le bon.

    Mais ce qui m’a le plus surprise, ce sont les moments d’une simplicité lumineuse. Être présente à la naissance d’un enfant, accompagner une femme sur des heures qui la transforment, rassurer, expliquer, décider au moment juste : il y a quelque chose de profondément concret dans cette proximité avec les patients. Après des années d’études, de protocoles et de dossiers, on retrouve, au cœur même de l’urgence, le sens premier de ce métier.

    Et puis il y a tout ce qui gravite autour de l’accouchement : anesthésie, néonatologie, chirurgie, réanimation, médecine materno-fœtale. Cet espace devient un carrefour où se croisent des disciplines et des destins. Certaines gardes seront légères comme une brise d’été, d’autres lourdes comme une vie entière : aucune ne ressemble véritablement à une autre.
    Or, malgré tout ce que je découvre et qui me plaît dans cet univers, je ne m’égare pas pour autant. Mon cap reste la pédiatrie en médecine générale : c’est là que je me reconnais, c’est vers elle que je tends depuis le début. L’obstétrique m’enrichit, me secoue, me révèle des pans de moi que j’ignorais, mais elle n’est pas ma destination. Je peux être fascinée par sa richesse sans vouloir en faire mon horizon quotidien.

    Et je tiens à préciser que cet univers, aussi vivant et imprévisible soit-il, n’est pas un monde coupé de celui que je vise. Ce qui s’y déploie, avec sa férocité et ses enjeux, me parle d’une manière qui éclaire ma route. Là où l’obstétrique et la pédiatrie se touchent — autour de la naissance, du premier cri, de ces premières heures où tout se joue —, je trouve le sens de ma vocation. C’est ici, dans cette réalité qui m’arrache et me forme, que je peux affirmer ce que je suis et ce que je veux devenir.

    Une nouvelle rubrique, « Regards », fait désormais son apparition sur notre blog. Je vous invite à la découvrir en lisant la page qui l'ouvre, tout juste publiée. 

    Comment fonctionne ma tête ?

    14 234 fiches, et une seule envie : comprendre ce que je ne sais pas.

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    Entre les créations de Chloé et les battements de cœur fœtaux, ma thèse et le blog, il y a aussi des week-ends. Ce samedi, tout le "club de filles" se rend à Lausanne pour notre première assemblée de l’année. Au programme : un speed dating. Oui, je sais, ce n’est pas très sérieux — personne n’y cherche l’âme sœur. Mais l’instant est irrésistible : on y croise des êtres si singuliers, d’une différence qu’on n’imagine pas. Nous enregistrons nos entretiens, nous monterons cette soirée. Et le lendemain, réunies à nouveau, nous rirons aux larmes — peut-être jusqu’à en avoir mal au ventre. Certes, cette légèreté n'est pas généreuse, mais elle dit aussi notre complicité, cette joie troublante à découvrir l’inattendu chez les autres. Celle qui nous fera le plus rire repartira avec le trophée. L’année dernière, c’est "Pamplemousse rose" qui l’a emporté. Cette année, j’ai l’ambition de prendre ma revanche.

    Vous connaîtrez le verdict et lirez les meilleurs passages dans mon prochain article.

    À vous tous, je vous souhaite de beaux jours jusqu’à notre prochaine rencontre.

    À Bientôt,
    Til & Chlo.

    lundi 14 septembre 2026

    Journal de bord 14/09/2026 L'absurde révèle sa vérité

    “ Le quotidien se joue sur la scène de nos gestes, et l’amour y donne son sens au dernier acte. ”


    Heureuses de vous retrouver sur notre blog !
    Voilà où nous en sommes: nous avons intégré nos postes.

    Chloé se réjouit que le trajet — train et trottinette — lui permette d’arriver environ un quart d’heure avant sa prise de poste, lui offrant ainsi le temps d’un café en terrasse.
    Le travail lui-même ne diffère guère de ce qu’elle accomplissait à Paris, et l’équipe, d’après ce qu’elle me dit, est sympathique. Selon elle, sa cote de popularité a véritablement augmenté après son premier dessin : « Normal, me dit-elle, je me suis appliquée ! Juste pour leur montrer qui est la cheffe ! » Je me refuse à commenter sa réponse...


