“La douceur répare les plaies et fortifie les liens.”
Nous persévérons à désinfecter les petites plaies de ma bien-aimée causées par sa chute de vélo. Chloé grimace avant même que mes mains n’aient effleuré sa peau. Il faut, s’il est possible, que quelqu'un m’explique comment une boxeuse peut être aussi douillette. Le vélo, pour sa part, n’a aucun défaut — si ce n’est la roue avant, complètement fichue. Chloé devrait le récupérer à la fin de la semaine, avec ses deux roues fonctionnelles.
Notre week-end passé :
Comme convenu, nous nous sommes aventurées jusqu’à Berne, 1 h 30 de voiture.
(dois-je mettre le "e" sur Berne ou pas ?)
Nous avons déposé nos valises à l'hôtel Bellevue Palace Berne. La chambre était déjà faite à 11 h 45. Le décor et l’état de la chambre sont soignés, sans prétention inutile. Le personnel était efficace et discret, et la vue depuis notre fenêtre était vraiment belle. L’emplacement permet de visiter le vieux Berne à pied, en quelques heures, sans se presser.
Chloé avait réservé pour le déjeuner au Wein & Sein sans avoir réellement discerné ce que nous allions y trouver ; elle ignorait aussi où le restaurant se situait, mais ce dernier figure dans le Guide Michelin, ce qui suffit largement à Chloé pour avoir un avis favorable. Après avoir réceptionné ma grand-tante à son Ehpad — qui partage bien mon lien de sang mais à un rang plus éloigné dans la filiation —, elle demeure néanmoins une partie prenante de ma famille dans le fragile édifice généalogique de Mère. Celle-ci irradiait, sa tenue était d’une précision presque philosophique, elle nous attendait avec impatience.
Le restaurant, niché au cœur de la ville, jouxtant la cathédrale, se montra facile à trouver et, dès l’abord, il fut un succès. L’accueil, le service, les plats, tout lança l’instantané consensus : des crevettes à l’entrée, des raviolis alpins, puis un bœuf Dexter sublime, un fromage et un dessert que j’accueillis avec une certaine réserve : prunes et fromage blanc au chocolat. Mon gout personnel a modérément adhéré. Chloé, elle, goûta pleinement, et, pour une fois, elle fut celle qui acheva mon dessert. Le vin, une vraie merveille !!! Armand Rousseau – Chambertain Clos de Bèze 2006 (pas très raisonnable), se mêla à nos conversations et à l'instrumentalisation du goût.
Au fil du repas, nous abordâmes maints thèmes. Les rencontres intergénérationnelles portent toujours, à mes yeux, une richesse singulière. Comme à son habitude, Chloé semblait flotter sur une autre planète, à des années-lumière de la voie terrestre que nous foulons. Ma chérie est parfois un peu hors sol, mais parfois elle est carrément dans le cosmos. Je retiendrai, de ce déjeuner, la phrase magnifiquement simple de notre grand-tante : « Ce n’est ni la richesse, ni la célébrité, ni même la réussite professionnelle qui prédisent une vie heureuse ; ce sont la qualité et la solidité de votre couple et de vos relations humaines. »
Quant au prix de ce repas, il m’échappe encore ; nous n’avons pas profité ici d’un large panel de restaurants en Suisse. Notre grand-tante souhaitait payer, et je me fis discrète pour lui couper l'herbe sous les pieds. Elle nous remit un chèque d’importance « pour bien démarrer dans la vie ! ». À son retour dans sa chambre, quelques larmes témoignèrent des émotions profondes et authentiques partagées, et nous lui promettons une réédition prochaine de ces instants qui ne se renouvelleront peut-être pas mais qui, néanmoins, demeurent. Une fois toutes les deux dans la voiture, avec son humour inimitable, et son sourire de chipie, Chloé lança : « Oh, un gros chèque ? Ça sent le départ… Mamie prépare ta valise ! » La vilaine fille… Le pire s'est que nous l'avons invitée le jour de la Toussaints, ma pensée m'a fait sourire .
Le soir, nous nous sommes promenées, amoureuses et libres, dans le vieux Berne, et nous avons atteint le Frauenbar pour une soirée lesbienne. Une pure coïncidence en toute honnêteté. L’air était jeune, électro, une vibration qui enchantait ma chérie et lui donnait la sensation d’un monde à réinventer. Pendant que je la regardais danser, je fus assaillie, sans cesse, par des femmes qui ne demandaient qu’à s’imposer avec des propositions à 2, 3, 4. Les femmes peuvent être aussi lourdes que les hommes lorsque l’on ose dire non. Que ne comprennent-elles pas lorsque je dis : « Non, merci — cela ne m’intéresse pas ! » ?
