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  • dimanche 1 février 2026

    Journal de bord 02/02/2026 Atelier refuge, Communication autiste, Organisation invités

    Respecter l’espace de l’autre, c’est préserver la liberté et l’harmonie.

    Chloé, pleine de vie et d’éclat, trouve dans son atelier domestique un espace qui lui appartient entièrement, un refuge où elle peut s’épanouir pleinement. Pourtant, malgré cette apparente harmonie, je n’ai pas encore réussi à lui faire ranger un des côtés de sa pièce — une tâche qui semble lui échapper. Elle me fait comprendre, d’un ton à la fois ferme et indigné, que je n’ai pas le droit d’intervenir dans son lieu de travail, comme si cet espace lui était strictement réservé, une expression de sa liberté qu’elle refuse de partager.

    J’ai l’impression de faire face à une adolescente, cette figure d’éveil et de tourments que la vie impose à toute jeune femme en quête de sa propre identité. Consciente de cette dynamique, je me suis tournée vers Irène dans l’espoir de mieux comprendre et de tenter d’apaiser cette crise silencieuse. Tout cela, bien sûr, dans le souci de préserver la douceur de notre relation, sans heurter la sensibilité fragile de ma chère et tendre. Il faut aussi tenir compte du fait qu'avec l’autisme de Chloé, la communication n’est pas toujours aisée.

    De mon côté, au CHUV, le mois de février s'annonce très chargé. Un des pédiatres est absent pendant deux semaines, et le directeur m’a demandé de le remplacer jusqu'au 13 février. Par la suite, je prendrai en charge le remplacement d’Alex, qui part en vacances au ski avec sa famille du 13 au 20 février. Ensuite, j’assurerai une garde d’étage de 48 heures le week-end du 21 et 22 février. Je ne peux deviner ce que l'épuisement du travail et l'angoisse incessante imprégneront de leur empreinte mon âme, lorsque enfin tout sera terminé. Une crainte m'habite : celle de me voir, au sortir de cette épreuve, réduit à l'ombre de moi-même, telle une ombre errante, semblable à un zombie.

    Photo : Chloé a insisté pour vous prendre en photo mon agenda. Non seulement pour témoigner de la multitude de mes occupations, mais aussi, selon elle, pour révéler l’ordre remarquable qui règne dans mes petites affaires — une organisation qu’elleadmire mais déteste également me trouvant trop maniaque .

    En plus de cela, chaque jour, avant de commencer mon service et le soir avant de partir, je m’occupe d’Anna en faisant un petit tour où nous discutons ensemble. Puis je dois faire un compte-rendu de ce qui a été dit pendant l'entretien. Je transmets mes données au chef du département de psycho-pédiatrie, et je fais le bilan et j’échange oralement avec Mathilde, la psychiatre qui est attachée à notre jeune patiente. J’espère qu’elle pourra bientôt prendre en charge les soins de notre petite Anna, et que je viendrai qu'une fois par semaine en villégiature.

    Le jeudi, sur ma demande, Zabeth vint à ma rencontre à l’hôpital. Je voulais lui présenter Anna, afin qu’elle comprenne qu’enfant, moi aussi, j’avais eu besoin d’une aide extérieure, qu’il n’y a aucune honte à solliciter la présence d’un adulte pour nous soutenir. Mon dessein était d’ouvrir la voie pour que Mathilde puisse intervenir dans son rôle de pédopsychiatre le plus rapidement possible. Je lui ai déjà parlé d’une copine, susceptible de lui venir en aide, comme on dépose discrètement des petits cailloux sur le chemin, dans l’espoir qu’ils guident la marche, sans garantie toutefois. J’ai feint un besoin urgent d’aller aux toilettes, afin de laisser Zabeth et Anna converser entre elles. Zabeth possède cette rare capacité de plaire presque unanimement, et je ne m’attendais pas à une réponse immédiate d’Anna, mais peut-être que ce petit jeu intérieur pourra faire son œuvre, en semant une idée dans son esprit. Selon Irène, Mathilde et Zabeth, mon astuce a une petite chance de réussir. Attendons la suite.

    Mais revenons à notre problème de la semaine dernière.
    Comme je vous l'avais indiqué la semaine dernière, Chloé m’a glissé à l’oreille : « C’est maintenant que notre grand problème arrive ! ». Elle évoquait le fait de faire venir toutes ces personnes chez nous, car elles étaient toutes curieuses et impatientes de voir notre appartement.

    J’ai proposé à Chloé et Zabeth une solution : négocier avec l’hôtelier pour qu’il nous permette d’utiliser sa salle jusqu’à 17 heures, en contrepartie d’une rémunération pour la location, en plus des consommations que nous prévoyons de commander régulièrement. Cela nous permettrait de faire venir nos invités par petits groupes de dix personnes. Zabeth et Chloé ont trouvé cette idée acceptable.

    Après le repas, tous mes collègues et nos professeurs de sport se sont rapidement éclipsés. Avant son départ, mon directeur m’a indiqué que, lundi prochain, je devais me présenter au travail munie de mes papiers d’identité, afin que le service des ressources humaines puisse procéder à la régularisation de ma situation et que je puisse signer mon contrat en tant que Suissesse.

    Zabeth a suggéré de rester au restaurant pour gérer les invités, pendant que nous effectuions nos déplacements et leur faisions visiter notre appartement. Nous avons décidé de commencer par nos quatre parents, ce qui semblait logique puisqu’aucun d’eux n’avait encore eu l’occasion d’entrer chez nous, et petit détail, ce sont mes parents qui nous l'ont offert.

    De manière unanime, nos parents ont loué la magnificence de notre appartement, un compliment toujours agréable à recevoir, même si, en vérité, notre rôle dans cette réussite se limite à ranger nos petites affaires dans le lieu choisi. Père affichait une satisfaction sincère quant au travail d'Arnaud, convaincu que cette redite valait bien le retard pris dans l’achèvement des travaux. Le mobilier, choisi avec soin selon nos gouts, témoigne d’une certaine qualité, mais ce qui a véritablement surpris nos invités, c’est la multitude de livres qui ornent nos étagères. Lorsque Chloé leur a assuré que j’avais lu chaque volume, une certaine gêne et pudeur se sont emparées de moi, envahie par cette conscience de l’effort silencieux contenu dans ces pages, et du regard que portent nos proches sur notre double bibliothèque foisonnante.

    J’ai effectué quatre allers-retours, Chloé demeurant confortablement dans la chaleur de l’appartement, tandis que Zabeth s’affairait efficacement au restaurant à faire du public relation. En fin de journée, Père a acquitté la totalité de la note du restaurant. Les parents de Chloé, quelque peu contrariés, exprimaient leur désir de contribuer. Mère leur répondit que, pour ce faire, ils n’auraient qu’à effectuer un virement pour une somme équivalente aux enfants (c'est nous !), mais Père, en homme réservé, n’a pas souhaité révéler le montant de la facture. Lorsque la mère de Chloé lui demanda quelle était la réponse, Père répliqua simplement : « Pourquoi faire ? » Quant à nos amis, ils ont eu la bonté de trouver eux aussi notre appartement très beau.

    Je ne souhaite pas m’étendre davantage aujourd’hui ; je préfère que vous formiez votre propre jugement à la vue des modestes clichés à venir, lorsque vous découvrirez notre demeure. Cependant, afin que cela soit envisageable, il faut que Chloé vous fasse parvenir quelques images pour éveiller votre curiosité.

    Chacune de nos invitées nous quitta au rythme des trains et des avions pour son retour. Nous avons laissé les grands-parents de Chloé, Maria et Zabeth, Océane (pamplemousse rose) à l'appartement et Chloé et moi avons raccompagné en voiture Nadine de Rothschild. Mes parents, eux, ont raccompagné notre grand-tante.

    A notre retour, Océane, exténuée par l’immense voyage de Tegucigalpa à Lausanne, se réfugia dans la pénombre de sa chambre d’hôtel, cherchant un peu de silence pour apaiser son corps fatigué. Quant à mes parents, ils s’étaient peut-être arrêtés pour un maigre repas, avant d’effectuer le trajet de retour entre Berne et Lausanne.

    Nos quatre parents, ainsi qu’Océane, avaient réservé une chambre au Beau Rivage Palace, afin de bénéficier du confort et de la quiétude indispensables à une récupération sans faille. Maria, elle, préférait la douceur rassurante de notre appartement. Elle a donc pu inaugurer notre deuxième chambre d’amis.

