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  • dimanche 1 février 2026

    Journal de bord 02/02/2026 Atelier refuge, Communication autiste, Organisation invités

    Respecter l’espace de l’autre, c’est préserver la liberté et l’harmonie.

    Chloé, pleine de vie et d’éclat, trouve dans son atelier domestique un espace qui lui appartient entièrement, un refuge où elle peut s’épanouir pleinement. Pourtant, malgré cette apparente harmonie, je n’ai pas encore réussi à lui faire ranger un des côtés de sa pièce — une tâche qui semble lui échapper. Elle me fait comprendre, d’un ton à la fois ferme et indigné, que je n’ai pas le droit d’intervenir dans son lieu de travail, comme si cet espace lui était strictement réservé, une expression de sa liberté qu’elle refuse de partager.

    J’ai l’impression de faire face à une adolescente, cette figure d’éveil et de tourments que la vie impose à toute jeune femme en quête de sa propre identité. Consciente de cette dynamique, je me suis tournée vers Irène dans l’espoir de mieux comprendre et de tenter d’apaiser cette crise silencieuse. Tout cela, bien sûr, dans le souci de préserver la douceur de notre relation, sans heurter la sensibilité fragile de ma chère et tendre. Il faut aussi tenir compte du fait qu'avec l’autisme de Chloé, la communication n’est pas toujours aisée.

    De mon côté, au CHUV, le mois de février s'annonce très chargé. Un des pédiatres est absent pendant deux semaines, et le directeur m’a demandé de le remplacer jusqu'au 13 février. Par la suite, je prendrai en charge le remplacement d’Alex, qui part en vacances au ski avec sa famille du 13 au 20 février. Ensuite, j’assurerai une garde d’étage de 48 heures le week-end du 21 et 22 février. Je ne peux deviner ce que l'épuisement du travail et l'angoisse incessante imprégneront de leur empreinte mon âme, lorsque enfin tout sera terminé. Une crainte m'habite : celle de me voir, au sortir de cette épreuve, réduit à l'ombre de moi-même, telle une ombre errante, semblable à un zombie.

    Photo : Chloé a insisté pour vous prendre en photo mon agenda. Non seulement pour témoigner de la multitude de mes occupations, mais aussi, selon elle, pour révéler l’ordre remarquable qui règne dans mes petites affaires — une organisation qu’elleadmire mais déteste également me trouvant trop maniaque .

    En plus de cela, chaque jour, avant de commencer mon service et le soir avant de partir, je m’occupe d’Anna en faisant un petit tour où nous discutons ensemble. Puis je dois faire un compte-rendu de ce qui a été dit pendant l'entretien. Je transmets mes données au chef du département de psycho-pédiatrie, et je fais le bilan et j’échange oralement avec Mathilde, la psychiatre qui est attachée à notre jeune patiente. J’espère qu’elle pourra bientôt prendre en charge les soins de notre petite Anna, et que je viendrai qu'une fois par semaine en villégiature.

    Le jeudi, sur ma demande, Zabeth vint à ma rencontre à l’hôpital. Je voulais lui présenter Anna, afin qu’elle comprenne qu’enfant, moi aussi, j’avais eu besoin d’une aide extérieure, qu’il n’y a aucune honte à solliciter la présence d’un adulte pour nous soutenir. Mon dessein était d’ouvrir la voie pour que Mathilde puisse intervenir dans son rôle de pédopsychiatre le plus rapidement possible. Je lui ai déjà parlé d’une copine, susceptible de lui venir en aide, comme on dépose discrètement des petits cailloux sur le chemin, dans l’espoir qu’ils guident la marche, sans garantie toutefois. J’ai feint un besoin urgent d’aller aux toilettes, afin de laisser Zabeth et Anna converser entre elles. Zabeth possède cette rare capacité de plaire presque unanimement, et je ne m’attendais pas à une réponse immédiate d’Anna, mais peut-être que ce petit jeu intérieur pourra faire son œuvre, en semant une idée dans son esprit. Selon Irène, Mathilde et Zabeth, mon astuce a une petite chance de réussir. Attendons la suite.