    Elle a travaillé en télétravail avec l’ensemble de son équipe du mardi au jeudi, et le vendredi, ils se sont réunis pour faire le bilan, pour dresser l’état des lieux du dossier en cours. Cela a permis de déceler les points forts de chacun et de s'assurer que tous validaient leur part du travail. L’équipe est soudée et, comme Chloé remplace un départ à la retraite, il n’y a aucune animosité à son égard. Tout semble se profiler sous les auspices les plus favorables pour ma chère amie. À son retour vendredi soir, elle était radieuse, comme si la lumière elle-même confirmait sa place dans le monde.

    Pour ma part, j’aurais voulu pouvoir dire qu’il en était de même, mais ce n’est pas exactement la réalité. Mes collègues de pédiatrie en médecine générale m’ont tous remercié pour les remplacements et l’excellent travail que j’ai accompli durant l’été. Cela, pour mes chevilles, n'est guère bon, mais cela fait bouillonner l’égo, le sentiment de soi… et peut-être aussi une once de fierté sans autorité qui se réclame de la dignité du travail bien fait.

    Voilà où les choses se compliquent : la direction m'impose une mission d'aide à l'accouchement. Durée : trois mois. Autant dire que c’est le pire poste qui puisse m’échoir : salle de naissance, aide au médecin pour le suivi du travail, assistance à l’anesthésiste pour la pose de la péridurale, et autres manœuvres obstétricales. En vérité, ce que j’aime dans la médecine, c’est mettre en corrélation les données, chercher, recouper, poser le bon diagnostic — ce côté analytique que je revendique. Là, je me sens réduite à une machine, plus prisonnière d'un mécanisme « cause à effet », et cela me dépossède de ce que j’aime. Pourtant, peut-être y trouverai-je un sens, une façon de transformer la douleur et la peur des patientes...

    Lundi, la restauration de notre garage commence. Entre le travail, les obligations et la discipline sportive, il va être difficile de trouver un creux dans mon emploi du temps ; pourtant je dois passer chez l’esthéticienne, sinon vous risquez d’entendre parler de l’ourse à Lausanne. À côté de cela, nous avons rendez-vous avec Thomas, notre banquier. Non pas que nous le connaissions intimement ; nous l’appelons par son prénom, faute de pouvoir décliner son nom imprononçable : Thomas Wüthrich. Bonne chance pour le dire !

    À ce sujet, lors des vacances, autour des gambas grillées, mes parents et ceux de Chloé, ainsi que Chloé et moi, étions réunis à table lorsque Père lança : « Je vous ai viré des actions Cenovus Energy. » J’avais acquis début janvier un peu plus de 750 titres ; en retranchant frais et impôts, et en ajoutant les dividendes, on dirait que mon pourcentage atteint près de 85 %. « J’offre 600 actions à ma fille, et 150 à Chloé afin de lui constituer ses premières parts. » Mère a aussi contribué, offrant diverses actions plus ou moins porteuses. Mes parents souhaitaient constituer un portefeuille de départ sympathique à Chloé.

    « Vous verrez tout cela avec Thomas », ajouta Père. Mère lança, dans son timbre monocorde habituel, sans lever la tête : « Jusque-là, tout est normal ! » Le rythme de sa verve restait imperturbable. « Ah, c’est malin ! » reprit Père, et tout le monde se mit à rire, sauf Chloé qui me chuchota à l’oreille : « J’ai ri, mais je n’ai pas compris pourquoi on riait. » Mère lança : « Une jeune femme bien élevée ne parle pas à l’oreille de son épouse à table. Nous aurions dû donner une enveloppe supplémentaire à Elisabeth... » Bien sûr… Chloé se mura dans le silence, jusqu'à la fin du repas, comme elle sait si bien le faire.