    Samedi matin, nous avions fixé le rendez-vous à onze heures et demie, chez nous, afin de partager le déjeuner. Nous avions réservé au restaurant « Jacques », un lieu que Chloé et moi avions profondément apprécié. Une fois de plus, tout fut parfait, chaque détail étant à la hauteur de nos attentes. Le chef nous a offert le champagne pour fêter notre nationalisation. Je ne peux m’empêcher de penser que le chef, Jacques Allisson, devra bientôt nous supporter à de nombreuses reprises, tant sa cuisine nous séduit et nous captive.

    À la fin du repas, une petite course improvisée s’était organisée entre la mère de Chloé et Père, chacun cherchant à déterminer qui aurait le privilège de régler la facture. Mais, avant qu’ils ne puissent en venir à bout de cette hésitation, je m’étais déjà avancé, ayant réglé la note en secret un bon quart d'heure avant cette petite séance de sport. C’était amusant, cette façon de jouer avec les conventions, comme si le dénouement leur échappait à l’avance. Nous, Suissesses, savons recevoir. (lol) Tout le monde sortit ravi du déjeuner.

    Jeudi, Chloé et moi avons raccompagné Zabeth à l’aéroport, et ce départ, toujours empreint d’une douloureuse séparation, semblait cette fois légèrement atténué, comme si le temps apaisait peu à peu la brûlure. Elle m’avait confié sa joie sincère de ce séjour, de nous voir toutes deux réunies, épanouies — un bonheur fragile, qu’elle semblait vouloir protéger de la tourmente. Cependant, elle ne manqua pas de me gronder doucement, me rappelant qu’il fallait que je prenne soin de moi, que la fatigue se lisait sur mon visage, et que l’épuisement, ce fameux burn-out, n’était pas une voie saine. Je ne pouvais lui donner tort. Depuis que notre nationalité commune était acquise, un poids s’était quelque peu levé de mes épaules, et cette nouvelle réalité semblait, malgré tout, me donner un peu plus de force pour continuer.
    Elle confia son admiration pour Lausanne, évoquant avec tendresse notre appartement, lumineux, confortable, et d’une agréable simplicité. « Vous ne pouviez espérer meilleur lieu pour commencer votre vie à deux en paix », ajouta-t-elle, comme si ces mots portaient en eux la promesse d’un avenir assuré, d’une harmonie fragile mais précieuse, à préserver dans la douceur de ce nouveau départ.

    Chloé, d'une présence discrète mais empreinte de magie, a su se tenir en retrait, nous offrant ainsi l'espace nécessaire pour échanger nos adieux avec Zabeth et moi. Nous nous sommes tenues longtemps dans les bras l'une de l'autre, notre étreinte empreinte d'une tendresse douloureuse, les larmes aux yeux frémissaient à la lisière de l’émotion. Je l’ai inondée de baisers, cherchant à graver dans ma mémoire chaque sensation, son odeur avant de devoir la laisser partir. Même si, aujourd’hui, je trouve du réconfort auprès de mes parents, elle demeure à jamais ma maman de cœur, cette figure essentielle qui, à travers le temps, restera inscrite en moi comme un pilier indélébile de mon existence.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

    dimanche 25 janvier 2026

    Journal de bord 26/01/2026 Moment précieux, Fête simple Joie sincère.

    Une étape marquante dans la vie éclaire le chemin vers l’avenir.

    Cette journée, empreinte d’une joie sincère et profonde, constitue sans doute un tournant essentiel dans notre existence. Un instant à la fois fragile et précieux, chargé de toute la richesse de cette expérience, que nous avons choisi de diviser en deux parties afin de transmettre avec fidélité toutes ses nuances et sa profondeur.

    Ce vendredi 23 janvier, C'est le grand jour. Malgré le froid qui nous glaçait, Zabeth, Chloé et moi avons parcouru à pied, en une dizaine de minutes, le trajet de notre appartement à la mairie. Ce moment m’a aussi permis de justifier ma dernière folie : l’achat de mon manteau en pur cachemire. (Photo)

    Nos parents respectifs nous attendaient devant l’édifice, témoins silencieux de cette étape solennelle. La surprise fut grande lorsque nous retrouvâmes nos proches, venus pour partager notre joie. Celle-ci était orchestrée par nos quatre parents, avec la participation de Romain, qui dispose d’un nombre impressionnant de contacts téléphoniques. 
    Parmi cette foule se trouvaient les grands-parents de Chloé, Irène (psychiatre) et Charles (son mari), ainsi que leur petite dernière Guillemette, 15 ans. Étaient aussi présents ma grand-tante, Nadine de Rothschild, , Géraldine et Lorenz (le patron de Chloé), Maria (notre cuisinière), ainsi qu’un cercle d’amis et de soutiens fidèles. Les filles du club, en grande majorité accompagnées de leurs copains du moment— même Océane, qui revenait tout juste du Honduras —, étaient là aussi. Romain, fidèle à lui-même, apportait deux énormes bouquets de cent roses roses, symbole de son soutien indéfectible. Nos amis lillois — Emily, Quentin, Léo (qui sauta dans les bras de Chloé), Justine (notre filleule), ainsi que Céline et Jean-Charles — attendaient aussi dans le froid, avec patience et bienveillance. Mon directeur d’hôpital et son épouse, Anne-Emmanuelle, ma cheffe, et son mari, Mathilde (pédo-psychiatre) et son mari, Alex (collègue et médecin référent), Lucie (son épouse), et Lucas (leur enfant) vinrent aussi me faire un gros bisou. S’y ajoutaient la professeure de boxe de Chloé et son mari, mon professeur de taekwondo et sa compagne, ainsi qu’Ha-eun, son époux et leur bébé de huit mois. Notre voisine, que j’avais invitée à la dernière minute, pensant qu’elle ne viendrait pas, était présente. complétant cet assemblage chaleureux. Peu à peu, la foule se rassembla : proches, connaissances, citoyens suisses, et de nombreux lecteurs et lectrices du blog, tous unis pour célébrer ce moment crucial.

    Lorsque la personne de la mairie vint nous avertir que nous pouvions entrer dans la salle, personne ne fit répéter l’ordre — comme si le froid avait amélioré l’audition des plus anciens. Étrange !

    Avant de recevoir nos précieux documents, on nous informa que, parallèlement aux tests, questionnaires et aux soixante points à connaître en tant que Suissesse, une enquête approfondie avait été menée à notre sujet. Il s’agissait d’évaluer qui nous sommes dans tous les aspects de notre vie : notre situation financière, nos diplômes, notre profession, notre casier judiciaire, notre fiscalité, notre respect des règles de circulation — même si Chloé a déjà reçu une contravention —, mais aussi notre capacité d’intégration et, de façon plus surprenante, notre mentalité et sociabilité. La décision finale revenait aux autorités communales, cantonales et fédérales, qui devaient juger si nous répondions aux critères du pays.

    Le maire esquissa une courte synthèse de nos parcours, commençant par celui de Chloé. Sa carrière d’artiste brillait par ses diplômes prestigieux issus des écoles les plus renommées. Au-delà de sa passion pour la peinture, ses œuvres étant exposées dans une galerie réputée à l’étranger (France, Nice), elle exerçait également dans la haute joaillerie, cette industrie noble incarnant l’élégance suisse. Avec un sourire en coin, plein d’humour, il ajouta : « Une femme suisse qui quitte sa patrie pour aller travailler en France… dans cette direction, elle ne doit pas être trop dérangée par la circulation ! »

    Il évoqua ensuite mon profil, rappelant mes origines issues d’une vieille famille aristocratique française. Tout en soulignant mon sérieux et l’appréciation que je suscite auprès de mon entourage — du directeur d’hôpital aux aides-soignantes —, il précisa que j'étais déjà détentrice d'un patrimoine très confortable. Avec une pointe de malice, il conclut : « Ne vous laissez pas tromper par son air de petite fille sage, elle est déjà une femme d'affaires redoutable… » Mon directeur confirma la chose, en disant : « Ça c'est sûr ! », ce qui fit rire toute l'assistance.