    Mais revenons à notre problème de la semaine dernière.
    Comme je vous l'avais indiqué la semaine dernière, Chloé m’a glissé à l’oreille : « C’est maintenant que notre grand problème arrive ! ». Elle évoquait le fait de faire venir toutes ces personnes chez nous, car elles étaient toutes curieuses et impatientes de voir notre appartement.

    J’ai proposé à Chloé et Zabeth une solution : négocier avec l’hôtelier pour qu’il nous permette d’utiliser sa salle jusqu’à 17 heures, en contrepartie d’une rémunération pour la location, en plus des consommations que nous prévoyons de commander régulièrement. Cela nous permettrait de faire venir nos invités par petits groupes de dix personnes. Zabeth et Chloé ont trouvé cette idée acceptable.

    Après le repas, tous mes collègues et nos professeurs de sport se sont rapidement éclipsés. Avant son départ, mon directeur m’a indiqué que, lundi prochain, je devais me présenter au travail munie de mes papiers d’identité, afin que le service des ressources humaines puisse procéder à la régularisation de ma situation et que je puisse signer mon contrat en tant que Suissesse.

    Zabeth a suggéré de rester au restaurant pour gérer les invités, pendant que nous effectuions nos déplacements et leur faisions visiter notre appartement. Nous avons décidé de commencer par nos quatre parents, ce qui semblait logique puisqu’aucun d’eux n’avait encore eu l’occasion d’entrer chez nous, et petit détail, ce sont mes parents qui nous l'ont offert.

    De manière unanime, nos parents ont loué la magnificence de notre appartement, un compliment toujours agréable à recevoir, même si, en vérité, notre rôle dans cette réussite se limite à ranger nos petites affaires dans le lieu choisi. Père affichait une satisfaction sincère quant au travail d'Arnaud, convaincu que cette redite valait bien le retard pris dans l’achèvement des travaux. Le mobilier, choisi avec soin selon nos gouts, témoigne d’une certaine qualité, mais ce qui a véritablement surpris nos invités, c’est la multitude de livres qui ornent nos étagères. Lorsque Chloé leur a assuré que j’avais lu chaque volume, une certaine gêne et pudeur se sont emparées de moi, envahie par cette conscience de l’effort silencieux contenu dans ces pages, et du regard que portent nos proches sur notre double bibliothèque foisonnante.

    J’ai effectué quatre allers-retours, Chloé demeurant confortablement dans la chaleur de l’appartement, tandis que Zabeth s’affairait efficacement au restaurant à faire du public relation. En fin de journée, Père a acquitté la totalité de la note du restaurant. Les parents de Chloé, quelque peu contrariés, exprimaient leur désir de contribuer. Mère leur répondit que, pour ce faire, ils n’auraient qu’à effectuer un virement pour une somme équivalente aux enfants (c'est nous !), mais Père, en homme réservé, n’a pas souhaité révéler le montant de la facture. Lorsque la mère de Chloé lui demanda quelle était la réponse, Père répliqua simplement : « Pourquoi faire ? » Quant à nos amis, ils ont eu la bonté de trouver eux aussi notre appartement très beau.

    Je ne souhaite pas m’étendre davantage aujourd’hui ; je préfère que vous formiez votre propre jugement à la vue des modestes clichés à venir, lorsque vous découvrirez notre demeure. Cependant, afin que cela soit envisageable, il faut que Chloé vous fasse parvenir quelques images pour éveiller votre curiosité.

    Chacune de nos invitées nous quitta au rythme des trains et des avions pour son retour. Nous avons laissé les grands-parents de Chloé, Maria et Zabeth, Océane (pamplemousse rose) à l'appartement et Chloé et moi avons raccompagné en voiture Nadine de Rothschild. Mes parents, eux, ont raccompagné notre grand-tante.

