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  • dimanche 8 février 2026

    Journal de bord 09/02/2026 Télétravail liberté, Anxiété gestion, Réalité virtuelle.

    La liberté naît de l’équilibre entre passions et paix intérieure.

    Chloé se détourne désormais de l’agitation parisienne, refusant de revenir à ses conditions d’autrefois, tant la vie en télétravail lui offre une liberté nouvelle. Cette organisation, souple et adaptable, lui confère un confort qu’elle n’avait pu connaître auparavant, surtout depuis qu’elle possède un atelier à elle, refuge de ses passions. Les bienfaits qu’elle en retire sont nombreux, mais l’un des plus précieux demeure la richesse des échanges avec ses collègues, qui nourrissent sa créativité, stimulent l’innovation et facilitent une communion d’idées. Ces rencontres virtuelles, loin d’être de simples interactions, tissent un véritable esprit d’équipe, un lien intangible mais puissant. La voir ainsi heureuse, trouvant dans cette nouvelle organisation un équilibre, me remplit d’une profonde satisfaction.

    Je souhaite vous présenter cette œuvre de Chloé, en mettant en avant la technique employée. Je dois avouer que je ne saisis pas pleinement tous les aspects, mais j’ai fait de mon mieux pour me rapprocher des descriptions fournies par l’artiste. Il s’agit de sa représentation du métaverse, un univers qu’elle n’a pourtant jamais exploré elle-même. L’huile saisit la tension entre présence et abstraction par une rupture progressive des contours et des bandes de couleur qui déforment le cadre. Les débris de forme et les transparences se constituent par des glacis successifs, des brossages respirés et des passages de couteau à palette, dessinant des strates lumineuses qui s’égrainent en fragments. La silhouette, énigmatique et fragile, se déploie en dialogue avec un horizon chargé d’air et de lumière: les couleurs s’étirent en bandes mouvantes. Le geste privilégie la matière et l’épaisseur du regard, laissant les couches s’étirer et se superposer plutôt que de viser la netteté.

    Contrairement à Chloé, dont l’existence s’inscrit dans l’effervescence créative, ma vie se tient à l’antipode, bien éloignée de toute vocation artistique. Tout au long de cette semaine, j’ai assumé la tâche de remplacer Pierre, le pédiatre dont l’indisponibilité m’a été confiée. J’ai fait de mon mieux pour que sa patientèle puisse quitter la consultation apaisée, rassurée par un diagnostic précis, mais je demeure constamment en proie à l’incertitude, à la douteuse certitude que tout pourrait encore basculer. La boule au ventre, la gorge serrée, le cœur accéléré, les ruminations incessantes m’empêchent de trouver le sommeil – cette angoisse tenace qui pèse sur mon quotidien. Je suis pleinement consciente qu’elle corrompt la qualité de mon existence, qu’elle déforme ma perception du réel, qu’elle infiltre chaque instant, chaque pensée. Pourtant, je peux me dire que je suis chanceuse, car l’intensité de cette souffrance, si vive soit-elle, reste compatible avec la poursuite d’une vie normale, sans recours immédiat à un traitement médicamenteux. Ce combat intérieur exige un effort constant, une vigilance à ne pas céder à la spirale de la peur.

    Grâce à Irène, j’ai appris à discerner les situations propices à alimenter mes tourments, à reconnaître ces pensées dysfonctionnelles qui s’insinuent dans mon esprit. Je m’efforce de chasser les idées inadaptées, d’évaluer avec lucidité le niveau réel des risques, de remettre en question ces certitudes illogiques, de relativiser ces interprétations catastrophistes. La profession, toutefois, me rappelle sans cesse que le risque d’erreur demeure, qu’une erreur pourrait avoir des conséquences dramatiques pour un patient, et cela alourdit encore plus ma conscience, même si au cours de cette semaine, je n'ai eu affaire qu'à des pathologies classiques.

    Irène m’est d’un soutien précieux, mais je trouve aussi dans ce blog un espace de clarification : il m’oblige à distinguer les faits de mes émotions, à différencier ce que je ressens de ce que j’observe, à faire le tri entre sensations physiques, pensées fugaces et actions qui en découlent. Lorsque je prends conscience d’erreurs logiques dans ma pensée, c’est le moment où, en compagnie d’Irène, nous analysons les alternatives possibles, puis je teste dans ma vie quotidienne ce qu’il advient si je n’adopte pas ma routine habituelle. L’acceptation, cette étape que Zabeth évoquait si tendrement durant mon enfance, reste difficile à atteindre. Ce dialogue entre mon anxiété et moi-même s’avère lourd, épuisant, même si, à présent, il diffère de mes crises de panique que j’ai connues étant enfant.

    Mes préoccupations pour Chloé (même si tout va bien actuellement), la fatigue, le stress du travail, la rédaction de ma thèse, la récente séparation d’avec Zabeth : autant de facteurs qui rendent ces derniers jours plus difficiles. La pratique du taekwondo m’aide, modestement, à évacuer une partie de cette tension accumulée. Tout cela pour dire que je ne traverse pas cette vie comme certains semblent l’imaginer, en un long fleuve paisible, mais plutôt comme une traversée agitée, semée d’embûches et de combats silencieux.

    J’espère, en toute sincérité, que le métaverse pourra m’offrir une petite échappée, des moments de refuge où la pesanteur de l’angoisse ne serait qu’un souvenir. L’idée de pouvoir changer d’univers, de me dérober à cette gravité intérieure qui m’étreint, me paraît à la fois troublante, fascinante mais aussi effrayante. J’ai hâte de pouvoir expérimenter nos casques de réalité virtuelle, de plonger dans ces mondes artificiels qui promettent, peut-être, une libération. Pourtant, la marche à suivre exige patience : il nous faut d’abord composer avec le temps, créer nos comptes, préparer le terrain pour cette nouvelle aventure. Chloé se chargera de façonner nos avatars, de donner vie à nos doubles numériques, mais cela n’interviendra pas avant le mois de mars. La perspective d’attendre, de patienter encore, n’est pas aisée, mais la foi en cette promesse d’évasion me soutient. Qui sait si, un jour, dans ces reflets de notre conscience, nous pourrons enfin toucher du doigt une forme de liberté véritable ?

    Espérons que mon expérience sera plus heureuse que celle de Theodore Twombly dans le film Her.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

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