    Quel soulagement ! La cérémonie d’accession à la citoyenneté fut pour nous un moment d’immense bonheur : nous reçûmes nos actes, notre première carte d’identité suisse, notre passeport à la croix blanche. Nous sommes désormais, toutes deux, fièrement citoyennes suisses. Nous espérons honorer cette nouvelle appartenance, faire honneur à notre pays et porter haut ses valeurs.

    Chloé et moi-même fûmes fort étonnées de découvrir, au moment de notre sortie, la présence de nombreux membres du blog venus en nombre (d'après moi une vingtaine, d'après Zabeth ils étaient beaucoup plus nombreux) pour assister à notre naturalisation, venus aussi à notre rencontre pour des photos, des selfies, et des petits cadeaux pour notre appartement. Je ne pouvais concevoir que notre modeste blog jouît d’une telle renommée en terre helvétique. Leur présence apportait une chaleur humaine et une sincère convivialité à l’atmosphère. Chloé, me chuchotant discrètement, demanda : « Qui sont tous ces gens ? Savent-ils que nous sommes déjà mariées ? » 

    Cette surprise nous offrit l’opportunité rare de retrouver ceux que nous chérissons, de partager en toute simplicité un moment de communion, et de leur adresser nos vœux pour cette nouvelle année. Au cœur de cette atmosphère chargée d’émotion, Nadine nous remit en cadeau de bienvenue une toile et son certificat d’authenticité, précieux souvenir de notre visite chez elle. Cette œuvre d’Ary Scheffer, d’une délicatesse remarquable, avait captivé Chloé lors de notre passage. Un tableau du XIXᵉ siècle, témoignant de la richesse artistique d’une époque révolue. La ressemblance entre sa vie et la nôtre lui rappelait, avec insistance, son passage de l’univers français à celui de la Suisse en tant que baronne, évoquant sa jeunesse, cette période encore pleine de promesses et d’incertitudes, et l’homme qu’elle a tant aimé.

    Ma grand-tante fut profondément émue, et elle n’était pas venue les mains vides. Elle nous offrit avec sincérité une œuvre d’art, une statuette en bronze représentant une danseuse, signée James Pradier (1790-1852), accompagnée de son certificat d’authenticité et la facture de la galerie, don empreint de tendresse et de précieux souvenirs.

    Romain, en plus des deux énormes bouquets de roses, nous a apporté le cadeau le plus insolite : un paillasson sur lequel on peut lire : « Bienvenus », et, dans l'autre sens, lorsque les gens sortent, il est noté : « Bon débarras ! ».

    Les grands absents de cette journée si précieuse étaient, de mon côté, mes grands-parents et ma famille américaine. Pour ma chérie, Charlotte et sa famille australienne. Charlotte, en plein shooting pour une agence de mannequins, n’avait pu se libérer. Quant à nos grands-parents, trop âgés, ils purent suivre la cérémonie via WhatsApp. Avec Chloé, nous leur envoyâmes une multitude de baisers, complices de cette chaleureuse communion à distance.

    Après la cérémonie, mes parents avaient réservé une table dans un restaurant pour partager un déjeuner chaleureux avec notre famille et nos amis. À la demande insistante de Chloé, désireuse d’immortaliser cet instant précieux, nous la laissâmes prendre quelques photos, malgré le froid mordant qui semblait vouloir nous tétaniser, mais que la douceur de cette journée atténuait.

    Trop en avance sur l’horaire, nous nous dirigeâmes vers un café voisin, où la tentation d’un apéritif se fit sentir. 
    Lorsque nous entrâmes précipitamment dans ce modeste café de quartier, cherchant refuge contre la rigueur mordante de l’hiver, le lieu était débordant d’une foule compacte, et le patron, à la vue de cette marée humaine, se troubla. Je lui expliquai que notre présence n’était que passagère, que je prenais en charge la totalité des consommations, et que, si possible, il pouvait nous préparer quelques amuse-bouches pour l’apéritif. Il envoya aussitôt quelqu’un chercher des olives et du gruyère, qu’il avait coupés en petits dés. C’était parfait. Nous avions dû lui assurer son chiffre d’affaires pour le mois. Mais il est d’une douceur infinie, et, en gage de gratitude, nous lui avons offert un bon pourboire et promis de revenir régulièrement chez lui, pour partager un petit verre en toute amitié. Père voulait payer la note mais le patron n'a rien voulu savoir, il lui a répondu : « Non ! C'est la petite dame qui régale.» J'étais MDR.
    Là, j’écoutais, discrètement mais attentivement, la conversation de quatre hommes rassemblés au comptoir à qui par la suite j'ai également offert ma tournée. Zabeth, me reprochant d’adopter une attitude cavalier en me détachant du groupe, me questionna sur mes pensées profondes. Je lui répondis, dans la simplicité du moment : « Après quatre verres d’alcool, il semblerait que ces braves hommes deviennent, tels des alchimistes modernes, experts en géopolitique, entraîneurs pros de football, médecins, historiens ou essayistes. Sans doute doivent-ils consommer une potion magique locale… Zabeth me sourit, et ce sourire si doux m’offrit un discret plaisir. 

    Le groupe, arrivé au restaurant Restaurant & Giraf, comptait soixante-cinq adultes et quatre enfants, Chloé et moi comprises, flirtant avec la limite de la réservation (entre soixante et soixante-cinq couverts). Dans ce genre de repas, la perfection n’est pas de mise. La nourriture et le service étaient simples, corrects, sans éclat particulier ; l’essentiel résidait dans la présence même de cette compagnie, dans ce moment partagé.

    À peine avions-nous achevé le repas que Chloé m’adressa ces mots à l'oreille : « C’est maintenant que notre grand problème arrive ! »

    La suite la semaine prochaine…

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

    dimanche 18 janvier 2026

    Journal de bord 19/01/2026 Pas à pas, Joie douce, Maîtrise infinie.

    Chaque pas, aussi lent soit-il, nous mène vers la maîtrise et la paix.

    Avec Chloé, nous approchons de la concrétisation de notre rêve d’enfance, celui qui habite profondément nos âmes. Désormais, nous vivons en épouse dans notre bel appartement, chaque jour nous rapprochant un peu plus de cette réalité tant espérée. La Suisse, et plus particulièrement Lausanne, nous séduit par sa douceur de vivre. Les gens sont polis, bien éduqués et serviables, et nous commençons à nous faire des amis. Il ne nous reste plus qu’à obtenir la nationalité dans un premier temps, mon doctorat lors d'un second temps, pour plonger totalement dans une félicité sans limites, où le bonheur, semblable à une mer paisible, nous enveloppera sans réserve.

    Nous avançons, pas à pas minutieux, dans notre installation, car nos journées sont profondément encombrées par nos obligations respectives. À ce rythme, il nous faudra sans doute une décennie pour que vous découvriez enfin notre humble demeure rangée, et que Chloé puisse vous offrir quelques images. Par ailleurs, j’ai décidé d’aligner cette année mes cours de taekwondo avec les séances de boxe de Chloé : les lundis (quand elle est là), ainsi que les mercredis et vendredis. Mon objectif : mieux maîtriser cette discipline qui me fascine autant qu’elle m’échappe.

    Entre notre appartement à aménager et le voyage à Londres du week-end dernier, Chloé et moi flottions sur un petit nuage, portées par une joie douce et persistante. J’attends avec une impatience mêlée d’émotion l’arrivée de Zabeth, dont la présence ne peut que nous renforcer, surtout par sa précieuse aide pour finaliser les détails que nous peinons à achever. Cette année ne pouvait débuter sous de meilleurs auspices : tout semble s’ouvrir devant nous comme une promesse lumineuse.

    Toute la semaine, en dehors de nos heures de travail, nous nous sommes consacrées corps et âme à la métamorphose de notre logis, lui insufflant une beauté remarquable. Ha-eun, la fille de mon maître de taekwondo, s’est révélée d’un secours inestimable : elle a nettoyé chaque recoin, redonnant vie à notre appartement, et sa gentillesse n’a d’égale que son dévouement. Avec Chloé, nous avons décidé de lui remettre, pour ce début d’année, une enveloppe en signe de gratitude — un petit hommage à sa générosité.

    Cette décision n’est pas exempte de nuances : selon les misères que Ha-eun me fera lors de nos entrainements de taekwondo — puisqu’elle est ceinture noire —, je plaisante, bien sûr, car nous lui sommes profondément reconnaissantes.