    Plus tard, en quittant la table, Chloé vint me dire : « Ta mère est méchante ! » Je devais lui expliquer le trait d’humour autour de Saint Thomas, et lui confier que le portefeuille que Mère t'offre est extrêmement généreux. J’en déduis que le mot « méchante » n’est peut-être pas le plus approprié.

    À cet instant, Chloé, fidèle à elle-même, s’approcha doucement de Mère qui lisait et lui offrit une bise inattendue. Mère la regarda avec son regard interrogateur. Chloé lui dit alors : « Ben oui… pour le truc, c'est vrai que le mien commence à être usé ! » J’en mourais de rire, tandis que Mère demeurait perdue. Déjà elle est réfractaire aux bisous, mais là, elle venait d’être téléportée à Katmandou. Pour Mère, à ce moment précis, Chloé était Shiva — l'image sans le sens. Une scène burlesque digne d’Hollywood.

    Et, voyant mon sourire persistant, Chloé vint à nouveau à ma rencontre : « J’ai remercié ta mère, même si j’ai déjà un portefeuille... mais je ne lui ai pas dit. » « Oui… Bien sûr… mon cœur, je t’aime ! » J’en avais les larmes aux yeux à tel point que je riais.

    Ce qui est merveilleux dans cette histoire, c’est ce que j’ai maintes fois répété : il existe autant de formes d’autisme qu’il y a d’individus. Chez Chloé, les bisous et les câlins restent compliqués. Elle n’est ni très affectueuse ni encline aux caresses, sauf avec moi — car je suis une privilégiée — et même si recevoir semble prévaloir sur donner, ce n’est pas le cas ici. Le baiser qu’elle offrit n’est pas le fruit du spontané : elle l’avait imaginé, préparé et mûri longuement dans son esprit ; elle y a longuement réfléchi, et s’est surmontée, malgré son stress, pour venir remercier Mère. C’est une action qui jaillit du cœur, d’une pureté profonde et authentique, même si le quiproquo qui entoure ce geste persiste et prête encore à sourire lorsque j’écris ces lignes.

    C’est ainsi que l’absurde révèle sa vérité : le quotidien, parfois, se fait théâtre et le ridicule, chérie fidèle, nous tient par la main jusqu’au dernier acte.

    À vous tous, je vous souhaite de beaux jours jusqu’à notre prochaine rencontre.

    A Bientôt,
    Til & Chlo.

    dimanche 6 septembre 2026

    Journal de bord 06/09/2026 Luxe discret, ochlophobie, Tilomobile

    “ Le retour à la maison est le luxe discret du temps retrouvé.”

    Nous voici de retour dans notre humble demeure. On pourrait prétendre que le retour à la maison est une chose anodine, mais en réalité, il possède ce charme discret qui confère à l’instant une douceur particulière.

    Il est évident que ces journées m’ont paru infiniment longues, que l’ennui s’est infiltré insidieusement, et que le désir de retrouver le travail, surtout en maternité, s’est fait ardent.

    Je plaisante ! Cette période de repos fut magique et demeure précieuse, la seule véritable occasion annuelle où je m’accorde le droit de ralentir, de me défaire des contraintes de la productivité, et de me laisser aller à la détente sans remords. Manger sans retenue, verser du vin avec déraison, allumer une cigarette de Chloé, et surtout, m’étendre dans un transat pour dévorer un livre.

    Quant au roman de Laurent Mauvignier, je ne l’ai pas choisi pour son Prix Goncourt 2025, mais pour son titre — cette année, nous avons emménagé et le chantier n’est pas achevé. Hélas, sept cent cinquante pages d’introspection prétendument proustienne m’ont laissée froide. Dense, étouffante, impossible à finir. Je ne le recommanderais pas, même pour allumer un barbecue.

    Chloé, elle aussi a été quelque peu déçue par nos vacances. Le départ tardif dans la saison a vidé la région de ses fêtards, de cette foule joyeuse et bruyante qu’elle affectionne tant. Elle ne partage pas cette peur de la foule, cette ochlophobie qui semble enserrer nos sociétés. Au contraire, elle recherche l’énergie collective, la vitalité dans le bruit, l’effervescence. La joie simple d’un moment partagé, de l’apéro qui s’étire, de la danse au cœur de la foule, où l’on devient presque invisible. Ces instants où le temps semble s’étendre à l’infini, où la vie paraît appartenir à chacun.


