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  • dimanche 21 décembre 2025

    Journal de bord 22/12/2025 Nid d’amour, Avenir, Ensemble

    Aimer, bâtir notre cadre de vie.

    Pour ces fêtes, Chloé renonce à son appareil afin d’interroger la lumière au pinceau. Je demeure sa muse — habitant son regard et conférant à ses créations une signification qui dépasse le geste lui‑même. Je me découvre en figure de mère Noël, dans la gravité lumineuse d’un don. Ce tableau à l’huile sera le cadeau de Noël que Chloé offrira à mes grands‑parents.
    Nos présents destinés à l’Australie (la famille de Charlotte, sœur de Chloé), aux États‑Unis (Zabeth et ma famille américaine) et à Lille (notre filleul et nos amis) voyagent déjà, afin que, le jour de Noël, le Père Noël les dépose à bon droit et conformément à l’écran d’un devoir accompli. Nous remettrons les cadeaux en direct au reste de la famille, Maria incluse.

    Nous sommes les plus heureuses femmes de la terre. Notre appartement répond à cent pour cent à toutes nos attentes et exigences. Ce lieu est magnifique ; au-delà de nos espérances, Arnaud a accompli un travail remarquable, et il nous est facile de nous projeter dedans. Par la suite, nous devons finaliser notre installation par de petits détails, les gestes qui vont façonner notre nid d’amour.

    L’heure était tardive et nous découvrions notre appartement ; nous n’avons pas demeuré couchées, car l’absence de chauffage aurait rendu cette nuit difficile, et rester pour rester aurait été plus puéril qu’autre chose. Nous avons déjà nos abonnements liés au logement (électricité, eau chaude, chauffage, assurance habitation). Il me faut savoir comment activer le chauffage et obtenir l’ouverture de notre ligne 5G sécurisée déjà présente dans l’immeuble, via l’entremise de la banque auprès de Swisscom. Tant que nous n’aurons pas une connexion Internet, indispensable au télétravail de ma bien-aimée, nous avons choisi de demeurer dans ce petit appartement ; et durant la semaine où Chloé sera à Paris, je suivrai aussi son pas dans ce même écrin modeste. Nous voulons aussi accrocher nos tableaux. Trop souvent, les gens laissent leurs tableaux reposer sur le sol pendant des mois, par peur de faire des trous dans les murs. Pour nous, c’est un réflexe contraire : sans art, notre appartement n’aurait aucun sens, aucune vie.

    Nous avons programmé notre première nuit pour le 20 décembre : nuit où je ne suis pas certaine que nous serons, dans le calme qui sied à une découverte commune, à apprivoiser les dispositions les plus sereines ; il semblerait, en vérité, que Chloé et moi portions en nous d’autres pensées, d’autres projets qui, pour un temps, réclament leur propre secret. Chloé me confie qu’elle n’aurait jamais cru aimer autant le Scrabble avant notre mariage. Ce sera notre premier souvenir fort en émotions. Lorsque vous lirez ces mots, cette longue nuit aura eu lieu.

    Ma garde à l’hôpital et le fait que nous ne puissions être réunies pour le réveillon, ni pour une grande partie de Noël, assombrissaient nos heures et pesaient sur nos âmes comme une privation de vie commune. Pourtant, aujourd’hui même, nous recevons le plus précieux cadeau de Noël que puisse nous offrir l’existence : notre appartement, notre foyer, l’endroit où nous choisissons d’être libres ensemble, contre l’absurdité du monde et les contraintes qui nous encadrent. Cela va nettement améliorer notre qualité de vie et le confort au quotidien.

    Je suis la première surprise de voir que l’acquisition et la réception de cet appartement me procurent une sensation de réussite qui m’échappait encore hier. Il semble que le fait de posséder notre logement nous insère dans la stabilité et la maturité de notre couple, comme si le cadre matériel témoignait d’une liberté conquise plutôt que d’un simple appartement. Cette impression me remplit d’une fierté qui ne se réduit pas à un regard sur le présent, mais affirme notre capacité à choisir notre propre chemin ; c’est dans ce choix partagé que je perçois le bonheur comme vocation, et non comme destinée.

