“ Notre maison raconte notre vie ; c’est dans le choix et le courage que naît notre liberté. ”
A la belle lumière du jour, nous étions chez nous — étape psychologiquement décisive de notre biographie.
Les premières valises que nous venons de déposer chez nous. Chloé vous invite à partager ce moment crucial de notre vie à travers cette photographie.
Notre appartement parlera de nous, sans fanfare ni confession explicite ; il sera le témoin muet de nos gestes quotidiens et intimes, le coffre où s’emmagasinent nos rituels, nos réussites, nos tensions et nos souvenirs. Il portera les traces de nos joies et, autant, les douleurs étouffées, les désirs que nous perpétuerons dans la décoration et l’organisation des meubles. Cet appartement sera l'image vivante de notre histoire d'amour, le lieu où elle prendra forme et souffle, révélateur inconscient de ce que nous sommes lorsque les rideaux se ferment. Ce n’est
pas le décor de nos journées ; c’est l’espace où s’écrit notre vie commune.
Notre dernier cadeau de Noël : nous sommes conviées, le 23 janvier 2026, à l’hôtel de ville de Lausanne, pour la cérémonie de naturalisation. Nous vous le disons clairement : il ne s’agit pas d’un bonheur décoratif, mais d’un enjeu qui nous dépasse et d’une liberté à assumer. Avec la citoyenneté qui s’ouvre devant nous, l’appartement récemment reçu, le travail de Chloé, mes études et mon poste d’interne qui se déroulent sans encombre, notre horizon se réorganise — et se révèle comme une tâche à accomplir autant qu’une promesse à tenir. Ce n’est pas la paisible évidence d’un calme, mais une clarté qui nous réclame : exister pleinement dans une société qui nous demande non pas de nous apprivoiser, mais de choisir, avec courage, la place que nous occuperons ; là où l’indépendance devient acte et responsabilité, et où la dignité dépend enfin de notre propre conscience. Notre vie c'est beaucoup de travail, beaucoup de temps, d'énergie, mais cela passe comme dans un rêve.
Notre week-end à Londres :
Contrairement à Chloé, dont la frivolité semble se lover dans une indifférence désinvolte, j’éprouve pour le shopping une passion semblable à celle qu’un chat pourrait avoir pour l’eau. « Keep Calm and Carry On » — cette devise, je la maintiens obstinément gravée dans mon esprit, comme un mantra face à la frivolité du monde.
Les chaînes de magasins, désordonnées et franchement monotones, n’ont guère de pouvoir sur moi. Elles ressemblent à des labyrinthes uniformes, où l’ennui se dissimule derrière des façades aseptisées, et au personnel déshabusé. À l’opposé, les boutiques de créateurs sont autant de sanctuaires soigneusement orchestrés, où chaque détail est pensé pour dévoiler la quintessence de leur collection, où chaque vitrine, chaque aménagement, semble célébrer la beauté dans l’ordre et la sophistication, où l'accueil est chaleureux. C’est dans ces temples du goût que je m’aventure, la carte de crédit en main, prête à pénétrer dans ces lieux magiques, véritables cabinets de curiosités modernes.
Direction Westminster, le quartier Mayfair, où les enfilades de boutiques rivalisent d’efforts pour offrir une expérience intime, presque sur mesure. Ces espaces, de plus en plus uniformisés dans leur luxe, évoquent désormais des petits écrins d’émerveillement, semblables à des cabinets de curiosités où chaque vêtement raconte une histoire. Toutes ne me séduisent pas, certaines évoquent davantage un lieu d’art que de simples magasins de vêtements, mais je ne perds pas espoir. Je conduis Chloé vers ces stylistes que je connais depuis l’enfance, à l’exception de quelques portes que nous avons simplement effleurées. Parmi mes boutiques favorites, il en est une où les vêtements sont suspendus à des rails dans des alcôves, évoquant un pays des merveilles, un espace où la magie opère.
Le problème avec Chloé, c’est qu’avant d’essayer un vêtement, elle scrute le prix, et ses yeux se plissent à la lecture de l’étiquette : tout lui semble hors de portée, inabordable. Certes, la qualité a un coût, et il est sans doute vrai que ces prix doivent dépasser ceux de la grande distribution. Je me dois donc continuellement de la rassurer: tout va bien. Pas de panique. Ne va pas me faire une crise de tachycardie maintenant, calme toi, ce n'est qu'un bout de papier avec des chiffres. Pour la calmer, je lui ai promis, en guise de cadeau de Noël, de lui offrir l'intégralité de son shopping. On ne regarde plus. Allez, voilà, c'est fini !