    Un court détour par Nice, pour aller saluer les grands-parents de Chloé. C’est encore un instant hors du temps, fort agréable, où nous sommes choyées et caressées par une douceur qui suspend le temps et rappelle la tendresse des choses simples. Chloé était aux anges de voir que notre véhicule faisait son effet; j’étais heureuse pour elle, même si je ne saisis pas l’importance de notre Tilomobile aux yeux de certains. Après tout, ce n’est que quatre roues et un moteur destiné à nous transporter d’un point A à un point B — et pourtant, la pensée se soumet à une réflexion plus large sur ce qui donne sens à nos déplacements et à nos appartenances.

    Les soirées que nous passions à Saint-Tropez n’étaient guère les plus marquantes qui nous aient été données de partager. Chloé souhaita nous entraîner sur Juan-les-Pins, et nous partîmes donc, même si, pour ma part, j’emportais une petite valise afin de passer deux jours loin de tout alcool au volant. Je ne conduis pas lorsque je bois, même d’un seul verre.

    Nous trouvâmes, en plein milieu de la saison, une chambre à l’hôtel Lou Juan. Rien d’exceptionnel à première vue: un établissement classé trois étoiles. Pourtant, son emplacement – en plein centre de Juan-les-Pins – en faisait un atout précieux. Pour la joie de ma compagne, nous arrivâmes avec notre voiture; sa fierté était d’autant plus grande qu’elle porte sa plaque d’immatriculation suisse. Elle ne tarda pas à exhiber son passeport helvète à la réception, ce que j’observai avec un sourire, sans le montrer à qui que ce fût.

    Nous fûmes agréablement surpris: le personnel était aimable et désireux de nous satisfaire. La chambre était lumineuse et propre, et le lit, bien que sur le point d’être peu sollicité – Chloé venait ici pour faire la fête et veiller tard – offrait l’espace nécessaire pour se reposer et pour que je puisse évacuer l’alcoolémie éventuelle. Tant que le taux d’alcool dans le sang resterait positif, je m’engagerais à ne pas prendre le volant.

    Nous déjeunâmes ensuite à l’Epi Beach, avec une réservation prise la veille, endroit où Zabeth et moi avions déjà eu l’occasion de nous rendre autrefois, bien que je me fusse alors souvenu de rien de ce lieu, peut-être n'avais-je pas plus de dix ans. Selon les souvenirs de Zabeth, ce restaurant fut une catastrophe. Chloé, au départ, souhaitait un poisson; je la dissuadai, estimant que pour s’amuser, mieux valait prendre des risques mesurés. Elle choisit alors une entrecôte maturée, qui, selon elle, avait pris de l’âge et peinait à être convaincante. Quant à moi, je me laissai tenter par mon plat fétiche: un « filet de bœuf Rossini ». Hélas, ce n’était ni tournedos ni foie gras parfaitement maîtrisé, et l’ensemble me sembla manquer de netteté, ni plus ni moins qu’un décevant écart du goût attendu.

    Le serveur, tantôt burlesque, tantôt maladroit, évoquait un mélange de Charlot et de François Pignon; et s’il faut reconnaître un certain talent à Charlie Chaplin ou à Pierre Richard, nul doute que ce serveur en manquait cruellement. Au final, une cuisine plus que médiocre, un service déplorable et, pour couronner le tout, une tarification qui relevait de l’exagération. À ce stade, ce n’était plus une addition mais une multiplication.

    Nous ne reviendrons pas dans cet établissement tant que la même direction et le même chef seront en place; nous ne pouvons accepter que l’on nomme cela une cuisine digne de ce nom.