    A notre retour, Océane, exténuée par l’immense voyage de Tegucigalpa à Lausanne, se réfugia dans la pénombre de sa chambre d’hôtel, cherchant un peu de silence pour apaiser son corps fatigué. Quant à mes parents, ils s’étaient peut-être arrêtés pour un maigre repas, avant d’effectuer le trajet de retour entre Berne et Lausanne.

    Nos quatre parents, ainsi qu’Océane, avaient réservé une chambre au Beau Rivage Palace, afin de bénéficier du confort et de la quiétude indispensables à une récupération sans faille. Maria, elle, préférait la douceur rassurante de notre appartement. Elle a donc pu inaugurer notre deuxième chambre d’amis.

    Samedi matin, nous avions fixé le rendez-vous à onze heures et demie, chez nous, afin de partager le déjeuner. Nous avions réservé au restaurant « Jacques », un lieu que Chloé et moi avions profondément apprécié. Une fois de plus, tout fut parfait, chaque détail étant à la hauteur de nos attentes. Le chef nous a offert le champagne pour fêter notre nationalisation. Je ne peux m’empêcher de penser que le chef, Jacques Allisson, devra bientôt nous supporter à de nombreuses reprises, tant sa cuisine nous séduit et nous captive.

    À la fin du repas, une petite course improvisée s’était organisée entre la mère de Chloé et Père, chacun cherchant à déterminer qui aurait le privilège de régler la facture. Mais, avant qu’ils ne puissent en venir à bout de cette hésitation, je m’étais déjà avancé, ayant réglé la note en secret un bon quart d'heure avant cette petite séance de sport. C’était amusant, cette façon de jouer avec les conventions, comme si le dénouement leur échappait à l’avance. Nous, Suissesses, savons recevoir. (lol) Tout le monde sortit ravi du déjeuner.

    Jeudi, Chloé et moi avons raccompagné Zabeth à l’aéroport, et ce départ, toujours empreint d’une douloureuse séparation, semblait cette fois légèrement atténué, comme si le temps apaisait peu à peu la brûlure. Elle m’avait confié sa joie sincère de ce séjour, de nous voir toutes deux réunies, épanouies — un bonheur fragile, qu’elle semblait vouloir protéger de la tourmente. Cependant, elle ne manqua pas de me gronder doucement, me rappelant qu’il fallait que je prenne soin de moi, que la fatigue se lisait sur mon visage, et que l’épuisement, ce fameux burn-out, n’était pas une voie saine. Je ne pouvais lui donner tort. Depuis que notre nationalité commune était acquise, un poids s’était quelque peu levé de mes épaules, et cette nouvelle réalité semblait, malgré tout, me donner un peu plus de force pour continuer.
    Elle confia son admiration pour Lausanne, évoquant avec tendresse notre appartement, lumineux, confortable, et d’une agréable simplicité. « Vous ne pouviez espérer meilleur lieu pour commencer votre vie à deux en paix », ajouta-t-elle, comme si ces mots portaient en eux la promesse d’un avenir assuré, d’une harmonie fragile mais précieuse, à préserver dans la douceur de ce nouveau départ.

    Chloé, d'une présence discrète mais empreinte de magie, a su se tenir en retrait, nous offrant ainsi l'espace nécessaire pour échanger nos adieux avec Zabeth et moi. Nous nous sommes tenues longtemps dans les bras l'une de l'autre, notre étreinte empreinte d'une tendresse douloureuse, les larmes aux yeux frémissaient à la lisière de l’émotion. Je l’ai inondée de baisers, cherchant à graver dans ma mémoire chaque sensation, son odeur avant de devoir la laisser partir. Même si, aujourd’hui, je trouve du réconfort auprès de mes parents, elle demeure à jamais ma maman de cœur, cette figure essentielle qui, à travers le temps, restera inscrite en moi comme un pilier indélébile de mon existence.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

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