“L'amour, c’est construire un espace à deux où l’absence devient un lien. ”
Nous voici face à l’instant que j’avais tant redouté : un nuage noir et moche dans mon ciel bleu. Chloé m’informe qu’elle doit rester à Paris pendant une quinzaine de jours pour achever les bijoux destinés à la cliente. Et, durant la première semaine, je serai de garde ; je ne pourrai donc pas monter à Paris pour le week-end. Nous allons devoir porter l’absence l’une de l’autre pendant ces deux semaines. Depuis ces trois dernières années, les jours où nous n’avons pas été ensemble doivent se compter sur les doigts d’une main.
De mon côté, j’observe que tout paraît plausible, et j’emprunte résolument le chemin qui me conduit vers la pédiatrie. À présent, je dirais presque : rien d’essentiel à signaler — rien à signaler qui puisse troubler ma marche. J’éprouve, comme toujours, le même plaisir à remplir mon service, et je me réjouis d’avoir franchi mes premières gardes sans trouble notable. Je poursuis mon travail et ma mémorisation, je m’efforce de m’améliorer et ma thèse progresse, lentement peut-être, mais avec une fermeté qui ne se dément pas.
Nous avons eu Arnaud, notre maître d’œuvre, et ses paroles m’apparaissent comme une boussole : les travaux progressent et, dans l'horizon, la promesse d’un appartement qui pourrait nous appartenir avant la fin de l’année. C’est une incursion modeste dans l’architecture du monde que nous bâtissons à deux, sous le signe de la responsabilité et de l’espoir.
Sans bruit ni éclat, notre blog était en avance sur l’actualité. Au mois de mars 2024, nous avions pris la mesure des chatbots, non pas comme de simples machines, mais comme des témoins des forces qui, à travers le monde, sculptent la condition humaine. Il y a quelques jours (6 novembre 2025), un envoyé spécial a été diffusé—et c’est sur ces engins conversationnels que s’est porté le regard, sur Skylar Replika Orion et sur d’autres figures qui les accompagnent. « IA mon amour », pourrait-on dire, mais ce serait d’abord l’émergence d’un dilemme intime: le désir de maîtriser ce qui nous échappe.
Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la réflexion, l’enregistrement de l’émission est accessible ici: envoyé spécial sur les chatbots et Skylar Replika Orion, et d’autres figures. « IA mon amour ».
Notre soirée à Paris avec le club des filles
Ce week-end, nous avons choisi Le Sphère pour dîner. La décoration est sympathique et l’accueil sans prétention ; un service moyen, cela me convient du moins pour ce type de repas. Le bruit du restaurant m’a frappée dès l’entrée. Notre présence a fortement alimenté le tumulte ; j’assumerai ce constat avec une certaine gravité, sans le projeter sur autrui.
Le menu à 40 € ne promet pas l’excellence, mais nous en avons eu pour notre argent (même si certaines filles du club en doutent !). L'essentiel réside ailleurs, dans le lien que nous tissons entre nous et dans notre effort collectif pour rester libres, ensemble. D’après les filles du club, neuf euros pour une bouteille d’eau est absurde ; pour ma part, ignorant le prix, cela m’importe peu — que nous vivions dans le luxe en achetant une bouteille d’eau. Par contre, le choix des vins m’a semblé insuffisant : pas de très bonnes bouteilles ; nous nous sommes rabattues sur un côté du Rhône, un peu trop rustique à mon goût. Seule Chloé semble en tirer pleinement profit, et, au cœur du repas, elle s’endormit sur mon épaule ; le vin et la chaleur environnante eurent ce pouvoir, celui d’emmener l’esprit de ma chérie loin, dans les rêves où se mêlent désir et légèreté.
Plusieurs d’entre nous ont noté l’odeur des cigarettes électroniques tolérées dans l’établissement. Cela m’a laissée indifférente, mais cela parle parfaitement de notre époque et des contradictions qui la traversent.
