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  • dimanche 19 octobre 2025

    Journal de bord 20/10/2025 Séparation morale, Vocation hospitalière, Construction du foyer

    L'amour se forge dans la séparation: ce qui nous unit résiste, même loin l’une de l’autre.

    Chloé se voit confier une commande lourde : Une grande cliente de la bijouterie a retenu le projet de Chloé qui, selon la cliente, offre une originalité. le don de Chloé s’impose comme une évidence implacable. Je pressens que ce travail sera une charge nouvelle, une tension qui s’étirera puis se resserrera, jusqu’à peser sur notre vie commune. L’effroi m’accompagne avant même que la réalité se fasse : les semaines à venir promettent quelques explosions menaçantes, des secousses qui mettront à l’épreuve et ce que nous sommes ensemble.

    Chloé n’a pas encore prononcé ces mots, mais je lis, sans illusion, que l’inévitable nous attend : elle devra monter à Paris, quelques jours, afin de se tenir plus près de l’équipe « créatif » et surtout des monteurs. Et par ce déplacement, nous serons séparées. La séparation n’est pas seulement géographique ; elle est épreuve morale, miroir brutal qui renvoie à ce que nous sommes sans leurre : un couple fusionnel et qui se voit confronté, dans l’éloignement, à la réalité des choix qui nous fondent et des distances qui nous divisent. Car la liberté naît aussi du refus d’être éternellement ensemble.

    Pour moi, mes repères à l'hôpital se fortifient, et même si l’acte de saisir les données dans le dossier médical informatisé des patients réclame davantage de temps que je le souhaiterais. Des affinités naissent—avec certaines de mes collègues—inspirées par ce milieu où l’on mêle délicatesse et exigence. J’ai la chance, aussi, d’avoir Anne-Emmanuelle pour médecin-cheffe ; sa présence irradie une gravité rassurante et une clarté morale qui me portent. L’ambiance au service se révèle favorable, une douceur rare qui, en ces temps, tient lieu de loi tacite. Mon premier bilan de compétences, après ce mois inaugural, m’apparaît comme une cérémonie discrète : le directeur affirme que l’équipe entière apprécie mes compétences, mon sérieux et ma disponibilité à servir le service. Il m’a encore remerciée d’avoir accepté ces deux week-end de gardes de suite. Il demeure surpris de constater que j’ai déjà entamé la rédaction de ma thèse.

    Et ainsi, en rassemblant ces gestes, ces choix et ces tensions qui tissent ma vie professionnelle, je découvre peu à peu une consistance qui m’échappait encore hier. Les observations, les gestes précis, l’attention portée à ceux qui m’entourent, la distance prudente que j’apprends à ménager entre le devoir et mes propres désirs, tout cela forme une mosaïque qui me convient. Je constate, sans vanité et sans doute, que mes efforts portent leurs fruits : compétence affirmée, loyauté envers l’équipe, et ma thèse qui avance. Je suis, oui, assez contente de moi : je me rapproche de mon rêve d’enfant : devenir pédiatre.

    Afin de me ménager un peu, ce matin, j’ai décidé de ne pas travailler sur ma thèse mais de faire une promenade à bicyclette, en quittant Lausanne pour gagner la campagne. Je vous laisse imaginer ma tête en découvrant cette scène capturée avec mon iPhone. Il semblerait que tous les Suisses ne parlent pas anglais, mais n’est-il pas tout à fait charmant dans son joli petit sweat-shirt ? (Il est vrai que je ne l’aurais jamais deviné ! Clin d’œil.) Et moi qui vous parlais il y a quelques temps de LGBTphobie…

    Sport :
    Chloé s’est lancée dans la quête de son club de boxe lausannois. Après un cours réservé aux femmes, elle n’a pas trouvé ce qu’elle cherchait, mais elle a découvert, dans un autre établissement, une professeure de boxe anglaise qui lui convient. Les deux premières leçons l’ont séduite ; elle reprend le running et elle se rend à la salle de sport, trois fois par semaine pour l’instant. Son poids qui était le sien autrefois ne revient pas, et pourtant l’espoir demeure : un mélange de course, boxe et vélo pourrait bien offrir ce dépassement qui échappe à la simple constance du corps. Cela m'a appris une chose : les bourrelets peuvent faire des petits. (lol)

    Pour moi, le rythme devient une réponse à ce besoin impérieux de prendre en main ma vie : courir chaque matin et chaque soir, nager les jeudis soirs ; et l’hésitation persiste quant à un engagement éventuel dans une salle d’armes ou l’adoption d’un autre sport, peut-être le taekwondo. Je fais le grand écart, autant latéral que facial ; cela pourrait être un atout pour cette voie. Même sans les indésirables que nous avions à Paris, la question demeure : pouvoir se défendre n’est peut-être pas un luxe. Rien ne garantit que le taekwondo me séduise ; mais cela me tente d’essayer, donc je pense le faire.