    Avec une coupe de champagne à la main, Chloé et moi réalisons notre amour pour la Suisse qui nous porte, pour Lausanne qui nous abrite, et cette évidence joyeuse que chaque réveil à côté de celle que l’on aime est une joie qui se renouvelle. À vingt-cinq ans, mariées, Chloé occupe un travail qui la comble ; de mon côté, mes études avancent avec assiduité et mon rêve d’exercer le métier de pédiatre prend doucement naissance. Nous sommes propriétaires, sans emprunt, de notre appartement, et la Tilomobile neuve nous transporte vers une mobilité qui semble nous appartenir. Ne serions-nous pas en avance sur le programme des couples de notre âge ?

    Maintenant, tous ces biens ne sont pas une fin en soi : de nombreux défis nous attendent dans l’équilibre des besoins réels de chacun. Le fait même de pouvoir créer nos propres espaces de vie, à notre image, et d’y sentir bien, va mobiliser des enjeux conscients et inconscients, fantasmatiques et imaginaires importants. Être chez soi et être soi ne sont guère éloignés ; c’est dans un savoir-habiter, une action sur son habitat, que notre espace va pouvoir se construire.

    Je me suis interrogée et j’ai tenté d’analyser ce qui, dans mon comportement psychique, se déploie lorsque je parle de « chez moi ». Ce chez moi ne se réduit pas à l’ordre d’un lieu propre et bien tenu ; il est une enveloppe, mais pas une enveloppe sans sujet : une protection qui n’est pas donnée une fois pour toutes, mais toujours questionnée et refondée dans l’expérience vécue. Si l’on ose parler d’enveloppe psychique, on ne peut ignorer que, chez moi comme chez tout être libre, elle est aussi limite et cadre : elle enferme et elle protège, elle oblige et elle témoigne. Il me semble alors utile d’évoquer ce qu’un tel concept aurait à voir avec ce que certains appellent le Moi-Peau, non comme un refuge passif, mais comme une frontière mouvante entre intime et extérieur, entre corps et monde, entre l’intérieur qui désire et l’extérieur qui presse.

    L’appartement n’est pas seulement un décor qu’il faut tenir digne, ni un simple atelier où l’on exhale un souci d’ordre ; il se présente comme une métaphore vivante de l’espace personnel. Être chez moi, ce n’est pas seulement être dans ma chair ou dans mes murs : c’est être en soi-même, en ce corps qui me parle, en cet espace psychique qui me constitue et me met en danger. Être chez moi, être au monde, c’est alors un double geste : habiter un endroit concret tout en habitant son propre être, y puiser un sens qui affirme ma liberté et mes limites. Le foyer, loin d’être un refuge passif, se donne comme un dedans qui protège du dehors, mais qui interroge sans cesse ce dehors : qu’est-ce que je refuse d’emporter et que j’accepte d’investir ?

    Mon outil d’expression doit alors être pensé comme une armoire à mémoire et à savoirs – un lieu où l’on peut investir et réinvestir, en souvenir et en idée, en échange de savoirs et de gestes partagés. Bref, envisager le « chez moi » comme un espace contenant, mais aussi comme une demeure qui m’appelle à transcender l’inaction et à choisir, jour après jour, ce qui peut demeurer et ce qui peut se renouveler pour nourrir la sécurité et la liberté qui me fondent. L’être « chez moi » se situe donc très clairement du côté de l’enveloppe protectrice, tandis que le « savoir vivre ensemble », par exemple, se situerait du côté d’une action.

    Bien que cette réflexion soit intéressante, je vais ici mettre en suspens ma modeste analyse, sans prétention aucune. Elle demanderait, en effet, à être travaillée, approfondie et refondée dans le temps par une exigence constante de clarté et de critique.

    À la consultation de notre emploi du temps, qui étouffe chacun de nos instants, il nous sera malheureusement impossible de vous écrire un autre article avant l’année prochaine. 

    Chloé et moi vous adressons nos vœux les plus sincères : que Noël vous apporte, malgré les contraintes et les détours, des réveillons empreints de joie, de sérieux et de fraternité ; que la fin de l’année 2025 se meure sous le signe des rires et des accomplissements partagés. Puisse l’avènement de 2026 vous trouver en bonne disposition et en bonne santé, prêts à nous retrouver pour poursuivre ensemble ce plaisir et cette vie que nous appelons de nos vœux à partager avec vous, lecteurs et lectrices.

    À vous, lecteurs et lectrices, nous vous adressons nos embrassades les plus chaleureuses.

    A l'année prochaine,

    Chlo & Til 

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