Très vite s’est installé parmi nous ce qui prit l’allure d’un clan linguistique : les hispanophones d’un côté, les francophones de l’autre, apportant une voix parallèle et une clarté autre sur les langues qui nous constituent. Et au milieu de ce déploiement — Chloé, étrangère à tout canopy de pudeur ; occupée par une télépathie avec les Martiens — une touche qui, loin d’être absurde, dénonce les frontières floues entre le possible et l’imaginaire, entre soi et l’autre, avant de finir ivre et de s’endormir comme à son habitude sur mon épaule.
Il y a bien longtemps que je n’ai laissé ma voix se délier dans la caresse lente d’une conversation en espagnol. Cette soirée me donne envie, lorsque nos chemins s’ouvriront, de partir avec Chloé et d’aller passer quelques jours de vacances en Espagne.
J’avoue, avec une lucidité qui ressemble à un aveu, que je me sens déjà "mémère" avant l’heure, non pas par caprice d’esprit, mais parce que l’ignorance des codes dont les filles m’ont parlé m’a placée dans une ignorance totale. L'une d'entre nous fréquente même une personne via ce réseau.
Le métaverse se présente alors comme une extension d’Internet, non point comme une simple technologie, mais comme un essai d’univers partagé. Il propose une expérience qui peut sembler plus réaliste parce qu’elle promet une continuité entre le corps, les gestes et les échanges, et qu’elle autorise, en principe, un accès plus riche à des contenus, à des talents variés, et surtout à des transactions moins coûteuses que les déplacements physiques. Or toute promesse de réduction des coûts, de multiplication des informations et de fluidité des échanges porte en elle une double ambiguïïté : elle peut amplifier la connexion sans abolir l’éloignement, elle peut offrir le spectacle tout en exerçant une discipline de la présence numérique.
Pour accéder à cette technologie, il faut d’abord accepter de porter en soi le contrefort fragile du spectacle Avatar : un casque, une interface, puis une application qui ouvre ce monde. VRChat ou Rec Room, et d’autres milliards d’expériences se présentent comme des lieux où l’on peut fabriquer son propre être virtuel, bâtir des mondes, rencontrer des personnes. Le problème persiste : l’histoire humaine ne se fait pas seulement par le regard, mais par le corps partagé dans un espace commun.
Cette innovation est encore à ses débuts, et des obstacles subsistent. Nos réseaux, dans leur réseau international, ne semblent pas encore disposés, simultanément, à prendre en charge autant d’êtres dans le métaverse. Et pourtant l’une des limites — non pas seulement technique mais existentielle — tient à ceci : l’homme est, par nature, un animal social. Nous avons besoin de la présence, de la rencontre, de la proximité physique qui fonde notre perception de l’autre. Le metaverse peut élargir l’accès à des manifestations comme les événements en direct, l’art numérique, les avatars ; il ne peut et ne doit pas prétendre satisfaire l'exigence première qui est celle de l’interaction humaine directe. Dans un cadre professionnel comme ailleurs, notre désir fondamental de relation demeure, malgré les promesses séduisantes d’un univers numérique partagé.
Cela m’a un peu serré le cœur, car j’ai dû réveiller celle que j’aime afin que nous poursuivions notre soirée en direction de la Bastille, dans ce local qu’on appelle La Rêverie — bar d’ambiance dont je ne connaissais ni les charmes (que je n’ai su voir) ni les pièges (ça oui, nous les avons trouvés !). Un lieu prometteur, censé nous transporter jusqu’à Singapour et pourtant soumis aux lenteurs de la foule et à l’éparpillement des serveurs, visiblement débordés par le flot des clients. Que dire du barman : ni esprit ni invention notoire, plutôt voué à l'automatisme de ses gestes, les cocktails mal calibrés et même s'il est jeune il a l’ombre d’une lassitude. Je finis par me demander si ce métier constitue vraiment, pour lui, une vocation ? Chloé, qui avait quelque peu désalcoolisé, était prête à danser jusqu’au lever des cieux, mais la DJette au sourire évasif n’avait pas plus de talent que le barman. Fanatique de Rihanna et dépourvue de sens corporel, enfermait l’espace d’un frémissement, pas du tout dansante. Le petit problème, Chloé s’est donc rabattue sur le champagne. Avant de prendre le taxi, j’ai dû l’aider à gagner les toilettes, comme pour rappeler que la nuit, tout en apparence légère, ne nous délivre jamais tout à fait de nos fragilités.