    Nous avons suivi, pour notre soirée, les conseils d’une serveuse du Tam Tam; le tumulte était trop bruyant pour moi, mais la glace était bonne — elle m’a soufflé en coulisses l’endroit appelé Siesta Beach Club. Nous avons pris le taxi, et je me permets d’énoncer que parler de ce lieu m’échappe, tant l’esprit de ce club n’est pas ma tasse de thé. On pourrait croire que sur la Côte d'Azur, les restaurateurs rivalisent pour offrir les plats les plus médiocres et les services les plus détestables; et je me demande si l’Epi Beach ne se situe pas, ne serait-ce qu’un gramme au-dessous — mais ce doute demeure incertain, tant mes perceptions savent se dérober. Pourtant, j’emportais ma patience, convaincue d’être venue pour lâcher prise et danser avec ma chérie. Chloé accueillit l’atmosphère immédiatement, cette ambiance amicale où le DJ traverse un répertoire hétéroclite, même si la foule, qui devrait être là, n’était pas vraiment au rendez-vous. Elle souhaitait danser jusqu’au bout de la nuit; nous avons toutefois, vers deux heures du matin, préféré nous retirer à l’hôtel pour une partie de scrabble.Le lendemain, après une douche rapide et coquine, nous avons déjeuné d'une salade. Nous nous sommes promenées main dans la main pendant une petite heure, avons bu un café, et un alcootest m'a indiqué que j'étais apte à prendre le volant. Deux heures de route nous séparaient de la demeure campagnarde de mes parents, à Ramatuelle.

    Bilan: ce n’est pas un fiasco, mais ce n’est guère génial. Il serait peut-être bon que certains restaurateurs se remettent en cause; peut-être manquent-ils un peu d’implication dans le sens de la clientèle. Nous sommes restées chez mes parents pour la fin des vacances, où la nourriture était excellente, avec des vins qui tenaient de l'exception et une piscine agréable. Il y a quand même plus malheureuses.

    Des jours où l’on souhaiterait un peu plus de bonheur. Le prochain article sera moins guilleret : le travail nous rattrape. Mais au moins, à la maison, c’est nous qui choisissons quand allumer les flashs, enfin pas toujours...

    Bonne rentrée à vous tous,

    A Bientôt,
    Til & Chlo.

    vendredi 21 août 2026

    Journal de bord 21/08/2026 Organisation, Rénovation, Patience

    “ Les vacances, même brèves, sont un précieux rituel d’amour, de partage et de ressourcement.”


    Nous sommes le 21 août 2026, et il ne reste plus que ma garde à l’hôpital pour demain. Avec Chloé, nous avons trouvé un garage de location où loger notre Tilomobile, et nous avons regroupé toutes nos affaires que nous avions entreposées dans notre garage. Hier soir, nous avons effectué plusieurs allers-retours, ce qui nous permettra de partir l’esprit léger, sans cette inquiétude liée aux travaux que nous redoutons pour la rentrée.

    Le garage se trouve quelque peu éloigné de notre demeure, et cela ne satisfait guère Chloé, qui doit désormais transporter son vélo ou sa trottinette de compétition jusqu’à notre couloir privé, lequel est fermé à clef. Pourtant, tout cela passe par l’ascenseur, et, en vérité, il ne s’agit que de petites contrariétés, dont on peut bien se plaindre un peu, mais sans trop s’y attarder.

    Enfin, le moment tant attendu de mes vacances est arrivé, aussi brèves
     soient-elles, mais accueillies avec une gratitude sincère. Mon dessein est limpide : me reposer autant que possible, tout en sortant un peu, car ces instants d’évasion sont aussi l’occasion de fréquenter les restaurants, d’aller danser, de célébrer la vie lors de quelques nuits de fête. Ces moments partagés renforcent notre couple, notre union, maintiennent cette fusion si précieuse, en nous permettant d’échapper aux contraintes quotidiennes de la vie active. Les vacances, pour nous, sont une source de ressourcement, mais surtout une période privilégiée pour unir nos âmes, pour tisser, dans le présent, les belles images de notre passé et de notre futur. C'est aussi le temps de la réunion avec nos parents, une occasion précieuse de réunir nos êtres chers et de partager ensemble ces instants fugaces de fraternité.