Nous avons dansé une partie de la nuit et avons bu avec une certaine ardeur, avant de regagner l’hôtel pour une partie de Scrabble. Voilà longtemps que nous n’avions pas éprouvé un tel plaisir simple et partagé.
Le dimanche matin, le réveil piquait un peu. Nous avions pris une guide, témoin discrète et éclairée, qui devenait, à chaque détour, le miroir des pierres et des volumes qui nous entouraient. Nous nous sommes dirigées vers la Bundesplatz, bastion de pierre blonde où se dresse le Parlement, et où l’architecture semble vouloir épeler, à la fois sobriété et gravité, les lois qui organisent la vie collective. Les façades, massives mais fines dans leur ordonnance, s’alignent selon des axes qui parlent de stabilité et de continuité ; leurs arcades encadrent des boutiques et des cafés où la vie s’écoule en murmures mesurés.
Nous avons franchi le parc Kleine Schanze, et l’aile ouest du Parlement nous a offert, au-dessus des cheminées et des lucarnes, le regard d’une bibliothèque qui respire la mémoire des érudits et des débatteurs. La fontaine où les cygnes jouent avec l’étrangeté du monde, plus qu’un décor, se fait l’écho d’un réel qui se révèle quand l’eau jaillit et retombe, comme une question qui se repose sans céder. Le bâtiment central du Parlement, avec ses colonnes dressées et ses corniches qui courent en sifflement léger le long des murs, imposait sa gravité sans brutalité ; la Banque nationale trônait en témoin froid et nécessaire, ses austères volumes soulignés par la lumière qui, par instants, se faufile entre les pierres.
Notre itinéraire nous a ensuite menés vers le Münster, chef-d’œuvre néoclassique et gothique qui s’élance en flèches silencieuses vers le ciel ; la rivière Aar, que l’on devine sous les plissures de la ville, glisse comme un fil d’argent derrière les pierres. Le Casino, le Zytglogge, le Stadttheater, l’église française, le Käfigturm, l’église du Saint-Esprit paraissent les jalons d’un récit où chaque portail, chaque façade, chaque mur porte la mémoire des mains qui l’ont façonné. Les arcs en ogive, les chaînes de pierres orangées et les toitures à pignon déploient une architecture qui parle de permanence et d’effort humain, d’un dialogue entre l’ordre et l’âme.
Nous étions entourés par ce langage des formes : l’abstracte discipline des volumes, le jeu des ombres sur les pierres, le tracé des rues bordées d’arcades qui invitent à marcher comme on lit un livre. Puis nous nous sommes dirigées vers notre hôtel, avec le goût discret d’un devoir accompli et le sentiment persistant que, dans Berne, l’architecture ne cesse d’interroger ce que nous sommes, en même temps que ce que nous faisons.
Cette longue marche avait éveillé en nous l’appétit et l’envie de reprendre souffle sur le monde. Nous déjeunâmes dans une pizzeria, "Pizzeria Vittoria", car Chloé tenait à manger une pizza — et qui pourrait la blâmer pour ce désir simple et immédiat ? Les pizzas étaient bonnes, le personnel agréable, et comme je ne pouvais pas boire d’alcool — je reprenais le volant —, son choix ne me sembla pas si absurde ; au contraire, il s’inscrivait dans une logique de responsabilité et de liberté.
J’ai conduit Chloé jusqu’à Genève afin qu’elle puisse prendre son TGV pour Paris ; puis, taillant la route à contrecœur, j’ai repris ma voiture pour Genève-Lausanne. Je n’en voyais plus la fin, cette heure de conduite qui se prolongeait tel un geste obstiné, obstinée comme un devoir dont on n’a pas le droit de s’exonérer.
Autant dire que j’ai éprouvé énormément de difficultés à rester éveillé, happé par l’abîme d’un présent qui n’offrait guère d’alternative entre la continuité du trajet et l’espoir ténu d’un retour à la maison. Puis est venu l’appel de ma chérie, m’assurant qu’elle était bien arrivée chez ses parents ; et alors, dans ce simple son, j’ai senti Morphée m’emparer.