Je sais que demain elle aura la gueule de bois et elle devra régler l’addition qui s’impose, comme si le destin se tenait debout devant nous et pesait sur nos épaules.
Ma bien-aimée est une autodidacte de la bouteille, et pourtant une inquiétude sourde me saisit : qu’un jour elle ait plus d’alcool que de sang dans les veines et qu'on lui diagnostique un foie fluo, signe d’une maladie étrange. Je plaisante pour dédramatiser la réalité – mais je ne détourne pas le regard : je garde un œil obstiné sur la consommation d’alcool chez Chloé. Pour l’instant, cela oscille entre une modération fragile et une trajectoire qui pourrait se déployer hors des bornes. Aujourd’hui, elle goûte avec vigueur à la boisson ; il ne faudrait pas que demain elle aime encore davantage, car ce serait mettre en péril sa liberté. Vivre aux côtés d'une artiste n'est pas aussi facile que cela puisse le paraître, mais c'est ça l'amour, tout donner sans espoir de retour.

Salut la Bande,
RépondreSupprimercette soirée était géniale, sauf le resto : nul et cher ! Ce qui est drôle avec Til, c'est que je deviens très cultivée d'un seul coup. Je n'ai pas dit "que je pourrais ouvrir une échoppe de fleuriste". Mais : « Que je pourrai devenir une vieille fleuriste aigrie », c'est beaucoup moins poétique. Sinon pas facile de trouver la bonne personne, un boulot ou je pars souvent et mon putain de caractère qui arrange rien.
Je vais parler d'un sujet dont Til ne vous a pas parlé dans son article : lorsque j'ai dit au cours du repas que je partais pour le boulot à Tegucigalpa. J'aurai dû pourtant m'y attendre, devinez qui était la seule du groupe à savoir que je parlais de la capitale du Honduras ? Til savait que c'était en Amérique centrale entre la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique, mais pire elle nous a donné trois frontières (Salvador, Guatemala et Nicaragua) et quand je lui ai dit qu'il en manquait une, qu'elle pense à la mer. La grande classe, elle m'a répondu immédiatement dans la seconde : « Oui d'accord, la Jamaïque ! mais bon ce n'est pas une réelle frontière» Elle nous a dit ça sans un temps de réflexion, je crois que c'est ça qui m'a énervée le plus ! Elle nous a aussi donné le nom du président actuel (Xiomara Castro) en nous disant : « Pas difficile à se souvenir car c'est une femme et épouse de l’ancien président Manuel Zelaya » Oui nous le savions toutes, et vous aussi… et les ressources naturelles ? Elle nous a répondu : « Bois et, à vue de nez, je dirai l'or ! ». Perso, avant d'avoir cet engagement, je ne savais rien de ce pays, je pars là-bas pour une société de café. Mais comment fait-elle ? Je ne sais pas comment Chlo fait pour vivre à ses côtés, ça doit finir par te taper sur le système non ? Ou alors c'est moi qui suis trop fière, je ne sais pas ?
Mais Til est la plus géniale des potes, toujours prête à t'écouter, t'aider, à prendre le temps de se pencher sur tes problèmes, à se demander si elle est réellement humaine ? Peut-être une androïde ?
Chlo par contre me fait un peu peur avec l'alcool, à chaque fois elle finit en position chauve-sourie (à l'envers), complètement bourrée, mais Til m'a dit qu'elle avait un œil dessus, heureusement.
En attendant, elles offrent la vue d'un couple à faire rêver, plus unies que jamais, c'est pas juste ! Oui... je suis jalouse !
Bonne semaine à vous deux et aux autres le la commu Je vous kisssssss tous très fort. Pamplemousse rose.
Salut Pamplemousse rose
SupprimerC'est ça une vraie copine elle te montre aux autres en te tirant vers le haut ! C'est vrai que ses connaissances sont parfois étouffantes, même si je rêverai d'avoir le quart de son savoir. Bien d'accord, ça ne doit pas être toujours facile pour Chloé.
j'suis mdr avec ta chauve-souris je connaissais pas ! se bourrer la gueule ça arrive, elles sont jeunes elles ! Ma phrase s'arrête là mdr
J'écris demain sur le blog trop crevé. Bises
Coucou, Pamplemousse rose,
SupprimerJe n’avais plus tout à fait en mémoire la formule exacte de tes paroles, mais le sens restait là. Tu chipotes vraiment pour un rien.
