• CONTACT
  • dimanche 14 décembre 2025

    Journal de bord 15/12/2025 Amour, Organisation, Anticipation.

    A deux, le temps se dompte et le bonheur se construit.

    Nous sommes, toutes les deux, les femmes les plus heureuses de la planète.

    Arnaud, notre maître d’œuvre, est enfin prêt à nous remettre nos clefs irrévocablement. Nous savons depuis trois jours que le 18 décembre, à 19 h 30, nous occuperons notre appartement. Chloé et moi avons fixé cet horaire ; nous voulons être certaines d’avoir achevé nos tâches respectives : le temps nous appartiendra pour sonder comme il nous siérait, non subir une course au temps.

    Nous solliciterons un court délai, indispensable pour nous installer, afin que, ce temps venu, nous puissions vous livrer des images de notre appartement et révéler notre espace de vie.

    Je ne puis encore dire si nous passerons notre première nuit le jour même ; ce qui est sûr, c’est qu’il nous faudra du temps pour remonter les cartons de l’endroit où nous nous trouvons, et surtout ceux du garage, qui recèlent les traces d’un passé que nous nous efforçons de dompter par notre travail.

    Tandis que Chloé sera à Paris, je pourrai progresser ; et nous avons déjà reçu de nombreuses propositions d’aide : du club de filles, de Romain, mais aussi d’Alex, mon collègue, le mari de l’entraîneur de boxe de Chloé, et de mon professeur de taekwondo, ainsi que son fils, qui se proposent d’être des soutiens. Mais nous n'avons pas encore pris notre décision : si nous choisissons d'accepter cette aide généreuse ou si nous préférons le faire nous-mêmes.

    En revanche, l’épouse du fils du maître pour le poste de femme de ménage et linge représente une option que nous devons jauger avec prudence : Chloé aurait souhaité s’en charger — un petit jeu entre nous — mais je ne suis pas prête à endosser le rôle que Chloé souhaiterait que je tienne. Je vais rester nébuleuse ; je ne veux pas davantage développer cette partie de notre intimité. Néanmoins, il me semble préférable de déléguer à une personne engagée pour 6 ou 8 heures par semaine, afin que notre foyer demeure un milieu de liberté et non un fardeau pesant sur nos propres épaules.

    Chloé m’annonce qu’elle doit remonter sur Paris pour la semaine de Noël afin d’aider à la bijouterie où ils seront débordés. Je n’avais guère songé à cela, et pourtant l’évidence même s’impose. Elle sera donc à Paris du 22 au 25 inclus. Je lui ai suggéré de passer Noël avec ses parents et de descendre le 26. Cependant, elle préfère arriver en début de soirée le 25, afin que nous puissions, ne serait-ce qu’un court instant, éprouver ensemble le sens d’un Noël partagé. Elle prendra donc le TGV Lyria de Paris gare de Lyon à 18 h 18.

    Pour ma part, ma garde de 24 heures commencera le 24 décembre à 18 h 30 et se terminera le 25 à 18 h 30 (oui je sais c'est incroyable, une garde de 24 heures qui dure 24 heures), mais je ne pense pas être sortie avant 19 h 30. Cette heure de fin de service me donnera juste le temps d’une douche rapide, d’un changement de vêtements et de prendre la route qui me mènera jusqu’à Genève, afin que j'aille chercher ma chérie à son arrivée à 21 h 30 à Genève.

    Notre week-end passé :

    Le samedi, nous avions réservé au restaurant Jacques. La salle, élégante et sobre, offre une atmosphère dans le fil du temps avec une exigence de simplicité. Le lieu, tout neuf dans la vieille ville, nous invite à y entrer comme dans une promesse partagée.

    Le choix s’opère toujours entre trois propositions, sur lesquelles se joue une petite théorie de l’existence : une carte des vins qui convoque mémoire et plaisir, une cuisine française moderne, audacieuse et ouverte à l’Asie, où les mariages des saveurs ne cherchent pas l’éclat mais la vérité du goût. Chaque assiette devient un instant de vérité sensible : ce que nous choisissons parle de nous, de notre capacité à nous donner l’une à l’autre, sans illusion.