    Les gardes de vingt-quatre heures persistent, immuables dans leur rigidité. Je m’avance le cœur lourd, la main crispée sur le téléphone, hantée par cette angoisse persistante de ne pas parvenir à soulager ceux qui déposent leur confiance en moi. Enfin, vient l’aube : lasse, épuisée, le corps à bout de souffle, je me dis qu’il me reste encore tant à apprendre, tant à maîtriser, pour que cette garde devienne une étape dépassée, pour que je puisse répondre aux questions des patients et des infirmières sans interrompre le flot de ma réflexion ni devoir consulter mon supérieur. Il faut grandir, il faut murir, il faut comprendre, il faut rire, même dans la nuit, avec des collègues aussi fatigués que moi, partager un instant de douceur, un gâteau entre deux soins. Il faut parvenir à ne plus redouter ce téléphone de garde, à faire des transmissions claires, précises, à rentrer enfin chez moi satisfaite du chemin parcouru — même si ce chemin reste long et semé d’embûches. Et soudain, je réalise que j’aurai encore une quinzaine de fiches à achever, à assimiler, à faire miennes : autant de pas vers cette maîtrise inachevée, encore à conquérir.

    À mon arrivée chez nous, Chlo vint m'embrasser et elle s’enquit avec sérieux : « Comment sait-on si l’on a un petit dérèglement hormonal ? » Intriguée, un sourcil levé, je l'ai interrogée : « Et pourquoi cette question ? » Elle me répond alors, avec un sourire en coin : « J’ai l’impression de produire davantage d’endorphines quand il pleut et que je dois renoncer à aller courir que lorsque je sors faire mon running. » Moralité : je dois être la seule femme au monde à avoir une épouse qui souhaite prendre la pluie comme coach sportif !

    Revenons sur cette magnifique toile de Chloé.
    Aujourd’hui, Chloé n’a guère progressé dans le rangement, car Madame s’est consacrée à la peinture dans son nouvel atelier, situé au cœur même de notre appartement. Pour illustrer cet article, elle a peint un tableau. C'est donc la première toile lausannoise.
    Alors oui, je suis contente qu'elle repeigne, mais une fois que toute la maison sera installée. Elle m’a confié que cet ouvrage constituait un alibi en or, et si je désirais en savoir davantage, il ne me resterait qu’à contacter son avocate (sa mère). C'est vraiment très moche ! Il me semble qu’il serait grand temps de proscrire de tels agissements malhonnêtes. Je suis convaincue que vous partagerez mon opinion. C'est vraiment une petite chipie.

    Lorsque je questionne l’artiste sur la signification de cette œuvre, Chloé m’observe d’un regard pensif avant de répondre : « C’est toi, petite, que cette toile évoque. Les oiseaux noirs, ce sont ces petits soucis qui jalonneront ton parcours, ces préoccupations quotidiennes qui obscurciront parfois ton horizon. » Le titre, à la fois simple et chargé de profondeur, résonne comme une déclaration courageuse : La vie est belle. 

    Chloé m'explique qu'elle a engagé sa main dans la création de cette toile, empreinte d'un style post-impressionniste (1886-1905). Elle s’inspire de l'œuvre de Vincent van Gogh, maître incontesté du couteau et de la pâte : il est l'un des plus éminents praticiens de la peinture en épaisseur, de l’impasto, mais également de cette touche expressive, tourmentée qui transcende la simple représentation. Les coups de couteau ne se bornent pas à un mimétisme réaliste ; ils s'aventurent dans le domaine de l'émotion brute.

    Le ciel tourbillonne, le champ vibre d'une énergie presque palpable, et la figure semble se fondre dans cet environnement vivant. La lumière, loin d'être un éclairage doux et subtil, se présente comme une force émanant de la couleur elle-même. Les jaunes, les oranges et les bleus vifs s’entrelacent, créant une vibration, une intensité lumineuse qui rappelle l'œuvre de Van Gogh.


    Bien que je ne sois pas une spécialiste aguerrie de cette technique, j'ose espérer que l'évidence de cette inspiration vous est parvenue. Dans ce dialogue entre l'art et l'émotion, peut-être trouverons-nous une résonance, une communion qui va au-delà des mots.

    Pour ma part, à contrario de Chloé, j'espère avoir réussi à mettre en mots les impressions et les explications que m'offrait notre artiste préférée. C'est un défi qui s'avère bien plus ardu qu'il n'y paraît, car traduire la profondeur d'une vision artistique en langage reste pour moi une entreprise délicate.

    Je tiens à ce que l'appartement soit parfaitement rangé avant l'arrivée de Zabeth, donc assez parlé, je dois me mettre au travail.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

    dimanche 11 janvier 2026

    Journal de bord 12/01/2026 Identité, Liberté, Rencontres

    “ Notre maison raconte notre vie ; c’est dans le choix et le courage que naît notre liberté. 

    A la belle lumière du jour, nous étions chez nous — étape psychologiquement décisive de notre biographie.

    Les premières valises que nous venons de déposer chez nous. Chloé vous invite à partager ce moment crucial de notre vie à travers cette photographie.

    Notre appartement parlera de nous, sans fanfare ni confession explicite ; il sera le témoin muet de nos gestes quotidiens et intimes, le coffre où s’emmagasinent nos rituels, nos réussites, nos tensions et nos souvenirs. Il portera les traces de nos joies et, autant, les douleurs étouffées, les désirs que nous perpétuerons dans la décoration et l’organisation des meubles. Cet appartement sera l'image vivante de notre histoire d'amour, le lieu où elle prendra forme et souffle, révélateur inconscient de ce que nous sommes lorsque les rideaux se ferment. Ce n’est 
    pas le décor de nos journées ; c’est l’espace où s’écrit notre vie commune.

    Notre dernier cadeau de Noël : nous sommes conviées, le 23 janvier 2026, à l’hôtel de ville de Lausanne, pour la cérémonie de naturalisation. Nous vous le disons clairement : il ne s’agit pas d’un bonheur décoratif, mais d’un enjeu qui nous dépasse et d’une liberté à assumer. Avec la citoyenneté qui s’ouvre devant nous, l’appartement récemment reçu, le travail de Chloé, mes études et mon poste d’interne qui se déroulent sans encombre, notre horizon se réorganise — et se révèle comme une tâche à accomplir autant qu’une promesse à tenir. Ce n’est pas la paisible évidence d’un calme, mais une clarté qui nous réclame : exister pleinement dans une société qui nous demande non pas de nous apprivoiser, mais de choisir, avec courage, la place que nous occuperons ; là où l’indépendance devient acte et responsabilité, et où la dignité dépend enfin de notre propre conscience. Notre vie c'est beaucoup de travail, beaucoup de temps, d'énergie, mais cela passe comme dans un rêve.

    Notre week-end à Londres :
    Contrairement à Chloé, dont la frivolité semble se lover dans une indifférence désinvolte, j’éprouve pour le shopping une passion semblable à celle qu’un chat pourrait avoir pour l’eau. « Keep Calm and Carry On » — cette devise, je la maintiens obstinément gravée dans mon esprit, comme un mantra face à la frivolité du monde.

    Les chaînes de magasins, désordonnées et franchement monotones, n’ont guère de pouvoir sur moi. Elles ressemblent à des labyrinthes uniformes, où l’ennui se dissimule derrière des façades aseptisées, et au personnel déshabusé. À l’opposé, les boutiques de créateurs sont autant de sanctuaires soigneusement orchestrés, où chaque détail est pensé pour dévoiler la quintessence de leur collection, où chaque vitrine, chaque aménagement, semble célébrer la beauté dans l’ordre et la sophistication, où l'accueil est chaleureux. C’est dans ces temples du goût que je m’aventure, la carte de crédit en main, prête à pénétrer dans ces lieux magiques, véritables cabinets de curiosités modernes.

    Direction Westminster, le quartier Mayfair, où les enfilades de boutiques rivalisent d’efforts pour offrir une expérience intime, presque sur mesure. Ces espaces, de plus en plus uniformisés dans leur luxe, évoquent désormais des petits écrins d’émerveillement, semblables à des cabinets de curiosités où chaque vêtement raconte une histoire. Toutes ne me séduisent pas, certaines évoquent davantage un lieu d’art que de simples magasins de vêtements, mais je ne perds pas espoir. Je conduis Chloé vers ces stylistes que je connais depuis l’enfance, à l’exception de quelques portes que nous avons simplement effleurées. Parmi mes boutiques favorites, il en est une où les vêtements sont suspendus à des rails dans des alcôves, évoquant un pays des merveilles, un espace où la magie opère.