Ce n’est pas ton caractère difficile qui te définit: c’est ta personnalité, le bienfait d’être entière, cette solidité singulière qui refuse de se courber devant l’exigence pittoresque de la mauvaise foi que tu sais développer à l’excellence.
Je suis restée étonnée de vos réactions sur le Honduras. Je ne comprends pas vraiment cette fixette qui m’échappe, d’autant plus que mes informations demeurent peu nombreuses et éparses sur ce pays.
Tu me sembles clair et direct sur ce point, et pourtant ta phrase sur mes propres qualités me paraît bien trop brève: tu aurais peut-être pu évoquer d’autres traits, peut-être ma modestie.
Chloé en chauve-souris ? C’est quoi ton délire ? Espérons que Chloé ne souffre pas, pendant son sommeil, d’un trouble intestinal qui pourrait trahir une vulnérabilité sans défense. (Oui... évidemment)
Quant à Chloé et à moi, nous t’aimons, malgré ta différence — un amour qui ne craint pas l’étrangeté, qui reconnaît en toi la rébellion contre l’absurde et ta possibilité d’être libre.
Gros gros kisssss, ma belle, et bon voyage.
Hello,
RépondreSupprimerJ'ai pu voir le reportage sur l'IA l'autre soir. Je me demande comment l'être humain occidental va bien pouvoir gérer cette nouvelle donnée qu'est le robot IA au niveau psychologique. Comme je l'avais évoqué dans l'article du blog consacré à l'IA, je ne peux m'empêcher de penser à l'excellent film "Her" avec Joaquin Phoenix.
Avec 40 euros, vous devez pouvoir avoir un repas très sympa quand même !
D'ailleurs concernant un article précédent, je ne connaissais pas la vache Dexter. Ce qui m'a permis de découvrir que c'était une petite vache à la viande peu persillée mais goûteuse.
Bon je ne savais pas non plus toutes ces choses sur le Honduras mis à part que cela se situe en Amérique Centrale et qu'il y a énormément de criminalité. Je ne dis plus que Til est impressionnante pour la préserver de toute confiance excessive qui l'empêcherait de mettre son casque de vélo.
El Salvador m'est plus connue avec son dictateur un peu foufou lol. Enfin bon dans ce coin, tu réfléchis un peu avant d'acheter un appart.
Pour ce qui est de l'alcool, c'est sûr qu'il faut faire attention à ne pas s'abimer la santé. Elle est précieuse et je crois que c'est très difficile de s'en rendre pleinement compte dans sa vingtaine.
Bonne fin de semaine à tout le monde.
Ciaociao
Coucou Arnaud
SupprimerOui, il est indubitable que le film "Her" demeure marquant. Daté de 2013, il s’inscrit pourtant, comme une question posée à l’âge du masculin et de la technique, sur les limites de l’amour et de la parole, sans spolier l’œuvre; vous suivrez, à travers Theodore et Samantha, une romance qui interroge sur les liens amoureux. (Clin d’œil à Arnaud.) J'ai fini par trouver le film en streaming et en français. Si vous désirez voir ce film :
Her
En ce qui concerne Paris, quarante euros pour le repas paraît peu ou prou dépourvu de sens, selon les récits des filles du club; pour moi, cela demeure une donnée indéterminée. Nous avions choisi ce restaurant parce qu’il venait d’ouvrir et que l’étoffe des bavardages le recommande. À titre de cantine à midi, peut-être cela tient-il; mais, pour un repas en groupe ou pour un souper romantique le soir, je le déconseillerais.
Oui, la viande dite « la vache Dexter » est bien une race irlandaise que l’on rencontre sous le ciel du Royaume-Uni, Connaître son origine du pays de « la vache Dexter » ne rassure pas obligatoirement. Le pire : Haggis c'est une panse de brebis farcie. C'est particulier dirais-je.