    Chloé prend un carré d’agneau, tendre et précis, accompagné d’une glace à l’oignon rouge qui surprend et affirme sa franchise (très réussi !). De mon côté, le croustillant de bœuf confit, crémeux de petits pois et jus à la marjolaine, résonnent comme une articulation parfaite entre désir et raison. Les desserts tracent le goût d’un savoir-faire qui aime dévoiler la passion du Chef : ganache chocolat praliné pour Chloé ; forêt noire revisitée—chaud et froid—au chocolat Li Chu, noix de pécan, cerises noires au shiso rouge pour moi.
    Pour le vin, Chloé désirait un vin aux arômes puissants, je suis restée dans mes vins préférés, un vin de Bourgogne, au cœur de la Côte de Nuits. Un vin, milieu de la carte : Clos de la Roche, Grand Cru, Vieilles Vignes Ponsot 2018, bien adapté au canard comme à l’élan de notre conversation. (Rentrée à la maison, j'ai vérifié : le Clos de la Roche n'est pas un clos, situé à Morey-Saint-Denis. Le vin vieillit dans des fûts de chêne.)

    Le service, assuré par une femme au sourire délicat, se déploie avec une courtoisie qui jamais n’étouffe notre autonomie. La visite du jeune chef Jacques Allisson à la fin du service rappelle que la création culinaire est aussi une affaire de relation — un regard partagé qui valide notre choix d’être là, ensemble.

    Ce restaurant a tenu toutes ses promesses et les a dépassées, parce qu’il a offert un espace où le goût peut devenir dialogue et le temps partagé peut devenir mémoire. En sortant, nous portons en nous l’assurance que ce moment n’était pas une simple dégustation, mais une rencontre qui nous engage à revenir, à affirmer encore et encore notre capacité à choisir ensemble et à construire, dans le calme, un avenir possible.
    Le seul grain de sable demeure l’absence d’assiette à pain et les miettes non balayées avant le dessert ; mais ce n’est qu’un détail dans un tableau globalement harmonieux – que nous évoquerons avec une douceur qui n’est pas rébellion, mais invitation à une meilleure cohabitation du lieu et du temps.

    L'après-midi, après avoir rempli notre estomac, nous avons pris la direction du musée cantonal des Beaux-Arts. Le musée nous apparaît comme un bloc austère, un tombeau de béton qui intimide le regard ; pourtant notre conscience, qui ne se soumet pas au silence des murs, sait que la beauté n’est pas donnée mais conquise. L’édifice, gratuit et gigantesque, s’étend sur deux étages où persistance et ouverture se mêlent : permanence et éphémère.

    Nous pénétrons avec une intensité quasi philosophique : deux expositions nous saisissent. Félix Vallotton (1865-1925), peintre d’un monde qui se défait et se reconstruit, et Giulia Essyad, artiste genevoise contemporaine qui forge le corps au centre de son œuvre. Ses collages, d’une vigueur résolument moderne, proclament que l’art peut être une pratique de connaissance et de liberté. 

    Vous désirez savoir ce que Chloé en a pensé ? Chloé s’est accordé une pause ; elle est sortie fumer. La collection permanente, vaste couverture de l’art suisse, nous a moyennement captivées.

    Seules les expositions pourraient nous faire revenir en ce lieu. Il est vrai que nous avons côtoyé tout au long de notre existence l’un des plus beaux musées du monde : le Louvre. Autrefois enfants, nous y admirions des trésors éternels ; aujourd’hui, nous savons que la magnificence peut masquer des normes et des regards qui dictent ce qui mérite d’être vu. À notre époque, les œuvres cohabitaient avec des bijoux ; mais aujourd’hui, vous n'êtes pas certain de trouver un tableau… (humour noir).

