“Une étape marquante dans la vie éclaire le chemin vers l’avenir.”
Cette journée, empreinte d’une joie sincère et profonde, constitue sans doute un tournant essentiel dans notre existence. Un instant à la fois fragile et précieux, chargé de toute la richesse de cette expérience, que nous avons choisi de diviser en deux parties afin de transmettre avec fidélité toutes ses nuances et sa profondeur.
Ce vendredi 23 janvier, C'est le grand jour. Malgré le froid qui nous glaçait, Zabeth, Chloé et moi avons parcouru à pied, en une dizaine de minutes, le trajet de notre appartement à la mairie. Ce moment m’a aussi permis de justifier ma dernière folie : l’achat de mon manteau en pur cachemire. (Photo)
Nos parents respectifs nous attendaient devant l’édifice, témoins silencieux de cette étape solennelle. La surprise fut grande lorsque nous retrouvâmes nos proches, venus pour partager notre joie. Celle-ci était orchestrée par nos quatre parents, avec la participation de Romain, qui dispose d’un nombre impressionnant de contacts téléphoniques.
Parmi cette foule se trouvaient les grands-parents de Chloé, Irène (psychiatre) et Charles (son mari), ainsi que leur petite dernière Guillemette, 15 ans. Étaient aussi présents ma grand-tante, Nadine de Rothschild, , Géraldine et Lorenz (le patron de Chloé), Maria (notre cuisinière), ainsi qu’un cercle d’amis et de soutiens fidèles. Les filles du club, en grande majorité accompagnées de leurs copains du moment— même Océane, qui revenait tout juste du Honduras —, étaient là aussi. Romain, fidèle à lui-même, apportait deux énormes bouquets de cent roses roses, symbole de son soutien indéfectible. Nos amis lillois — Emily, Quentin, Léo (qui sauta dans les bras de Chloé), Justine (notre filleule), ainsi que Céline et Jean-Charles — attendaient aussi dans le froid, avec patience et bienveillance. Mon directeur d’hôpital et son épouse, Anne-Emmanuelle, ma cheffe, et son mari, Mathilde (pédo-psychiatre) et son mari, Alex (collègue et médecin référent), Lucie (son épouse), et Lucas (leur enfant) vinrent aussi me faire un gros bisou. S’y ajoutaient la professeure de boxe de Chloé et son mari, mon professeur de taekwondo et sa compagne, ainsi qu’Ha-eun, son époux et leur bébé de huit mois. Notre voisine, que j’avais invitée à la dernière minute, pensant qu’elle ne viendrait pas, était présente. complétant cet assemblage chaleureux. Peu à peu, la foule se rassembla : proches, connaissances, citoyens suisses, et de nombreux lecteurs et lectrices du blog, tous unis pour célébrer ce moment crucial.
Lorsque la personne de la mairie vint nous avertir que nous pouvions entrer dans la salle, personne ne fit répéter l’ordre — comme si le froid avait amélioré l’audition des plus anciens. Étrange !
Avant de recevoir nos précieux documents, on nous informa que, parallèlement aux tests, questionnaires et aux soixante points à connaître en tant que Suissesse, une enquête approfondie avait été menée à notre sujet. Il s’agissait d’évaluer qui nous sommes dans tous les aspects de notre vie : notre situation financière, nos diplômes, notre profession, notre casier judiciaire, notre fiscalité, notre respect des règles de circulation — même si Chloé a déjà reçu une contravention —, mais aussi notre capacité d’intégration et, de façon plus surprenante, notre mentalité et sociabilité. La décision finale revenait aux autorités communales, cantonales et fédérales, qui devaient juger si nous répondions aux critères du pays.
Le maire esquissa une courte synthèse de nos parcours, commençant par celui de Chloé. Sa carrière d’artiste brillait par ses diplômes prestigieux issus des écoles les plus renommées. Au-delà de sa passion pour la peinture, ses œuvres étant exposées dans une galerie réputée à l’étranger (France, Nice), elle exerçait également dans la haute joaillerie, cette industrie noble incarnant l’élégance suisse. Avec un sourire en coin, plein d’humour, il ajouta : « Une femme suisse qui quitte sa patrie pour aller travailler en France… dans cette direction, elle ne doit pas être trop dérangée par la circulation ! »
Il évoqua ensuite mon profil, rappelant mes origines issues d’une vieille famille aristocratique française. Tout en soulignant mon sérieux et l’appréciation que je suscite auprès de mon entourage — du directeur d’hôpital aux aides-soignantes —, il précisa que j'étais déjà détentrice d'un patrimoine très confortable. Avec une pointe de malice, il conclut : « Ne vous laissez pas tromper par son air de petite fille sage, elle est déjà une femme d'affaires redoutable… » Mon directeur confirma la chose, en disant : « Ça c'est sûr ! », ce qui fit rire toute l'assistance.
Quel soulagement ! La cérémonie d’accession à la citoyenneté fut pour nous un moment d’immense bonheur : nous reçûmes nos actes, notre première carte d’identité suisse, notre passeport à la croix blanche. Nous sommes désormais, toutes deux, fièrement citoyennes suisses. Nous espérons honorer cette nouvelle appartenance, faire honneur à notre pays et porter haut ses valeurs.