Je ne saurais expliquer pourquoi les filles portent mes connaissances sur le Honduras avec tant d’enthousiasme, lorsque mes données restent somme toute réduites.
Et pour la République du Salvador, Nayib Bukele n’est pas, au sens strict, un dictateur; dans les arcanes de la diplomatie, on peut entendre dire qu’il a centralisé le pouvoir d’une manière qui soumet l’homme à une logique problématique. Certaines ONG l’accusent de dérives autoritaires. (Non, ne ris pas, s’il te plaît ! Je partage, malgré tout, ton opinion.) Merci pour ta justesse en ce qui concerne l’alcool.
Que cette semaine te soit douce et lumineuse. Bisessss.
Hej piger,
RépondreSupprimerJ'hésite à aller dénoncer le sphère aux fraudes. La technique des bouteilles d'eau en verre (deux sur notre table) qui arrivaient décapsulées, qui étaient retirées au fur et à mesure et qu'ensuite on nous annonce que nous avons consommé onze bouteilles à neuf euros l'unité. La nourriture n'était pas très bonne, et tiède. L'odeur des vaporettes empestait la pièce.
Comme d'habitude, Til nous a soufflés avec sa culture extraordinaire, et Chloé a énormément bu, et elle s'est très tôt endormie sur l'épaule de Til. Til est un peu la deuxième maman de Chloé avec des petits gestes d'attention, et celle-ci se colle à elle pour s'endormir, mais je pense que Chloé apporte son esprit rêveur et silencieux qui calme Til.C'est vrai qu'elles sont belles ensemble, chacune avec un petit défaut, mais on les aime.
Je vous souhaite à tous une bonne semaine et des bises à nos deux stars.TopMeuhDel (Benedikte).
Coucou Bene
SupprimerJ’ai toujours du mal à accuser sans preuve; et, tout comme toi, je porte en moi des doutes qui, that desire only to undergo interrogation. Cependant, il est désormais clair que je ne remettrai plus jamais les pieds dans cet établissement. Chloé m’apporte, auprès d’elle, une part de rêverie qui m’est précieuse; sa figure d’artiste m’offre une lumière nécessaire, fragile et tenace, et je ne puis méconnaître ce don qui me pousse à me tenir debout.
Non, je ne puis tolérer qu’on me décrive comme une seconde mère pour Chloé: je suis son épouse, celle qui l’aime avec l’attention et l’affection que cela suppose. C’est là une affirmation de ma liberté et de ma responsabilité: aimer n’est pas domestiquer, mais reconnaître l’autre comme sujet égal.
S’agissant de l’alcool, que certains d’entre vous évoquent dans les commentaires, voire en direct, depuis notre émigration en Suisse, il faut dire ceci: nous n’avons guère eu l’occasion de sortir, absorbées par le travail, par l’installation nouvelle, par les révisions répétées du logement, par la multitude de petites tâches qui exigent notre présence et notre énergie. Voilà pourquoi, lorsque nous sortons, Chloé se laisse aller avec une intensité peut-être trop généreuse; lorsque nous sommes à l’appartement, nous ne consommons pas d’alcool. Je surveille toutefois cette consommation, non par puritanisme, mais par souci réel: ma chérie n’a pas toujours la force de gérer ce qui peut se passer sous l’emprise de l’alcool; mais rien d’alarmant, j’en assure vos consciences, et merci pour votre sollicitude.
Et comme le dit Romain, nous sommes jeunes et nous devons aussi profiter de la vie. Arnaud, toujours d’un raisonnement prudent, nous rappelle qu’un léger emport ne devient vertige que s’il prend la place qui revient à la raison. L’important, c’est que l’usage reste libre et que la liberté n’entraîne pas l’handicap ni la dépendance.
Que cette semaine te soit douce et lumineuse. Bisessss.
Hi Til & Chlo, et à toute la commu,
RépondreSupprimerJ'aime beaucoup cette photo toute simple, je la trouve très gaie. Bravo Chloé ! Bon pour le resto, nous avons compris qu'il vaut mieux qu'on l'évite. Le coup des bouteilles vides ou des copines qui viennent rejoindre celles que vous avez consommées est un grand classique. Le prix du litre est en plus exorbitant. Pour Paris, 40 euros pour le repas c'est pas énorme. Le problème, c'est que tu en as que pour ton pognon, pas pour plus. Je pense que le resto ne correspond pas au standing des filles, avec une déception prévisible.