    Le dimanche :
    À sa demeure, pour la première fois nous franchîmes le seuil, comme on entre dans une vérité qui hésite encore à dire son nom. Une maison somptueuse, nichée au cœur d’une campagne genevoise qui s’étendait en silence, autour d’un jardin immense et resplendissant, tel un tableau où respire l’ordre du monde et où la vie demeure libre de choisir sa forme.

    À 93 ans, Nadine de Rothschild porte encore une gaieté inexplicable, une lumière naturelle qui aurait pu peindre la condition humaine sous un jour plus léger. Elle nous accueillit avec une joie attendue, affirmant — peut-être avec une pointe de déférence et d’assurance — que nous étions les dernières mariées qu’elle entourerait. Une douleur, ciselant sa démarche, trahissait l’épreuve du déplacement ; l’ostéoarthrite, douleur tenace, laisse peu de place au miracle, et pourtant elle persiste, comme la réalité qui refuse d’être réduite à son diagnostic.

    Chaque rencontre avec elle se révèle être un petit bonheur de l’existence. Nous vîmes Zabeth sur WhatsApp ; son visage s’illumina d’un plaisir simple à l’idée de lui parler, et nos échanges, simples, prirent une teinte de solidarité féminine. Nadine s’enquiert, avec la préoccupation d’une maîtresse de maison consciencieuse que le temps nous échappe, du dossier de notre nationalisation en cours. Elle promit d’appeler le lendemain des connaissances pour faire avancer l’affaire, « cela a déjà trop duré », affirme-t-elle, et ajouta qu’elle ferait tout pour que justice et temps ne restent plus ennemis.

    Chloé, de son côté, apprécia les paysages qui se déployaient dans la maison, qui a tout d’un atelier des sens : toiles nombreuses, sculptures qui éduquent le regard. La demeure est décorée avec un soin qui frôle la contemplation, offrant une collection d’œuvres où l’art se fait témoin de notre liberté, et où chaque pièce nous parle.

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

    2 commentaires:

    1. Hello,
      Nous sommes le 17 décembre au soir donc demain vous aurez votre appartement de jeunes mariées. C'est quand même un sacré cadeau de Noël !!! Par contre vérifiez qu'il y ait un bidet sinon refusez l'appartement ! Non je plaisante (malgré le fait qu'il soit encore présent dans plusieurs pays).
      Reste la question du ménage, bon pour ça débrouillez vous lol.
      Je vois que vous vous êtes régalées, c'est super et je trouve que l'oignon rouge est trop peu mis en valeur dans la cuisine actuelle alors que je le considère comme excellent.
      Concernant votre visite, ça me fait rire car quand j'étais adolescent et que je mettais la table (comme un garçon lol) et que ma mère me disait : "Non mets le couteau là, la cuillère là ...", je lui répondais à chaque fois : "Oh ça va ... On est pas chez Rotschild !".
      Il y a un petit moment, je l'avais apperçue sur le plateau de "C à vous" sur France 5 avec son grand chapeau si je me souviens bien.
      Bonne installation et bonne fin de semaine aux VIP du blog et aux autres lol
      Ciaociao

      RépondreSupprimer
      Réponses
      1. Bonsoir Arnaud. Que de mots doux qui réchauffent nos cœurs. Enfin, nous avons trouvé notre appartement, un lieu qui devient le symbole de notre liberté retrouvée. Chloé, avec sa douce ironie, souligne que, n’étant pas certaines d’avoir été particulièrement sages, nous avons choisi un abri doté de deux cheminées — comme si deux feux pouvaient doubler la chaleur de notre sentiment d’indépendance. Peut-être, comme le Père Noël, dont la mémoire lui fait défaut avec l’âge, il nous offrira deux fois plus de cadeaux, dans un geste de générosité un peu maladroite mais sincère. En attendant de lire tes nouvelles, Chloé et moi t’envoyons nos pensées chaleureuses pour cette fin d’année. Bisousss.

        Supprimer