    Chloé avait accepté la photo de son dressing sous réserve d'une contrepartie. Elle vient aujourd'hui  réclamer ce qui lui est dû. j’ai donc accepté de prendre la route en voiture (environ 550 kilomètres), conformément à la demande de Chloé. Par choix, j’aurais préféré l’avion, mais j'avais une dette mais surtout, j’ai acceptée pour lui faire plaisir. Elle souhaite montrer notre véhicule à ses grands-parents, comme une sorte de symbole de réussite de notre union. Être en couple, c’est parfois normaliser des réalités qui, dans d’autres circonstances, seraient indécentes ou absurdes. Pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir une certaine gêne face à l’ostentation de ma chérie. Elle ne conduit pas, mais elle s’est employée à insister pour que nous investissions — à perte, disons-le — dans cette sportive un peu trop voyante à mon goût. 
    La véritable ironie, c’est que dans la première esquisse qu’elle a dessine pour notre nouveau blog, pour illustrer notre trajet, elle a dessiné  une vieille Citroën, une 2 CV, humble et discrète. Parfois, il m’est difficile de la comprendre... Ah, l’amour, tout donner sans espoir de retour.

    Nous quitterons Lausanne le 24 août vers 9 heures, à un rythme tranquille, pour nous diriger vers la vallée du Rhône. Notre itinéraire principal : Genève > Grenoble > Valence > Montélimar, où nous ferons une halte déjeuner. Nous avons réservé une table au restaurant Le Moderne, pour une cuisine bistronomique. De toute façon, je ne pourrai pas boire d’alcool, alors je préfère ne pas tarder à table, car une succulente nourriture sans vin, serait triste. Si tout se passe bien, nous devrions y être vers 12h30.

    Ensuite, départ de Montélimar (A8) à 13h30, en direction de Le Muy / Fréjus, où je prendrai la sortie 36 – Roquebrune-sur-Argens – Sainte-Maxime, puis Ramatuelle vers 17 heures.

    Arrivées à la maison de campagne, je pense que nous serons heureuses de prendre une bonne douche, après avoir salué mes parents ainsi que les parents de Chloé qui devraient être présents pour ce week-end et installé nos petites affaires dans ma chambre d’enfant.

    Ce n’est que le lendemain que nous reprendrons la route pour rallier Ramatuelle à Nice, afin de retrouver les grands-parents de Chloé. 

    La suite du programme ? Aucune idée précise, nous serons sans filet, sans plan établi, chose que je déteste, mais je compte surtout dormir, afin que mon corps récupère au maximum.

    Chères lectrices et chers lecteurs de notre modeste espace de réflexion, Chloé et moi tenons à vous adresser nos vœux les plus sincères pour des vacances empreintes de douceur et de repos mérité. Que cette halte vous permette de vous détacher un instant des contraintes quotidiennes, de vous ressourcer dans la quiétude et d’éveiller en vous de nouveaux souvenirs, précieux autant qu’éphémères. Revenez à nous, régénérés et pleins d’ardeur, prêts à nous rédiger plein de commentaires, et embrasser les défis à venir avec la force tranquille de celles et ceux qui savent, malgré tout, continuer à chercher le sens de leur liberté. 

    Bonnes vacances, que cette pause soit le prélude à une renaissance.

    A Bientôt,
    Til & Chlo.

    vendredi 31 juillet 2026

    Journal de bord 31/07/2026 Organisation, Rénovation, Vie

    “ Le chaos précède la renaissance, avec patience et amour.”


    Ce mois de juillet s’achève doucement, laissant derrière lui une douceur éphémère, tandis qu’il me reste encore vingt-deux jours d’août pour achever mes remplacements en cabinet, avant de conclure cette saison par une garde à l’hôpital, le samedi vingt-deux. Il ne me reste qu’un seul dimanche pour me ressourcer, faire ma valise en vue des vacances — un devoir que Chloé ne pourrait accomplir à ma place. 