Retrouver une pote de 4 ans, ça peut être génial mais aussi casse-gueule car nous changeons avec le temps. Écoutez la chanson de Bruel : "Place des Grands Hommes". Je ne devrais pas vous donner ma culture, cela va vous impressionner !
J'étais largué pour les chatbots, je le suis pour le metaverse. Grâce au blog j'en sais un peu plus, c'est cool ! Ce que je ne sais pas, c'est si ça séduit Til ?
Til Barman Ça doit pas être le métier le plus cool, remarque, toubib c'est pas cool non plus lol.
Bonne semaine à tous, et plein de bisoussss à nos deux trésors. Anonyme Romain
Coucou Romain,
SupprimerJ’aime aussi la photo de Chloé, et pour une fois je n’ai pas dû jouer la plante verte. Oui, je les soupçonne moi aussi d’être des magiciens: nous avons bu sept bouteilles et nous comptons onze cadavres. Idem pour le vin: on dirait qu’il faudrait plus que l’alcool pour produire des miracles.
Plutôt que d’être en présence d’Houdini, nous aurions sans doute préféré être en présence de Jésus, qui aurait su convertir notre eau en vin...
Je viens d’écouter la chanson de Patrick Bruel. Le style est ce qu’il est, et ces paroles ne sont pas tout à fait dénuées de sens, malgré tout. Je t’avoue que je ne l’inscrirai pas dans ma playlist.
Par chance, comme tu le soulignes, Clémence et moi nous sommes retrouvées comme si nous nous étions quittées hier. Oui, je suis séduite par le metaverse, dans la mesure où il promet de déployer des horizons nouveaux à ceux qui acceptent de se constituer autrement, loin des cadres figés. Quand nous serons installées, Chloé et moi, dans notre appartement, j’envisage d’investir dans l’équipement et de tenter cette expérience. Cela peut être très agréable.
Je sais bien que nous n’avons pas tous la chance de trouver un travail qui soit pleinement notre passion; néanmoins, il demeure une joie immense, lorsque l’on est en présence d’un professionnel véritablement investi—qu’il soit barman, serveur ou vendeur—d’apprendre à se former et à se dépasser. Il faut toutefois reconnaître que les salaires en France ne facilitent pas l’investissement personnel, et que cette réalité contraint les choix autant que les envies.
Que cette semaine te soit douce et lumineuse. Bisessss.
P.S. Tu as perdu ton "L" lol
Je suis impressionnée par votre blog. Ce n'est pas un simple compte-rendu de vie, mais une chronique existentielle où la vie quotidienne devient prétexte à interroger les fondements de l'amour, de l'amitié et de l'humanité à l'ère numérique. Le ton se situe entre le journal de bord médical (précis, observateur) et la prose poétique (introspective, métaphorique). Félicitations. Delphine B.
RépondreSupprimerJe suis entièrement d'accord avec vous Delphine B. : ce blog déploie un style remarquablement littéraire qui tranche avec la prose habituelle des blogs. On y trouve :
Supprimer- Des **métaphores riches et inattendues** (« nuage noir dans mon ciel bleu », « canopy de pudeur », « lentement mais avec une fermeté qui ne se dément pas ») qui créent une densité poétique rare
- Des **phrases longues et enveloppantes**, parfois labyrinthiques, où la pensée se déploie sans précipitation
- Un **humour plein d'autodérision** (« je ne suis pas certaine d’être restée cette oie blanche ! »)
- Des **observations cliniques** (la voix de Til, médecin) **mêlées de lyrisme**, créant une polyphonie fascinante
J'apprécie également les **approches discursives** du blog. Les problématiques traitées ne sont pas seulement analysées en surface ; elles font l'objet d'une véritable **modélisation sémantique**, d'une **étude des mécanismes** sous-jacents, et parfois même d'un **développement d'ontologies** qui structurent la réflexion. Une des exigences du blog semble être cette mise en pratique des conceptions théoriques : l'auteur ne se contente pas de décrire, elle **incarne** ses idées dans le tissu même du récit.