Moi ? J'ai craqué pour un manteau blanc d’une beauté éclatante, sans parler des robes, pulls et pantalons que j'ai achetés sur ma lancée.
Épuisée, notre sortie s’est conclue par une halte au restaurant Jean-Georges at The Connaught. Avec Zabeth, nous apprécions ce lieu pour sa quiétude, son calme et la qualité de leurs sandwiches ; mais, hélas, l’établissement a connu un déclin, la magie du luxe s’étiole. La majorité des tables demeuraient inoccupées, Un thé ennuyeux, la qualité des sandwiches s’était amaigrie, et les gâteaux détestables. Pourtant, les prix, eux, n’avaient pas bougé. La désillusion, subtile, silencieuse, s’insinuait dans cette expérience autrefois si raffinée. (A mon époque, c'était le bon temps !) J'ai l'impression d'avoir effectué le parcours du combattant. Je pense que le shopping devrait figurer dans les risques cardiovasculaires.
À Londres, la pluralité des lieux consacrés à la communauté LGBT+ témoigne d’une diversité d’ambiances et de modes d’expression, reflet d’une société en mutation. Chloé m’avait parlé d’un club nommé She Soho, un espace exclusivement réservé aux femmes.
Avant de nous élancer dans cette nuit de folie, nous avions dîné au Sophie’s Soho. Le bar est réputé pour ses martinis géants. L’accueil y était chaleureux, servi par Nora, dont la gentillesse contrastait avec la banalité de la nourriture : une cuisine somme toute classique. Nous avions choisi un Chateaubriand, accompagné de pommes de terre rôties, de légumes de saison – mais, pour ma part, j’avais préféré des frites. En dessert, un Yorkshire pudding nappé d’une sauce anglaise. Pour accompagner ce repas, une cuvée particulière, nommée Saurus, prétendument exceptionnelle, provenant d’un producteur local. Cependant, sa saveur ne justifiait pas entièrement la réputation qu’on lui attribuait, apportant un léger bémol à cette soirée déjà bien remplie.
Puis, nous nous sommes dirigées vers She Soho. Je ne suis pas naturellement sensible à ce genre d’établissement : une partie de moi s’en détourne instinctivement, sans même en vouloir. Je pense aux transgenres qui y circulent en plus grand nombre que les femmes, aux cabines qui y sont aménagées pour l’intimité, et cette pensée m’évoque une certaine répulsion. Je ne peux m’empêcher de percevoir dans ces lieux une atmosphère oppressante, presque malsaine. C’est pour moi le symbole d’une perversion, d’un sexe débridé, d’une débauche que je refuse de légitimer ou d’accepter, car ils incarnent, à mes yeux, une vacuité et un désenchantement face à la condition humaine. Comme je le dis souvent, être lesbienne ne signifie pas être dévergondée, ni abandonner tout principe de dignité. Nous avons très peu dansé cette nuit-là, même Chloé, n’était pas très portée sur cette légèreté. Nous sommes rentrées tôt à l’hôtel, pour une partie de Scrabble, histoire de fêter à notre manière l'anniversaire de notre couple. Ravies de nos achats, nous repartons d'Angletterre avec nos deux valises pleines de vêtements chauds. Nous voilà parées pour l'hiver.
Ce week-end, je suis de garde, fidèle à cette obligation qui m’est imposée. Je me prépare à entamer le second semestre d'interne, avec pour horizon la validation de ma première année d’internat. Que cette étape, comme la précédente, se déroule sans encombre, et que la suite me réserve autant de succès que j’espère.
Lundi 19, au-delà de ma mission de retrouver ma douce à Genève, je me rendrai également pour accueillir Zabeth. Une joie profonde m’envahit à la pensée de la serrer enfin dans mes bras. Elle sera la première à franchir le seuil de notre nouvel appartement, à inaugurer notre chambre d’amis. Elle restera parmi nous toute la semaine, apportant cette présence précieuse, cette aide si essentielle pour nous accompagner dans cette étape cruciale de notre installation, de notre vie commune, et de notre nationalisation.
A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.
A Bientôt,
Chlo & Til

Hello Til’ et Chlo,
RépondreSupprimerje vous souhaite une année 2026 douce et lumineuse, pleine de projets partagés, de rires et de petits bonheurs quotidiens. Votre texte m’a profondément touché, la tendresse et la sincérité qui se dégagent de vos mots rendent votre histoire si belle et vraie. Merci de nous offrir ces instants d’intimité ; j’ai hâte de vous lire encore et encore et d’accompagner vos prochains pas.
ps: mon pc est mort, j'ai du me racheter un nouveau pc, un bijou de technologie et je m'excuse de mes absences.
Sophana.