Chloé et moi-même fûmes fort étonnées de découvrir, au moment de notre sortie, la présence de nombreux membres du blog venus en nombre (d'après moi une vingtaine, d'après Zabeth ils étaient beaucoup plus nombreux) pour assister à notre naturalisation, venus aussi à notre rencontre pour des photos, des selfies, et des petits cadeaux pour notre appartement. Je ne pouvais concevoir que notre modeste blog jouît d’une telle renommée en terre helvétique. Leur présence apportait une chaleur humaine et une sincère convivialité à l’atmosphère. Chloé, me chuchotant discrètement, demanda : « Qui sont tous ces gens ? Savent-ils que nous sommes déjà mariées ? »
Cette surprise nous offrit l’opportunité rare de retrouver ceux que nous chérissons, de partager en toute simplicité un moment de communion, et de leur adresser nos vœux pour cette nouvelle année. Au cœur de cette atmosphère chargée d’émotion, Nadine nous remit en cadeau de bienvenue une toile et son certificat d’authenticité, précieux souvenir de notre visite chez elle. Cette œuvre d’Ary Scheffer, d’une délicatesse remarquable, avait captivé Chloé lors de notre passage. Un tableau du XIXᵉ siècle, témoignant de la richesse artistique d’une époque révolue. La ressemblance entre sa vie et la nôtre lui rappelait, avec insistance, son passage de l’univers français à celui de la Suisse en tant que baronne, évoquant sa jeunesse, cette période encore pleine de promesses et d’incertitudes, et l’homme qu’elle a tant aimé.
Ma grand-tante fut profondément émue, et elle n’était pas venue les mains vides. Elle nous offrit avec sincérité une œuvre d’art, une statuette en bronze représentant une danseuse, signée James Pradier (1790-1852), accompagnée de son certificat d’authenticité et la facture de la galerie, don empreint de tendresse et de précieux souvenirs.
Romain, en plus des deux énormes bouquets de roses, nous a apporté le cadeau le plus insolite : un paillasson sur lequel on peut lire : « Bienvenus », et, dans l'autre sens, lorsque les gens sortent, il est noté : « Bon débarras ! ».
Les grands absents de cette journée si précieuse étaient, de mon côté, mes grands-parents et ma famille américaine. Pour ma chérie, Charlotte et sa famille australienne. Charlotte, en plein shooting pour une agence de mannequins, n’avait pu se libérer. Quant à nos grands-parents, trop âgés, ils purent suivre la cérémonie via WhatsApp. Avec Chloé, nous leur envoyâmes une multitude de baisers, complices de cette chaleureuse communion à distance.
Après la cérémonie, mes parents avaient réservé une table dans un restaurant pour partager un déjeuner chaleureux avec notre famille et nos amis. À la demande insistante de Chloé, désireuse d’immortaliser cet instant précieux, nous la laissâmes prendre quelques photos, malgré le froid mordant qui semblait vouloir nous tétaniser, mais que la douceur de cette journée atténuait.
Trop en avance sur l’horaire, nous nous dirigeâmes vers un café voisin, où la tentation d’un apéritif se fit sentir.
Lorsque nous entrâmes précipitamment dans ce modeste café de quartier, cherchant refuge contre la rigueur mordante de l’hiver, le lieu était débordant d’une foule compacte, et le patron, à la vue de cette marée humaine, se troubla. Je lui expliquai que notre présence n’était que passagère, que je prenais en charge la totalité des consommations, et que, si possible, il pouvait nous préparer quelques amuse-bouches pour l’apéritif. Il envoya aussitôt quelqu’un chercher des olives et du gruyère, qu’il avait coupés en petits dés. C’était parfait. Nous avions dû lui assurer son chiffre d’affaires pour le mois. Mais il est d’une douceur infinie, et, en gage de gratitude, nous lui avons offert un bon pourboire et promis de revenir régulièrement chez lui, pour partager un petit verre en toute amitié. Père voulait payer la note mais le patron n'a rien voulu savoir, il lui a répondu : « Non ! C'est la petite dame qui régale.» J'étais MDR.
Là, j’écoutais, discrètement mais attentivement, la conversation de quatre hommes rassemblés au comptoir à qui par la suite j'ai également offert ma tournée. Zabeth, me reprochant d’adopter une attitude cavalier en me détachant du groupe, me questionna sur mes pensées profondes. Je lui répondis, dans la simplicité du moment : « Après quatre verres d’alcool, il semblerait que ces braves hommes deviennent, tels des alchimistes modernes, experts en géopolitique, entraîneurs pros de football, médecins, historiens ou essayistes. Sans doute doivent-ils consommer une potion magique locale… Zabeth me sourit, et ce sourire si doux m’offrit un discret plaisir.
Le groupe, arrivé au restaurant Restaurant & Giraf, comptait soixante-cinq adultes et quatre enfants, Chloé et moi comprises, flirtant avec la limite de la réservation (entre soixante et soixante-cinq couverts). Dans ce genre de repas, la perfection n’est pas de mise. La nourriture et le service étaient simples, corrects, sans éclat particulier ; l’essentiel résidait dans la présence même de cette compagnie, dans ce moment partagé.
À peine avions-nous achevé le repas que Chloé m’adressa ces mots à l'oreille : « C’est maintenant que notre grand problème arrive ! »
La suite la semaine prochaine…
A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.
A Bientôt,
Chlo & Til

RépondreSupprimerHello (ou devrais-je dire : "Hello les Stars !"),
Je débute ma lecture en pensant que vous seriez six personnes et finalement c'était comme pour un mariage lol. Ce manteau est sublime, chic et intemporel. Heureux que tu aies pu retrouver Zabeth en chair et en os. La phrase du Maire concernant les trajets de Chloé m'a fait rire, de même que la remarque de Chloé, "Savent-ils que nous sommes déjà mariées ?".
James Pradier ! Ah oui quand même ! C'est mieux que les statues de "Leroy Merlin" et "Maisons du monde".
Tant que j'y pense, je voulais dire que j'étais complètement d'accord concernant "She soho". Ton instinct me semble voir clair. J'ai horreur de cette perversion et de cette vulgarité qui sont normalisées. Que c'est sombre.
Ce teasing pour le prochain article est très réussi, il fait effet !
Bonne semaine à tous.
Ciaociao