    Chloé et moi, nous attendons le moment où nous poserons enfin nos pas dans notre chez-nous. Il est vrai que nous ne saurions jamais assez remercier nos hôtes qui nous prêtent leur petit pied à terre, mais naît aussi en nous l’impatience de fixer des pierres solides à notre édifice – d’éprouver le goût de la construction plutôt que celui du passage. Nous faisons de nombreux voyages entre notre garage, où se trouvent nos vêtements, et l’appartement, afin d’opérer le grand changement de saison, car l’été est bel et bien terminé. Chaque déplacement nous rappelle que le monde ne nous appartient pas sans effort, que l’espace que nous occupons est à bâtir, et que la liberté se réfléchit dans le travail concret de rendre une demeure digne d’une vie partagée. Entre gratitude et ambition, nous avançons, conscientes que ce qui nous lie n’est pas le simple fait de voyager, mais la décision obstinée de  devenir, ensemble, ce que nous aspirons à être.

    Ce week-end, je demeure en service, puisque je suis de garde pour la deuxième semaine consécutive. Chlo et moi ne pourrons donc jouir d’un répit commun. Entre son travail et l’entretien de la maison, il me semble que Chlo ne saura point se soustraire à l’incessant assaut de l’obligation. Nos existences, enserrées par les nécessités, ne cessent de révéler, à chaque instant, que notre couple fusionnel doit grandir de ses séparations.

    En silence, je ressens le poids irrésistible du renouveau des congés ; mais avant que l’initiative soit possible, il nous faut d’abord affronter les conditions qui déterminent notre action : Travailler ! Les congés de l’année écoulée furent marqués par le trouble et j’ai l’impression d’en être demeurée dépourvue, comme si l’écart entre l’action et la vie se figeait en moi. Je voudrais connaître la demeure de mes parents à Bruxelles, certes, mais ils résident actuellement à Manhattan auprès de ma tante et de mon oncle ; nous voulons aussi rencontrer notre filleule et nos amies de Lille qui nous manquent. Si le travail et les exigences de Chloé le permettent, nous pourrions partir le week-end dans quinze jours : visiter Berne et saluer ma grande tante, qui approche des cent ans et dont la vie mérite d’être mémoire. Elle est désormais installée dans un établissement ; prise dans l’exil du temps, elle n’a plus de famille, et c’est pourquoi nous devons lui rendre visite avant que le temps ne l’emporte complètement et que la tendresse ne puisse plus s’exprimer comme elle le mérite. 

    A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.

    A Bientôt,
    Chlo & Til 

    2 commentaires:

    1. Anonyme10/25/2025

      Hi Til & Chlo, Arnaud et toute la commu,

      Même si j’ai laissé zéro commentaire parce que j’étais pressé, j’ai pas manqué un seul article. Arnaud a raison: ce n’est peut-être pas la voiture la plus discrète et au final tu t’en sors bien avec le blanc. Bravo à Sophana pour ton poème, même si j’y pige que dalle – je suis nul là-dedans ! Et la réponse de Til, ben là… j’ai rien compris non plus MDR.

      Alors comme ça Til,  tu ne reconnais pas les personnes LGBTQ+ au premier coup d’œil ? Heureusement que certaines affichent leur identité sur leur pull.

      Sinon, oui, y’a des cons qui jalousent – que ce soit ta sexualité, ton taf, ton pognon, ton appart, ta bagnole, tes fringues, tes vacances, tes… beeeeh, tout y passe. Bon, c’est vrai aussi que toutes les deux vous cumulez un peu tout ça. Ratez un petit truc de temps en temps, merde ! Pensez un peu aux autres ! MDR (je déconne).

      Je suis en Israël jusqu’au 30 octobre pour le boulot. En décembre, j’essaierai de vous voir à Paris ou à Lausanne. Tu organises une action humanitaire cette année ? Au fait, tu sais sur qui je suis tombé nez à nez à l'aéroport de Galeão (Rio de Janeiro.) ? Oceane (Pamplemousse rose) était là aussi pour le boulot. On a pris un pot ensemble: elle repartait, moi j’arrivais. C’est fou avec ce monde nous être retrouvés face à face. Elle aussi voudrait bien que tu organises une action humanitaire, et on est pas les deux seuls. Tu sais ce qu’il te reste à faire: on est tous prêts à venir à Lausanne, et si tu peux pas loger… pas de souci: on accepte le palace ! MDR.

      Ma pause est finie, go boulot. Bonne semaine à tous, et plein de bisoussss à nos deux trésors. L' Anonyme Romain

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    2. Anonyme11/07/2025

      Bien le bonjour Romain, juste le témoignage d'une amitié amoureuse très forte. Til' est une personne que j'estime au plus haut point avec amour et bienveillance. Sophana.

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