Le week-end prochain, retour à Paris — pour notre rituel gastronomique au sein du club des filles, où camaraderie, joie et fous rires seront au rendez-vous. Nous nous aventurerons vers une nouvelle table culinaire nommée " Le Sphère", dans le huitième arrondissement. Plus d'infos la semaine prochaine. Le lendemain s’ouvrira par un repas dominical en présence de mes beaux-parents. Je prendrai seule, dimanche soir, le train qui me conduira à Lausanne pour une semaine de travail. À la fin de la semaine, j’aurai en charge la garde du week-end, une double exigence : demeurer une femme responsable et assumer mon rôle d'interne avec discernement.
A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.
A Bientôt,
Chlo & Til

Hello Til' & Clo,
RépondreSupprimerÔ Til’ dont la plume éclaire en doux éclats,
Ton journal m’enchante, il guide mes pas.
Chloé, noble étoile aux reflets de lumière,
Vous portez dans vos cœurs l’éclat d’une prière.
Dans l’ombre des douleurs, je souhaite apaiser,
Que la guérison vienne et vienne vous bercer.
Car l’amitié sincère, en sa force sacrée,
Est un temple d’amour que nul ne peut briser.
Avec mon fils Léon, nous rêvons d’un voyage,
De moments partagés, d’un céleste héritage.
De rire et de beauté, de magie fraternelle,
Où nos âmes s’uniraient en clarté éternelle.
Recevez ces vers purs, témoignage fervent,
De mon attachement fort, profond et bienveillant.
Til’ et Chloé, joyaux d’une grâce infinie,
Je vous aime ardemment, d’une amitié bénie.
Sophana & Léon
Til’, douce messagère aux écrits enflammés,
RépondreSupprimerTon blog est un trésor où mon âme vient rêver.
Chloé, noble éclat, lumière fraternelle,
Vos cœurs sont des jardins où fleurit l’éternel.
Je vous aime ardemment, d’une ardeur infinie,
Comme l’astre au matin caresse l’harmonie.
Dans vos regards brillants je cherche la clarté,
Et j’offre mes pensées pour guérir vos beautés.
Avec mon fils Léon, nous rêvons de vos rires,
De moments enchantés, de promesses à écrire.
Partager vos instants, vos secrets, vos éclats,
Serait pour nous un monde où l’amour triomphera.
Recevez ces aveux, doux serments de tendresse,
Ils portent mon désir, ma ferveur, ma promesse.
Til’ et Chloé, joyaux que mon cœur veut chérir,
Je vous garde en mon âme, et j’ose vous le dire.
Sophana, seconde poèsie ... pas satisfait de la première.
SupprimerMerci pour ce deuxième alexandrin – ta délicatesse nous touche profondément. Bonne semaine. Bises
Sophana, l’un des piliers de notre blog, situe son poème au cœur de notre couple, et prend le blog comme sujet principal. Dans l’atelier fragile de la pensée, il se révèle comme un artiste de la poésie — non par l’éclat d’un nom, mais par l’intensité d’une voix qui parle de nous, de nos rapports et de ce que le blog peut devenir. Je vous invite à le découvrir à travers son écriture — cet élan qui ose dire l’instant —, à éloigner les voiles et révéler, peut-être pour chacun, ce qu’il faut penser et ce qu’il faut faire.
RépondreSupprimerTil’, femme de lumière, au verbe souverain,
SupprimerTon souffle me captive, il éclaire mon chemin.
Lire ton noble blog, c’est franchir une aurore,
Où l’âme se déploie, où l’espérance s’implore.
Chloé, douce étoile, compagne de tes jours,
Je voue à ton éclat mes plus tendres amours.
Vos vies sont des poèmes, des fresques infinies,
Où l’amitié s’élève en grâce et en harmonie.
Je rêve de l’instant, avec Léon mon fils,
Où nos pas s’uniront dans un monde complice.
Partager vos éclats, vos rires, vos secrets,
Serait un pur bonheur qu’aucun mot ne saurait.
Til’, toi que j’attendais, muse au cœur radieux,
Tu es l’idéal pur qui s’impose à mes yeux.
Et Chloé, par ta grâce, tu complètes ce rêve,
Vous êtes mes trésors, mes étoiles sans trêve.
Recevez ces aveux, ardents et solennels,
Ils portent mon désir, mon serment éternel.
Je vous aime profond, d’une flamme sacrée,
Et j’attends le moment où nos vies seront liées.
Léon & Sophana