    Le problème avec Chloé, c’est qu’avant d’essayer un vêtement, elle scrute le prix, et ses yeux se plissent à la lecture de l’étiquette : tout lui semble hors de portée, inabordable. Certes, la qualité a un coût, et il est sans doute vrai que ces prix doivent dépasser ceux de la grande distribution. Je me dois donc continuellement de la rassurer: tout va bien. Pas de panique. Ne va pas me faire une crise de tachycardie maintenant, calme toi, ce n'est qu'un bout de papier avec des chiffres.  Pour la calmer, je lui ai promis, en guise de cadeau de Noël, de lui offrir l'intégralité de son shopping. On ne regarde plus. Allez, voilà, c'est fini !
    Moi ? J'ai craqué pour un manteau blanc d’une beauté éclatante, sans parler des robes, pulls et pantalons que j'ai achetés sur ma lancée.  

    Épuisée, notre sortie s’est conclue par une halte au restaurant Jean-Georges at The Connaught. Avec Zabeth, nous apprécions ce lieu pour sa quiétude, son calme et la qualité de leurs sandwiches ; mais, hélas, l’établissement a connu un déclin, la magie du luxe s’étiole. La majorité des tables demeuraient inoccupées, Un thé ennuyeux, la qualité des sandwiches s’était amaigrie, et les gâteaux détestables. Pourtant, les prix, eux, n’avaient pas bougé. La désillusion, subtile, silencieuse, s’insinuait dans cette expérience autrefois si raffinée. (A mon époque, c'était le bon temps !) J'ai l'impression d'avoir effectué le parcours du combattant. Je pense que le shopping devrait figurer dans les risques cardiovasculaires. 

    À Londres, la pluralité des lieux consacrés à la communauté LGBT+ témoigne d’une diversité d’ambiances et de modes d’expression, reflet d’une société en mutation. Chloé m’avait parlé d’un club nommé She Soho, un espace exclusivement réservé aux femmes.

    Avant de nous élancer dans cette nuit de folie, nous avions dîné au Sophie’s Soho. Le bar est réputé pour ses martinis géants. L’accueil y était chaleureux, servi par Nora, dont la gentillesse contrastait avec la banalité de la nourriture : une cuisine somme toute classique. Nous avions choisi un Chateaubriand, accompagné de pommes de terre rôties, de légumes de saison – mais, pour ma part, j’avais préféré des frites. En dessert, un Yorkshire pudding nappé d’une sauce anglaise. Pour accompagner ce repas, une cuvée particulière, nommée Saurus, prétendument exceptionnelle, provenant d’un producteur local. Cependant, sa saveur ne justifiait pas entièrement la réputation qu’on lui attribuait, apportant un léger bémol à cette soirée déjà bien remplie.

    Puis, nous nous sommes dirigées vers She Soho. Je ne suis pas naturellement sensible à ce genre d’établissement : une partie de moi s’en détourne instinctivement, sans même en vouloir. Je pense aux transgenres qui y circulent en plus grand nombre que les femmes, aux cabines qui y sont aménagées pour l’intimité, et cette pensée m’évoque une certaine répulsion. Je ne peux m’empêcher de percevoir dans ces lieux une atmosphère oppressante, presque malsaine. C’est pour moi le symbole d’une perversion, d’un sexe débridé, d’une débauche que je refuse de légitimer ou d’accepter, car ils incarnent, à mes yeux, une vacuité et un désenchantement face à la condition humaine. Comme je le dis souvent, être lesbienne ne signifie pas être dévergondée, ni abandonner tout principe de dignité. Nous avons très peu dansé cette nuit-là, même Chloé, n’était pas très portée sur cette légèreté. Nous sommes rentrées tôt à l’hôtel, pour une partie de Scrabble, histoire de fêter à notre manière l'anniversaire de notre couple. Ravies de nos achats, nous repartons d'Angletterre avec nos deux valises pleines de vêtements chauds. Nous voilà parées pour l'hiver.

    Ce week-end, je suis de garde, fidèle à cette obligation qui m’est imposée. Je me prépare à entamer le second semestre d'interne, avec pour horizon la validation de ma première année d’internat. Que cette étape, comme la précédente, se déroule sans encombre, et que la suite me réserve autant de succès que j’espère.

    Lundi 19, au-delà de ma mission de retrouver ma douce à Genève, je me rendrai également pour accueillir Zabeth. Une joie profonde m’envahit à la pensée de la serrer enfin dans mes bras. Elle sera la première à franchir le seuil de notre nouvel appartement, à inaugurer notre chambre d’amis. Elle restera parmi nous toute la semaine, apportant cette présence précieuse, cette aide si essentielle pour nous accompagner dans cette étape cruciale de notre installation, de notre vie commune, et de notre nationalisation.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

    dimanche 4 janvier 2026

    Journal de bord 05/01/2026 Bonne année 2026

    Bonne et douce nouvelle année 2026.

    Heureuses de vous accueillir à bord de l’année 2026 ! Au programme, plein de bonheur, de joie, de réussite et de santé. Je vous offre l’occasion d’aimer : 365 jours d’amour et de passion.

    Nous vous remercions de nous lire, de prendre ce temps précieux que vous nous accordez lors de vos visites sur ce blog. Vos avis et vos commentaires, qui ne sont pas de simples échos mais des échanges qui nous constituent, comptent pour nous ; ils forment le fondement de notre travail. Puissiez-vous attendre chaque date de publication avec une attention exigeante et constructive, et non dans une impatience aliénée, afin de découvrir un nouveau regard sur le monde.

    Je vous souhaite, non pas de revenir à une illusion de stabilité, mais d’oser l’anticipation active : qu’un rapport de liberté et de responsabilité s’établisse entre nous et les prochains articles, où le lecteur et l’écrivain se constituent mutuellement par leurs choix et leurs silences. Bonne année et meilleurs vœux, dans la reconnaissance de votre propre liberté et de votre capacité à lire le monde avec discernement.

    L’année dernière, il aurait fallu donner au blog un visage plus conforme à notre époque et réécrire ces pages fixes qui l’ordonnent. Or, bien des choses ont évolué et il apparaît aujourd’hui que certaines informations auraient dû être complétées, voire corrigées. Chloé et moi avons pris la décision d’attendre que nous soyons propriétaires de notre appartement (chose faite aujourd'hui) et de connaître le dénouement de notre nationalisation helvétique avant d’entreprendre ce vaste chantier, convaincues que l’engagement que nous prenons pour ce qui nous est confié ne peut être dissocié de notre propre liberté. Et lorsque viendra l’heure de la reprise, nous le ferons non pas par simple désir de réforme, mais par exigence de vérité et de dignité pour celles et ceux qui nous lisent. En somme, nous choisissons d’attendre, afin que ce travail ne soit pas un simple décor, mais une voix qui témoigne de ce que nous sommes vraiment aujourd'hui.

    Petit retour sur nos fêtes :

    Mon premier grand cadeau, avant même que nous eussions notre appartement, fut ce repas de famille. Mes grands-parents, d'un âge avancé, souriaient, lourds de fatigue, comme si le temps, inexorable et silencieux, leur avait taillé sur le visage les signes d’une dignité résignée. Je crois que c’était sans doute l’un des derniers repas que nous partagerions tous ensemble, dans la possibilité même qui leur restait de nous regarder grandir. Ma chérie, animée d’un désir de figer cette espèce de fragile félicité, voulut immortaliser ce moment par une multitude de clichés.

    Une petite anecdote que je garde précieusement : lors de cette photographie, mon père, animé par une malice complice, prit mon verre de vin rouge et le substitua discrètement par son propre verre d’eau. En voyant cette manœuvre, mon grand-père se laissa entraîner, reproduisant à son tour le même geste avec mon verre de vin blanc. La scène se transforma en un véritable théâtre d’éclats de rire.

    Chloé, incapable de contenir son hilarité, se mit à rire aux larmes, s’écriant entre deux hoquets : « D’accord, c’est une cabale pour faire de moi la pochtronne du couple ! D’accord, d’accord ! »

    Mes parents ont fait venir Maria, notre cuisinière, et ont pris un couple extras locaux pour le service, très gentils tous les deux. Maria s'est surpassée et le repas est d'un raffinement culinaire extraordinaire, mon repas idéal. 