    Chloé a une manière de plier ses vêtements qui s’apparente à un véritable art abstrait : certains plus ou moins comprimés, d’autres en boule, et toujours elle conclut : « L’essentiel, c’est que ça ferme ! »

    Une photo de son dressing témoigne, d’ailleurs, de cette crainte irrationnelle que j’ai qu’elle puisse prendre en main la moindre de mes affaires. Nos espaces de rangement se ressemblent comme deux gouttes d’eau, nos dressings sont identiques, inversés simplement par nécessité technique. Comment décrire cette indéfinissable pagaille ? Quand je vous évoquais un tremblement de terre, avouez que je n’étais pas si éloignée de la vérité. Si vous souhaitez voir, une photographie du mien se trouve sur la page : Appartement. ICI.

    Lorsque je lui ai demandé son accord pour que Chacha immortalise son dressing, elle m’a répondu simplement « d’accord », mais à la condition d’obtenir une faveur en échange. Puis elle s’est ravisée, ne souhaitant plus que cette photo soit publiée. Finalement, elle a accepté, sachant ce qu’elle désire en retour. Bon… je ne sais pas encore précisément de quoi il s’agit. Il faut que je vous aime tous, pour avoir consenti à ce pacte sans connaître réellement ses termes ni ses implications.

    Quant à Chacha, pour qu’elle puisse prendre des photos de son atelier, nous — Chacha, moi-même et Chloé — avons passé plus de trois journées entières à organiser, trier, ranger, sans relâche. Ah, quand même… cette tâche, aussi banale qu’elle puisse sembler, s’est révélée être une véritable entreprise, une épreuve de patience et d’endurance.

    Mais, cela dit, je l’aime ma Chloé, je l’aime telle qu’elle est, et je préfère en rire lorsqu’il s’agit de ses affaires : « Ben oui quand même… je n’irais pas plus loin. » Car, après le dressing, lorsque ses affaires transitent par la valise, elles sont un peu moins bien repassées (évidemment !).

    Voilà, Arnaud, notre maître d’œuvre, est passé pour notre garage duplex. Il a pris toutes les mesures, et surtout, il nous a questionnés sur la manière dont nous envisageons l’usage de cet espace, quel mobilier nous souhaitons voir, etc. Moins de questions qu’il n’en posait pour l’appartement, donc on peut dire que cette fois, nous nous en sortons plutôt bien.

    Comme mon beau-père, Arnaud demeure émerveillé devant notre porte blindée de garage, surtout par son mécanisme de fermeture multi-axes, fixé au sol et au plafond, avec cette barre métallique qui vient s’interposer, comme si l’on voulait fermer non pas un simple local, mais un véritable bunker à faire pâlir la normandie. Il s’est même fait enfermer à l’intérieur pour voir comment cela fonctionne. Une fois à l’intérieur, Chloé lui a crié à travers la porte : « Alors, de combien de pourcentage de remise pour ces travaux ? » J’ai apprécié sa réponse : « Un pourcent de plus que ce que je comptais vous offrir ! » Arnaud, une fois libéré, nous assure que les voleurs auront tout intérêt à s’attaquer aux murs de pierre, dont l’épaisseur atteint quatre-vingts centimètres, plutôt qu’à la porte elle-même. Il semble que, par rapport à cette dernière, la solidité des murs, même anciens, leur paraîtra bien plus accessible.

    Chloé et moi, nous entamons le lundi 7 septembre une nouvelle étape dans nos vies professionnelles. Arnaud, notre maître d’œuvre, nous a priés de vider le garage de toutes nos affaires, car les travaux doivent commencer dès le lundi suivant, le 14 septembre. Nous projetons de louer un petit espace dans le voisinage, afin d’y déposer nos effets personnels, pour préserver la voiture, que je préfère ne pas voir exposée aux caprices du dehors. J'ai sollicité l'aide de Chloé pour cette recherche, peut-être même que nous aurons cet espace avant notre départ en vacances. J’espère que cette période estivale, si propice à la recherche, nous sera plus favorable qu’à la rentrée, lorsque tout redeviendra plus difficile, plus pressé.

