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  • dimanche 15 février 2026

    Journal de bord 16/02/2026 Cadeau symbolique, Reconquête intime, Amour imparfait.

    Les trésors les plus précieux sont ceux qui naissent du cœur.

    Chloé m’a confié qu’elle se sent désormais la femme la plus heureuse du monde, depuis qu’elle a aménagé son atelier chez nous. C’est une véritable révélation, une exaltation intime qui bouleverse son existence sans jamais trahir la sincérité profonde de son art. À présent, elle ne ressent plus la lourdeur du labeur, car tout ce qu’elle accomplit découle de la passion qui l’anime : peindre, vivre selon ses désirs, bâtir une vie riche de sens et de stabilité, sans compromettre l’intégrité de sa créativité. Elle veille aussi sur moi, consciente que c’est cette stabilité, cette sécurité que je lui offre, qui nous permet à toutes deux de vivre ce bonheur exceptionnel, loin des préoccupations matérielles et des menus soucis. De vivre sa vie d’artiste sans être marquée avant tout par une forme de précarité et d’incertitude. La douceur de la vie lausannoise semble venir renforcer cette oasis où nos rêves peuvent s’épanouir pleinement.

    Mon remplacement au sein du cabinet de Pierre s’est terminé, et je me trouve face à une réalité qui dépasse largement la simple absence de problème médical. La véritable difficulté résidait dans l’ampleur du temps consacré à chaque consultation. La cadence imposée, dix à quinze minutes tout au plus, m'est insoutenable. Chaque soir, je me retrouvais à accumuler entre une heure et demie, parfois deux, de retard. Dans ces conditions, il est difficile de connaître la patientèle en profondeur, de s’immerger dans chaque dossier, d’échanger avec les enfants, de rassurer des parents inquiets, et de noter les derniers éléments, le tout dans un laps de temps si restreint. Une fois les consultations achevées, il me fallait prendre le temps de rédiger un bref résumé de l'intégralité de la journée aussi précis que possible, afin qu’à son retour, Pierre puisse connaître en détail ce qui s’est passé dans son cabinet, sans aucune ambiguïté.

    Je me suis sentie isolée face à mes décisions, mais je dois reconnaître que ce n’est pas entièrement le cas : j’ai autour de moi des confrères, un réseau de collègues et spécialistes avec qui je pourrais échanger. Pourtant, une pression implicite m’oblige à accepter cette course effrénée. Si je ne fais pas mon travail correctement, ce sont mes collègues qui devront en assumer le poids, faire des heures supplémentaires, et c’est tout le service qui en pâtira. Mettre en danger la vie de certains patients serait tout simplement inacceptable.

    Ces journées de consultation, en tant que jeune médecin non certifiée, menacent inexorablement mon épuisement. Celui-ci, à terme, ne fait qu’accroître la fatigue déjà présente, celle que Zabeth, Chloé et Océane ont si justement décrite. Je commence à accumuler, non pas des heures de sommeil, mais des semaines entières de récupération.

    J’ai la chance de vivre aux côtés de Chloé la chérie la plus compréhensive de la terre, car il devient de plus en plus difficile de maintenir un équilibre de vie digne dans cette profession, soumise à des règles strictes, à une déontologie rigoureuse, et à une éthique que je perçois un peu comme une fin en soi. Je ressens cette vocation comme une forme de sacerdoce, exigeant plus que de simples compétences : une force intérieure, une résilience qu’il faut sans cesse renouveler. Exercer cette profession devient pour moi autant une nécessité qu’un combat personnel, une question de survie autant qu’un choix de vie.

    Cependant, malgré ces difficultés, rien ne pourra me faire dévier de mon rêve : devenir pédiatre. Cette ambition reste le fil conducteur de mon parcours, la lumière qui guide mes efforts et ma détermination, quelle que soit l’adversité. Mon engagement envers cette spécialité est inébranlable, car je sais que c’est là que je pourrai donner le meilleur de moi-même, apporter du réconfort et guérir avec toute la tendresse et la patience qu’exige la médecine pédiatrique.

    La vie de notre couple…

    Nous venons de remettre les clés du modeste appartement qui, pendant un temps, nous a offert un refuge précieux. Ha-eun est venue nettoyer méticuleusement chaque recoin, laissant derrière elle un espace impeccable. Sur un petit meuble, nous avons déposé le tableau que Chloé a peint pour eux, une œuvre qui s’intègre parfaitement dans le décor, comme si elle en faisait partie intégrante, comme si elle avait toujours été là.

    Nous avons dû, avec une fermeté mesurée, insister sur le ton pour éviter qu’ils ne tentent de nous payer le tableau, sachant qu’ils n’avaient rien désiré pour la location. C’était la moindre des choses, une juste contrepartie, et une marque de gratitude sincère pour leur aide précieuse.

    Nous leur avons proposé de venir déjeuner ce samedi. Ce sera le premier repas chez nous avec des invités en dehors de Zabeth et Maria, une étape simple mais pleine de symbolisme. Quant à la cuisine, nous n’avons aucune inquiétude : Maria reste toute la semaine pour préparer des plats qu’elle mettra au congélateur, nous assurant ainsi de ne pas dépérir ni mourir de faim dans cette vie si fragile.