    Je vous fais partager ce menu de rêve : En entrée : salade crevettes, crabe et mangue. En plat : tournedos Rossini (petite précision inventée par Gioacchino Rossini (1792/1868), compositeur qui a arrêté sa carrière à 37 ans avec son dernier opéra : Guillaume Tell) accompagné de châtaignes grillées au four, de petits légumes d'hiver. J'aime tout sauf l'artichaut (preuve dans mon assiette, pas mangé), une écrasée de pommes de terre aux truffes (foie gras et truffes forment une alliance gustative exquise, Maria a pensé à Chloé), un immense plateau de fromages, et des profiteroles au chocolat. Pour accompagner ce repas de rêve, Père avait pris mon vin préféré d'un domaine de rêve : Gevrey-Chambertin, mes favorites vieilles vignes, domaine Alain Burguet de 2011, et en champagne un Louis Roederer Cristal 1996. Je crois que c'est le meilleur menu que j'ai mangé de ma vie. Chloé a fait attention à sa consommation d'alcool, cela me fit également plaisir. J'ai pu câliner mes grands-parents, c'était très doux. Le seul petit point noir de cette journée était l'absence de mon oncle et de ma tante, mais l'état de santé de mon oncle s'est encore détérioré, elle ne leur permettait pas de venir en Europe. 

    Le repas chez les grands-parents de Chloé fut une expérience non seulement savoureuse, mais aussi traversée par une insoumise légèreté des esprits : les rires fusaient comme une affirmation fragile mais tenace de liberté. J’aime mes beaux-parents, également présents, et j'ai une proximité intime avec ma belle-mère, dont ma présence auprès de Chloé la rassure et interpelle. Quant à ses grands-parents, ils exhalent une bonté qui échappe à la froideur des chiffres et des manières ; une gentillesse qui, loin de se soumettre au calcul, se donne sans réserve.

    Pendant ces fêtes, nous avons mangé comme deux ogres affamés et bu extraordinairement, pour faire plaisir. Ce déchaînement gourmand n’est autre chose que le signe, parmi d’autres, de notre sens inné du sacrifice : que ne ferions-nous pas pour rendre nos proches heureux ? 

    Ainsi, à Noël, nous nous sommes offert le signe même de notre liberté partagée. À Chloé, j’offre une séance hebdomadaire chez une kinésithérapeute ostéopathe pour l’année à venir. Tous les jeudis, je me suis offert la même chose mais pour ma part tous les mardis ; et elle, en retour, m’offre deux casques VR Meta Quest 3, afin que nous puissions nous transporter ensemble, sans bouger, dans l’immense univers du métaverse. Nous avons déjà partagé deux nuits de Scrabble, pour éprouver la solidité du lit — franchement ? Mission accomplie. Nos proches nous ont offert des virements, et chez les grands-parents de Chloé, de l’argent et des parfums. Comment interpréter le parfum ? lol

    Ces vacances furent, en vérité, étrangement courtes : entre nos allers-retours entre le petit appartement et le garage, entre les trajets et les voyages en avion, j’ai eu l’impression de n’avoir vécu qu’un seul week-end qui ne m’a pas réparée.

    Heureuses, nous reprenons le travail aujourd'hui lundi 5, moi à 8 h 30 et Chloé à Paris ; nous voulons poursuivre l’installation de notre appartement afin de gagner en stabilité et d’ouvrir pleinement notre liberté et notre autonomie. Nous cherchons à nous construire, chacune, mais surtout ensemble, notre monde idéal.

    Le repas chez les grands-parents de Chloé fut une expérience non seulement savoureuse, mais aussi traversée par une insoumise légèreté des esprits : les rires fusaient comme une affirmation fragile mais tenace de liberté. J’aime mes beaux-parents, également présents, et j'ai une proximité intime avec ma belle-mère, dont ma présence auprès de Chloé la rassure et interpelle. Quant à ses grands-parents, ils exhalent une bonté qui échappe à la froideur des chiffres et des manières ; une gentillesse qui, loin de se soumettre au calcul, se donne sans réserve.

    Pendant ces fêtes, nous avons mangé comme deux ogres affamés et bu extraordinairement, pour faire plaisir. Ce déchaînement gourmand n’est autre chose que le signe, parmi d’autres, de notre sens inné du sacrifice : que ne ferions-nous pas pour rendre nos proches heureux ? 

    Ainsi, à Noël, nous nous sommes offert le signe même de notre liberté partagée. À Chloé, j’offre une séance hebdomadaire chez une kinésithérapeute ostéopathe pour l’année à venir. Tous les jeudis, je me suis offert la même chose mais pour ma part tous les mardis ; et elle, en retour, m’offre deux casques VR Meta Quest 3, afin que nous puissions nous transporter ensemble, sans bouger, dans l’immense univers du métaverse. Nous avons déjà partagé deux nuits de Scrabble, pour éprouver la solidité du lit — franchement ? Mission accomplie. Nos proches nous ont offert des virements, et chez les grands-parents de Chloé, de l’argent et des parfums. Comment interpréter le parfum ? lol

    Ces vacances furent, en vérité, étrangement courtes : entre nos allers-retours entre le petit appartement et le garage, entre les trajets et les voyages en avion, j’ai eu l’impression de n’avoir vécu qu’un seul week-end qui ne m’a pas réparée.

    Heureuses, nous reprenons le travail aujourd'hui lundi 5, moi à 8 h 30 et Chloé à Paris ; nous voulons poursuivre l’installation de notre appartement afin de gagner en stabilité et d’ouvrir pleinement notre liberté et notre autonomie. Nous cherchons à nous construire, chacune, mais surtout ensemble, notre monde idéal.

    Ce week-end, nous gagnerons Londres, berceau de notre couple et miroir de nos libertés naissantes. Nous avons l’intention d’y faire nos emplettes, d’acquérir des vêtements chauds pour contrer le froid qui nous saisit à Lausanne et rappelle sans cesse notre fragilité commune ; nous ne sommes pas encore suffisamment équipées pour affronter le monde tel qu’il est. J'ai des tenues de ski, des combinaisons, des anoraks, des tonnes de pulls de sport mais rien de très habillé. De plus, nous chercherons dans de petites boutiques de stylistes — ces ateliers où le soin et l’originalité et la qualité prévalent — des habits qui parlent à mon cœur, des pièces chères à mon souvenir, que j’associe à mon enfance, lorsque nous venions ici avec Zabet. Dans les vitrines discrètes et parmi ces étoffes choisies avec une attention méticuleuse, nous ne cherchons pas seulement la chaleur, mais aussi une manière de nous habiller davantage par nos choix, les contours de ce que nous aspirons à devenir ensemble, car Chloé et moi ne partageons pas les mêmes goûts.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

    dimanche 21 décembre 2025

    Journal de bord 22/12/2025 Nid d’amour, Avenir, Ensemble

    Aimer, bâtir notre cadre de vie.

    Pour ces fêtes, Chloé renonce à son appareil afin d’interroger la lumière au pinceau. Je demeure sa muse — habitant son regard et conférant à ses créations une signification qui dépasse le geste lui‑même. Je me découvre en figure de mère Noël, dans la gravité lumineuse d’un don. Ce tableau à l’huile sera le cadeau de Noël que Chloé offrira à mes grands‑parents.
    Nos présents destinés à l’Australie (la famille de Charlotte, sœur de Chloé), aux États‑Unis (Zabeth et ma famille américaine) et à Lille (notre filleul et nos amis) voyagent déjà, afin que, le jour de Noël, le Père Noël les dépose à bon droit et conformément à l’écran d’un devoir accompli. Nous remettrons les cadeaux en direct au reste de la famille, Maria incluse.

    Nous sommes les plus heureuses femmes de la terre. Notre appartement répond à cent pour cent à toutes nos attentes et exigences. Ce lieu est magnifique ; au-delà de nos espérances, Arnaud a accompli un travail remarquable, et il nous est facile de nous projeter dedans. Par la suite, nous devons finaliser notre installation par de petits détails, les gestes qui vont façonner notre nid d’amour.