    Arnaud, en quittant notre compagnie, n’a pas totalement apaisé mes tourments. Il m’a confié que le chantier demanderait un effort considérable, mais qu’il espérait en tirer quelque chose de digne d’être montré. Il élaborera un plan, et, comme pour l’appartement, nous en jugerons le fruit une fois le travail achevé, puisqu’il a reçu toute latitude pour agir. Dans le meilleur des cas, à vue de nez, et suivant le cap du vent, il faudra compter deux à trois mois pour mener à bien ces travaux et l’installation du mobilier. « Vous l'aurez pour Noël, enfin si le Père Noël ne boit pas tout le vin de la cave ! », me dit-il avec son humour taquin.

    C’est donc sur cette plaisanterie de petit fripon que je vais vous quitter. Je devrais, en principe, rédiger un autre article avant notre départ en vacances.

    A dans une quinzaine de jours, donc.

    A Bientôt,
    Til & Chlo.

    jeudi 16 juillet 2026

    Journal de bord 16/07/2026 Chaleur, Famille, Refuge

    “ La chaleur révèle nos fragilités, mais aussi notre force à y faire face. ”


    La chaleur accablante persiste à Lausanne, enveloppant la ville d’une torpeur pesante. Selon les experts, le mercure s’est élevé de quinze degrés au-dessus des normales saisonnières, comme si la saison elle-même s’était affranchie de ses lois naturelles, s’étirant dans une langueur insoutenable.

    Chloé, sort très tôt le matin pour faire les courses, car c'est elle la maîtresse de maison qui gère l'intendance et nos  repas. Elle s'enferme ensuite dans l’intimité de notre appartement, trouve refuge dans la fraîcheur de la climatisation, échappant ainsi à cette fournaise. Puis part à la piscine d'un hôtel se baigner, alors que je suis au travail.

    Je ne suis pas encore à la maternité, mais déjà, la vision des nouveau-nés m’habite — fragiles, vulnérables face à cette chaleur oppressante. Les tout-petits, si sensibles aux caprices du climat, peinent à réguler leur température, leur organisme étant démuni de la transpiration efficace pour évacuer la chaleur. La déshydratation, le coup de chaud, se manifestent alors par un état fébrile, comme autant de signes d’une lutte silencieuse contre l’environnement.
    Une salle d’attente débordante, en flux continu, témoigne de cette urgence, où chaque nouveau-né est une petite bataille contre la chaleur et l’indifférence du temps.

    De retour à la maison et sur le blog :

    Plein plein plein de mercis à Manu, Chacha et notre Jo. Vous nous offrez un site-blog de rêve.
    Nous avons procédé à de nombreuses modifications des sous-onglets dédiés aux photographies de l’appartement, à la musique, au travail de Chlo et j'en passe. Il nous a semblé plus approprié de garder le sous-menu "chez nous" pour rassembler des images où notre présence est visible, plutôt que pour les clichés purement neutres. Ainsi, vous disposez désormais d’une galerie distincte : l’une représentant notre demeure dans sa simplicité, l’autre portant la trace de notre passage, témoins silencieux de notre existence dans ce lieu. Notre maison est celle qui nous habite, notre intérieur, notre refuge, notre miroir, celle qui nous protège et nous dévoile à la fois.

    Concernant ce shooting photo de Chacha où nous apparaissons avec Chloé, j’aurais préféré qu’elle porte une tenue un peu plus soignée, un peu plus apprêtée. Cependant, ce jour-là, Chloé n’était pas dans une très grande forme et tenait à porter des vêtements qui reflètent sa personnalité et ses goûts, pour que les photos lui ressemblent vraiment, m'a-t-elle répondu. (No comment !)

    Cette semaine, nous avons également déployé l'onglet « Sport » de chaque côté. J’ai ainsi tenté de restituer fidèlement ce que Chloé souhaitait exprimer. Pour ma part, vous pourrez découvrir en détail l’ensemble de mes exploits sportifs, témoins de ma détermination et de ma passion.

    Bon surf, que ce soit sur la mer ou ici, sur notre site-blog, et bonnes vacances.

    A Bientôt,
    Til & Chlo.