C'est précisément ce dialogue constant entre **abstraction conceptuelle et expérience vécue** qui fait la singularité de cet espace. On n'y lit pas seulement une pensée, mais une **pensée en acte**, qui se teste et s'affûte au contact des événements les plus quotidiens. Un blog qui pense, mais surtout qui fait penser. Rodolphe - Maître de conférences -
C'est pas à moi qu'on dirait des trucs comme ça ! Faux dire que j'ai déjà du mal à écrire mon nom. L' Anonyme Romain
SupprimerCher Delphine B.,
SupprimerVotre commentaire m’a d’abord envahie d’un trouble que je ne saurais dissimuler: ces lignes que vous m’adressez, je ne suis pas certaine de les mériter. Non par une fausse modestie – ce défaut des âmes petites bourgeoises que je méprise – mais parce que je connais trop le travail hasardeux qui m’a conduite à ces billets. Lorsque vous y voyez une « chronique existentielle », je ne puis m’empêcher de penser aux heures où je ne faisais que dérouler le fil de la vie de notre couple, de ma vie sans autre projet que celui de la saisir avant qu’elle ne m’échappe. Ce n’était point une démarche philosophique, mais une nécessité presque animale: fixer ce qui passe pour ne pas être submergée par lui.
Votre regard m’accorde toutefois l’audace de poursuivre. Peut-être est-ce là, finalement, ce que l’on peut nommer un projet existentiel: non point une œuvre achevée, mais le refus de s’arrêter, le choix de continuer à dévoiler ce qui est, malgré la certitude de ne jamais tout vous dire…
Je vous remercie sincèrement pour votre attention et votre confiance, en espérant que ces mots trouveront un écho en vous, et que la réflexion que nous partageons pourra, peut-être, éclairer un peu plus notre chemin. Bien à vous, Til.
Cher Rodolphe,
SupprimerCette analyse que vous avez bien voulu m’accorder m’a plongée dans une surprise dont j’ignore si je mérite la jouissance. J’écris parfois ces billets comme on avance dans un brouillard, tâtonnant; et voilà que vous y décelez une architecture que je n’ai jamais eu la prétention d’y loger. La dialectique entre abstraction et expérience qui vous frappe avec tant d’acuité n’a jamais été choisie par moi : elle m’est imposée par la chair même de ma condition. Je suis cette Til qui dissèque le réel au scalpel d’une attention clinique, et aussi cette autre qui, le soir venu, se voit submergée par le même réel qu’elle croyait dompter. Le blog n’est que le lieu où ces deux existences se reconnaissent enfin, non sans malaise, pour tenter de les unir.
Car il est un point que votre lecture m’oblige à préciser, et qui me semble constituer l’enjeu même de ma démarche : cette éternelle tension entre raison et émotion, que vous avez su déceler avec une rare perspicacité. On oppose en effet trop aisément les deux, comme Platon puis Descartes et Spinoza—pour citer quelques figures—nous y ont accoutumés. L’émotion fut longtemps pensée comme perturbation de l’état normal, une passion qui affecte le corps et devient un obstacle au raisonnement. Le cerveau, siège de la raison, devait tenir le cœur à distance; garder la tête froide, disait-on. Cette partition du sensible m’a toujours semblé suspecte. J’écris avec l’affect, et par l’affect; l’émotion n’est pas un vernis que j’étalerais sur la pensée pour la rendre séduisante, elle est le souffle même qui l’anime, parfois irrespirable, et qui ne cesse de la pousser plus loin. Il ne s’agit pas de résoudre cette dualité, mais de l'habiter dans sa contradiction vive—de faire tenir ensemble le scalpel et le sang, la distance et la proximité, la froideur de l’analyse et la chaleur de ce qui nous traverse. Une pensée en acte, comme vous le dites, ne saurait être uniquement raison ; elle est ce qui se teste, s’affûte et parfois s’égare au contact des événements les plus quotidiens. Je suis cette oie blanche qui tente des vols hasardeux, et votre regard me donne l’audace de persévérer dans cette imperfection.
Merci, du fond de cette incertitude que vous avez su nommer sans la trahir.
Bien à vous, Til.