    L’heure était tardive et nous découvrions notre appartement ; nous n’avons pas demeuré couchées, car l’absence de chauffage aurait rendu cette nuit difficile, et rester pour rester aurait été plus puéril qu’autre chose. Nous avons déjà nos abonnements liés au logement (électricité, eau chaude, chauffage, assurance habitation). Il me faut savoir comment activer le chauffage et obtenir l’ouverture de notre ligne 5G sécurisée déjà présente dans l’immeuble, via l’entremise de la banque auprès de Swisscom. Tant que nous n’aurons pas une connexion Internet, indispensable au télétravail de ma bien-aimée, nous avons choisi de demeurer dans ce petit appartement ; et durant la semaine où Chloé sera à Paris, je suivrai aussi son pas dans ce même écrin modeste. Nous voulons aussi accrocher nos tableaux. Trop souvent, les gens laissent leurs tableaux reposer sur le sol pendant des mois, par peur de faire des trous dans les murs. Pour nous, c’est un réflexe contraire : sans art, notre appartement n’aurait aucun sens, aucune vie.

    Nous avons programmé notre première nuit pour le 20 décembre : nuit où je ne suis pas certaine que nous serons, dans le calme qui sied à une découverte commune, à apprivoiser les dispositions les plus sereines ; il semblerait, en vérité, que Chloé et moi portions en nous d’autres pensées, d’autres projets qui, pour un temps, réclament leur propre secret. Chloé me confie qu’elle n’aurait jamais cru aimer autant le Scrabble avant notre mariage. Ce sera notre premier souvenir fort en émotions. Lorsque vous lirez ces mots, cette longue nuit aura eu lieu.

    Ma garde à l’hôpital et le fait que nous ne puissions être réunies pour le réveillon, ni pour une grande partie de Noël, assombrissaient nos heures et pesaient sur nos âmes comme une privation de vie commune. Pourtant, aujourd’hui même, nous recevons le plus précieux cadeau de Noël que puisse nous offrir l’existence : notre appartement, notre foyer, l’endroit où nous choisissons d’être libres ensemble, contre l’absurdité du monde et les contraintes qui nous encadrent. Cela va nettement améliorer notre qualité de vie et le confort au quotidien.

    Je suis la première surprise de voir que l’acquisition et la réception de cet appartement me procurent une sensation de réussite qui m’échappait encore hier. Il semble que le fait de posséder notre logement nous insère dans la stabilité et la maturité de notre couple, comme si le cadre matériel témoignait d’une liberté conquise plutôt que d’un simple appartement. Cette impression me remplit d’une fierté qui ne se réduit pas à un regard sur le présent, mais affirme notre capacité à choisir notre propre chemin ; c’est dans ce choix partagé que je perçois le bonheur comme vocation, et non comme destinée.

    Avec une coupe de champagne à la main, Chloé et moi réalisons notre amour pour la Suisse qui nous porte, pour Lausanne qui nous abrite, et cette évidence joyeuse que chaque réveil à côté de celle que l’on aime est une joie qui se renouvelle. À vingt-cinq ans, mariées, Chloé occupe un travail qui la comble ; de mon côté, mes études avancent avec assiduité et mon rêve d’exercer le métier de pédiatre prend doucement naissance. Nous sommes propriétaires, sans emprunt, de notre appartement, et la Tilomobile neuve nous transporte vers une mobilité qui semble nous appartenir. Ne serions-nous pas en avance sur le programme des couples de notre âge ?

    Maintenant, tous ces biens ne sont pas une fin en soi : de nombreux défis nous attendent dans l’équilibre des besoins réels de chacun. Le fait même de pouvoir créer nos propres espaces de vie, à notre image, et d’y sentir bien, va mobiliser des enjeux conscients et inconscients, fantasmatiques et imaginaires importants. Être chez soi et être soi ne sont guère éloignés ; c’est dans un savoir-habiter, une action sur son habitat, que notre espace va pouvoir se construire.

    Je me suis interrogée et j’ai tenté d’analyser ce qui, dans mon comportement psychique, se déploie lorsque je parle de « chez moi ». Ce chez moi ne se réduit pas à l’ordre d’un lieu propre et bien tenu ; il est une enveloppe, mais pas une enveloppe sans sujet : une protection qui n’est pas donnée une fois pour toutes, mais toujours questionnée et refondée dans l’expérience vécue. Si l’on ose parler d’enveloppe psychique, on ne peut ignorer que, chez moi comme chez tout être libre, elle est aussi limite et cadre : elle enferme et elle protège, elle oblige et elle témoigne. Il me semble alors utile d’évoquer ce qu’un tel concept aurait à voir avec ce que certains appellent le Moi-Peau, non comme un refuge passif, mais comme une frontière mouvante entre intime et extérieur, entre corps et monde, entre l’intérieur qui désire et l’extérieur qui presse.

    L’appartement n’est pas seulement un décor qu’il faut tenir digne, ni un simple atelier où l’on exhale un souci d’ordre ; il se présente comme une métaphore vivante de l’espace personnel. Être chez moi, ce n’est pas seulement être dans ma chair ou dans mes murs : c’est être en soi-même, en ce corps qui me parle, en cet espace psychique qui me constitue et me met en danger. Être chez moi, être au monde, c’est alors un double geste : habiter un endroit concret tout en habitant son propre être, y puiser un sens qui affirme ma liberté et mes limites. Le foyer, loin d’être un refuge passif, se donne comme un dedans qui protège du dehors, mais qui interroge sans cesse ce dehors : qu’est-ce que je refuse d’emporter et que j’accepte d’investir ?

    Mon outil d’expression doit alors être pensé comme une armoire à mémoire et à savoirs – un lieu où l’on peut investir et réinvestir, en souvenir et en idée, en échange de savoirs et de gestes partagés. Bref, envisager le « chez moi » comme un espace contenant, mais aussi comme une demeure qui m’appelle à transcender l’inaction et à choisir, jour après jour, ce qui peut demeurer et ce qui peut se renouveler pour nourrir la sécurité et la liberté qui me fondent. L’être « chez moi » se situe donc très clairement du côté de l’enveloppe protectrice, tandis que le « savoir vivre ensemble », par exemple, se situerait du côté d’une action.

    Bien que cette réflexion soit intéressante, je vais ici mettre en suspens ma modeste analyse, sans prétention aucune. Elle demanderait, en effet, à être travaillée, approfondie et refondée dans le temps par une exigence constante de clarté et de critique.

    À la consultation de notre emploi du temps, qui étouffe chacun de nos instants, il nous sera malheureusement impossible de vous écrire un autre article avant l’année prochaine. 

    Chloé et moi vous adressons nos vœux les plus sincères : que Noël vous apporte, malgré les contraintes et les détours, des réveillons empreints de joie, de sérieux et de fraternité ; que la fin de l’année 2025 se meure sous le signe des rires et des accomplissements partagés. Puisse l’avènement de 2026 vous trouver en bonne disposition et en bonne santé, prêts à nous retrouver pour poursuivre ensemble ce plaisir et cette vie que nous appelons de nos vœux à partager avec vous, lecteurs et lectrices.

    À vous, lecteurs et lectrices, nous vous adressons nos embrassades les plus chaleureuses.

    A l'année prochaine,

    Chlo & Til 

    dimanche 14 décembre 2025

    Journal de bord 15/12/2025 Amour, Organisation, Anticipation.

    A deux, le temps se dompte et le bonheur se construit.

    Nous sommes, toutes les deux, les femmes les plus heureuses de la planète.

    Arnaud, notre maître d’œuvre, est enfin prêt à nous remettre nos clefs irrévocablement. Nous savons depuis trois jours que le 18 décembre, à 19 h 30, nous occuperons notre appartement. Chloé et moi avons fixé cet horaire ; nous voulons être certaines d’avoir achevé nos tâches respectives : le temps nous appartiendra pour sonder comme il nous siérait, non subir une course au temps.

    Nous solliciterons un court délai, indispensable pour nous installer, afin que, ce temps venu, nous puissions vous livrer des images de notre appartement et révéler notre espace de vie.

    Je ne puis encore dire si nous passerons notre première nuit le jour même ; ce qui est sûr, c’est qu’il nous faudra du temps pour remonter les cartons de l’endroit où nous nous trouvons, et surtout ceux du garage, qui recèlent les traces d’un passé que nous nous efforçons de dompter par notre travail.