    Maria nous propose de venir préparer pour nous la cuisine chaque fois que mes parents s’absentent en voyage, ce qui arrive fort souvent. Pour lui faire plaisir, nous avons accepté ! (Tiens, mon nez s’allonge !)

    Je souhaitais revenir sur l'article précédent, où je confie l’inquiétude qui m’habite à l’égard de Chloé. Rien d’exceptionnel, certes, mais il est humain d’éprouver ce tumulte intérieur lorsque l’amour, sincère et profond, nous lie ainsi à une autre âme. J’aime son être tout entier, dans sa vulnérabilité comme dans son handicap ; il y a en elle une authenticité qui dépasse les mots, une présence qui transcende la simple compréhension. Chloé est l’évidence de ma vie, la raison de mes rires, le motif de mes sourires. Lorsqu’elle éclate de rire, c’est comme si le monde tout entier s’illuminait d’un feu nouveau. Chacune de ses paroles, chacun de ses gestes, chaque regard qu’elle pose sur moi m’émerveille et me fait fondre. Nous sommes toutes deux imparfaites, et pourtant, je n’éprouve qu’un désir : aimer, malgré tout, accepter ces imperfections qui font de nous ce que nous sommes, et continuer à tisser cette complicité fragile mais précieuse.

    Revenons justement sur notre soirée de Saint-Valentin…

    Pour la Saint-Valentin, Chloé et moi avions décidé de renoncer aux cadeaux matériels. Nous privilégions un simple repas, une bonne bouteille dans notre restaurant préféré « Jacques », laissant la possibilité, si l’occasion se présentait, d’aller plus loin (ce que j’espérais ardemment, et que nous avons partagé, lol).

    Lors de notre escapade à Londres, j’ai discrètement acheté un pull que Chloé trouvait magnifique. Mais elle refusait de céder à la tentation, jugeait son prix déraisonnable, bien trop élevé. Lorsque je lui offris ce pull en cadeau, ce geste déclencha en elle une colère noire : elle se sentit injustement lésée, car je lui offrais un cadeau alors qu’elle n’avait pas fait de même. Elle me trouvait profondément injuste.

    Je lui ai alors suggéré d’écrire un certificat d'authenticité et de m’offrir officiellement sa petite toile que je chéris, une œuvre évoquant un Van Gogh, une création qui, à mes yeux, possède une beauté indéniable. Elle me répondit que cela n’était rien du tout, que cela n’avait pas la même valeur, que ce n’était pas comparable.

    Je ne partage pas son point de vue. Cette toile, pour moi, incarne quelque chose de précieux. J’aime cette œuvre, et cela ne saurait être contesté. Mais qu’y a-t-il de plus précieux que quelque chose façonné par les mains de celle que l’on aime ? Je crois que cela est tout simplement juste.

    J’ai compris, même si j’ai feint d’ignorer ses propos, que lorsqu’elle parle de la joie de la recherche minutieuse du cadeau, elle évoque une forme de communication symbolique. En effet, le cadeau dévoile une part de la personne qui l’offre, sa perception de l’autre, ses valeurs profondes. Ce n’est pas seulement un objet, mais une extension de ses sentiments.

    Mais justement, dans cette optique, la valeur sentimentale dépasse largement la valeur marchande. Elle réside dans la charge émotionnelle et symbolique qu’elle porte. Un cadeau, surtout lorsqu’il est réalisé par la main de celle que j'aime, devient un symbole tangible de la relation, une marque d’affection et de confiance. De plus c'est elle qui a choisi le pull et non moi !

    Je pourrais même aller plus loin : le repas que nous avons partagé constitue, par exemple, un cadeau immatériel, porteur d’une émotion sincère et durable. Pour moi, le « cadeau parfait » consiste à choisir quelque chose qui touche au cœur, qui parle à l’âme. Son tableau, sa simplicité même, en détiennent une telle valeur – à la fois existentielle et esthétique.

    Honnêtement, je pense que mon point de vue mérite d’être entendu. N’est-ce pas ? Dites-moi dans les commentaires ce que vous en pensez. 

    Peut-être ai-je été un peu trop loin en lui demandant : « Qui es-tu pour déprécier mes émotions et prétendre qu’elles perturbent le bon fonctionnement de ta raison ? » Mais Chloé n’a pas relevé cette provocation ; elle a simplement fini par me répondre, avec un sourire désabusé : « Tu cherches à m’embrouiller avec tes notions savantes alors que tu sais que je ne comprends rien du tout ! ».

    Après cette conversation, nos lèvres se sont rencontrées dans un silence chargé de tendresse. Guy de Maupassant écrivait : « Le baiser est la manière la plus sûre de se taire tout en disant tout. » Il est indéniable que le baiser constitue une passerelle intime, un lien chargé de sensualité et de complicité. Je le perçois comme un acte délicat, empreint de romantisme – ce que j’appellerais un baiser tendre, distinct du french kiss que nous réservons à l’intimité de nos moments privés. Le baiser, dans notre union, est l’un des piliers fondamentaux. Quelle que soit la tempête, il demeure pour nous la soudure, cette force discrète par laquelle nous réaffirmons notre lien, notre engagement silencieux et profond.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

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