    Tandis que Chloé sera à Paris, je pourrai progresser ; et nous avons déjà reçu de nombreuses propositions d’aide : du club de filles, de Romain, mais aussi d’Alex, mon collègue, le mari de l’entraîneur de boxe de Chloé, et de mon professeur de taekwondo, ainsi que son fils, qui se proposent d’être des soutiens. Mais nous n'avons pas encore pris notre décision : si nous choisissons d'accepter cette aide généreuse ou si nous préférons le faire nous-mêmes.

    En revanche, l’épouse du fils du maître pour le poste de femme de ménage et linge représente une option que nous devons jauger avec prudence : Chloé aurait souhaité s’en charger — un petit jeu entre nous — mais je ne suis pas prête à endosser le rôle que Chloé souhaiterait que je tienne. Je vais rester nébuleuse ; je ne veux pas davantage développer cette partie de notre intimité. Néanmoins, il me semble préférable de déléguer à une personne engagée pour 6 ou 8 heures par semaine, afin que notre foyer demeure un milieu de liberté et non un fardeau pesant sur nos propres épaules.

    Chloé m’annonce qu’elle doit remonter sur Paris pour la semaine de Noël afin d’aider à la bijouterie où ils seront débordés. Je n’avais guère songé à cela, et pourtant l’évidence même s’impose. Elle sera donc à Paris du 22 au 25 inclus. Je lui ai suggéré de passer Noël avec ses parents et de descendre le 26. Cependant, elle préfère arriver en début de soirée le 25, afin que nous puissions, ne serait-ce qu’un court instant, éprouver ensemble le sens d’un Noël partagé. Elle prendra donc le TGV Lyria de Paris gare de Lyon à 18 h 18.

    Pour ma part, ma garde de 24 heures commencera le 24 décembre à 18 h 30 et se terminera le 25 à 18 h 30 (oui je sais c'est incroyable, une garde de 24 heures qui dure 24 heures), mais je ne pense pas être sortie avant 19 h 30. Cette heure de fin de service me donnera juste le temps d’une douche rapide, d’un changement de vêtements et de prendre la route qui me mènera jusqu’à Genève, afin que j'aille chercher ma chérie à son arrivée à 21 h 30 à Genève.

    Notre week-end passé :

    Le samedi, nous avions réservé au restaurant Jacques. La salle, élégante et sobre, offre une atmosphère dans le fil du temps avec une exigence de simplicité. Le lieu, tout neuf dans la vieille ville, nous invite à y entrer comme dans une promesse partagée.

    Le choix s’opère toujours entre trois propositions, sur lesquelles se joue une petite théorie de l’existence : une carte des vins qui convoque mémoire et plaisir, une cuisine française moderne, audacieuse et ouverte à l’Asie, où les mariages des saveurs ne cherchent pas l’éclat mais la vérité du goût. Chaque assiette devient un instant de vérité sensible : ce que nous choisissons parle de nous, de notre capacité à nous donner l’une à l’autre, sans illusion.

    Chloé prend un carré d’agneau, tendre et précis, accompagné d’une glace à l’oignon rouge qui surprend et affirme sa franchise (très réussi !). De mon côté, le croustillant de bœuf confit, crémeux de petits pois et jus à la marjolaine, résonnent comme une articulation parfaite entre désir et raison. Les desserts tracent le goût d’un savoir-faire qui aime dévoiler la passion du Chef : ganache chocolat praliné pour Chloé ; forêt noire revisitée—chaud et froid—au chocolat Li Chu, noix de pécan, cerises noires au shiso rouge pour moi.
    Pour le vin, Chloé désirait un vin aux arômes puissants, je suis restée dans mes vins préférés, un vin de Bourgogne, au cœur de la Côte de Nuits. Un vin, milieu de la carte : Clos de la Roche, Grand Cru, Vieilles Vignes Ponsot 2018, bien adapté au canard comme à l’élan de notre conversation. (Rentrée à la maison, j'ai vérifié : le Clos de la Roche n'est pas un clos, situé à Morey-Saint-Denis. Le vin vieillit dans des fûts de chêne.)

    Le service, assuré par une femme au sourire délicat, se déploie avec une courtoisie qui jamais n’étouffe notre autonomie. La visite du jeune chef Jacques Allisson à la fin du service rappelle que la création culinaire est aussi une affaire de relation — un regard partagé qui valide notre choix d’être là, ensemble.

    Ce restaurant a tenu toutes ses promesses et les a dépassées, parce qu’il a offert un espace où le goût peut devenir dialogue et le temps partagé peut devenir mémoire. En sortant, nous portons en nous l’assurance que ce moment n’était pas une simple dégustation, mais une rencontre qui nous engage à revenir, à affirmer encore et encore notre capacité à choisir ensemble et à construire, dans le calme, un avenir possible.
    Le seul grain de sable demeure l’absence d’assiette à pain et les miettes non balayées avant le dessert ; mais ce n’est qu’un détail dans un tableau globalement harmonieux – que nous évoquerons avec une douceur qui n’est pas rébellion, mais invitation à une meilleure cohabitation du lieu et du temps.

    L'après-midi, après avoir rempli notre estomac, nous avons pris la direction du musée cantonal des Beaux-Arts. Le musée nous apparaît comme un bloc austère, un tombeau de béton qui intimide le regard ; pourtant notre conscience, qui ne se soumet pas au silence des murs, sait que la beauté n’est pas donnée mais conquise. L’édifice, gratuit et gigantesque, s’étend sur deux étages où persistance et ouverture se mêlent : permanence et éphémère.

    Nous pénétrons avec une intensité quasi philosophique : deux expositions nous saisissent. Félix Vallotton (1865-1925), peintre d’un monde qui se défait et se reconstruit, et Giulia Essyad, artiste genevoise contemporaine qui forge le corps au centre de son œuvre. Ses collages, d’une vigueur résolument moderne, proclament que l’art peut être une pratique de connaissance et de liberté. 

    Vous désirez savoir ce que Chloé en a pensé ? Chloé s’est accordé une pause ; elle est sortie fumer. La collection permanente, vaste couverture de l’art suisse, nous a moyennement captivées.

    Seules les expositions pourraient nous faire revenir en ce lieu. Il est vrai que nous avons côtoyé tout au long de notre existence l’un des plus beaux musées du monde : le Louvre. Autrefois enfants, nous y admirions des trésors éternels ; aujourd’hui, nous savons que la magnificence peut masquer des normes et des regards qui dictent ce qui mérite d’être vu. À notre époque, les œuvres cohabitaient avec des bijoux ; mais aujourd’hui, vous n'êtes pas certain de trouver un tableau… (humour noir).

    Le dimanche :
    À sa demeure, pour la première fois nous franchîmes le seuil, comme on entre dans une vérité qui hésite encore à dire son nom. Une maison somptueuse, nichée au cœur d’une campagne genevoise qui s’étendait en silence, autour d’un jardin immense et resplendissant, tel un tableau où respire l’ordre du monde et où la vie demeure libre de choisir sa forme.

    À 93 ans, Nadine de Rothschild porte encore une gaieté inexplicable, une lumière naturelle qui aurait pu peindre la condition humaine sous un jour plus léger. Elle nous accueillit avec une joie attendue, affirmant — peut-être avec une pointe de déférence et d’assurance — que nous étions les dernières mariées qu’elle entourerait. Une douleur, ciselant sa démarche, trahissait l’épreuve du déplacement ; l’ostéoarthrite, douleur tenace, laisse peu de place au miracle, et pourtant elle persiste, comme la réalité qui refuse d’être réduite à son diagnostic.

    Chaque rencontre avec elle se révèle être un petit bonheur de l’existence. Nous vîmes Zabeth sur WhatsApp ; son visage s’illumina d’un plaisir simple à l’idée de lui parler, et nos échanges, simples, prirent une teinte de solidarité féminine. Nadine s’enquiert, avec la préoccupation d’une maîtresse de maison consciencieuse que le temps nous échappe, du dossier de notre nationalisation en cours. Elle promit d’appeler le lendemain des connaissances pour faire avancer l’affaire, « cela a déjà trop duré », affirme-t-elle, et ajouta qu’elle ferait tout pour que justice et temps ne restent plus ennemis.

    Chloé, de son côté, apprécia les paysages qui se déployaient dans la maison, qui a tout d’un atelier des sens : toiles nombreuses, sculptures qui éduquent le regard. La demeure est décorée avec un soin qui frôle la contemplation, offrant une collection d’œuvres où l’art se fait témoin de notre liberté, et où chaque pièce nous parle.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til