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  • lundi 5 octobre 2026

    Journal de bord 05/10/2026 peed Dating Désastre

    “ Le temps suffit pour se choisir soi-même, et l’amour n’est jamais une urgence. ”

    Texte offert par Zabeth, humble petit cadeau qui, peut-être, ouvrira des horizons insoupçonnés.

    Le blog n'est point l'unique ouvrage de Til et de Chloé ; il vit, grandit, s'étend et s'enrichit jour après jour, et tout cela tient avant tout à vous, leur chère communauté, à leurs participants si actifs, et aux efforts qu'ils déploient au sein de ce cercle.

    J'évoquerai avec tendresse Arnaud, Jo et Emmanuelle, « Pamplemousse rose », « L'anonyme Romain », et plus récemment Rodolphe. Grâce à eux, le lien qui unit les fidèles des deux filles se fortifie ; leurs commentaires alimentent les réflexions et les articles en partageant une vision et une culture qui leur sont propres, où la bienveillance demeure sans faille. Ils lisent leurs écrits, y répondent, et, parfois, les transmettent encore autour d'eux. Ils parlent des filles à leur entourage et contribuent ainsi à l'essor du blog. C'est là un véritable soutien, et Til et Chloé demeurent infiniment reconnaissantes de pouvoir compter sur vous.

    Sans votre concours, leur dynamique serait demeurée autrement calme. En vérité, Til et Chloé envisagent le blog non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen ; car une communauté, avant tout, ce sont des personnes. Ce sont de solides relations humaines qui se nouent, où la confiance règne au sein du groupe. Aussi est-ce sans détour que nous vous le disons : qu'attendez-vous donc pour laisser votre message et vous joindre à notre chère communauté ?

    Je vous l’avais promis : je vais vous parler de notre soirée de speed dating, tout en reconnaissant que, sur le fond, cela n’était guère vertueux de notre part, puisqu’aucune d’entre nous ne cherche chaussure à son pied, même si nous avons deux célibataires Océane et Coline. Le propos n’est donc qu’une parenthèse légère, une esquisse de nos caprices.

    Cette photographie fut prise alors que j’écrivais l’article, celui que vous avez sous les yeux. On me voit dans mon apparat de speed dating; selon les filles, avec ce chignon, je parais particulièrement froide. Moi, froide ? Or il n’existe personne de plus joviale que moi. C'est fou ces jugements à l'emporte-pièce...

    Le matin même, tandis que Ha-eun (je tiens à préciser qu’elle n’est ni chinoise, ni japonaise, mais coréenne !) achevait les tâches ménagères afin que l’appartement demeure immaculé, Chloé remettait en ordre son atelier, consciente qu’il serait peut-être nécessaire de tout préparer pour que nous puissions, ce soir, loger tout le monde sans encombre. Pour ma part, j’avais pris la Tilomobile et, après une demi-heure de trajet en dehors de Lausanne, je me suis rendue à Vevey afin de ramener de chez Kaiseki by Manabu dix menus kaiseki, accompagnés de morceaux de wagyu et des boissons correspondantes. D’après mon collègue Alex et Emmanuelle, ma supérieure, ce chef cuisinier s’est montré extraordinairement doué. Nous avions donc passé commande en début de semaine : le chef ne voulait pas se contenter de plats à emporter, mais, après négociations, il a finalement consenti. Pour des raisons d’horaire, il nous était impossible de nous rendre dans son restaurant. Avec Chloé, nous avions décidé d’offrir ce repas japonais, car lors de notre dernière assemblée du club, les trois quarts des filles ne connaissaient la cuisine japonaise que par le sushi, le sashimi et le Namasakana. Certes, cela est fort bon, mais la cuisine japonaise est d’une richesse infinie.

    Une fois sur place, je ne m’attendais pas à une telle abondance. Chloé et moi aimons la cuisine japonaise, mais d’ordinaire nous déjeunons ou dinons au restaurant ; c’était la première fois que nous avions envisagé de réchauffer les plats nous-mêmes. Les détails techniques, si complexes, me semblaient rapidement ardus. Après une seconde négociation, nous sommes parvenues à l’accord suivant : le chef et son équipe prépareraient le repas, et un cuisinier viendrait à domicile pour exécuter ce qui était nécessaire. J’avais alors demandé si le service traiteur pouvait être complété par une jeune femme pour le service à domicile. Résultat : deux employés en service traiteur improvisé ont été envoyés à l’appartement.

    À mon retour, Chloé et moi nous sommes préparées avec soin, nous nous sommes douchées et habillées afin de nous présenter sous notre meilleur aspect pour recevoir tout le monde. Les filles avaient rendez-vous chez nous en fin d’après-midi. Or, seules sept d’entre elles ont pu répondre à l’invitation. Après nos retrouvailles et nos embrassades, Chloé et moi avons servi l’apéritif pour lancer le début de soirée, avant de nous diriger, à dix-neuf heures, vers notre speed dating.

    Nous sommes arrivées devant le restaurant à Romanel-sur-Lausanne, comme indiqué sur le SMS reçu la veille, envoyé par l’organisatrice. Le restaurant se trouve à environ 7 km de Lausanne. Le lieu se veut rustique : mobilier vétuste et poussiéreux, atmosphère qui crie le bon goût des temps révolus, et tout cela promettant un service extraordinaire.

    L’organisatrice portait une tenue que j’hésiterais à endosser même pour ramasser des champignons. Sans doute suis-je trop sensible. Peut-être cette tenue est-elle choisie sciemment pour tenir les prétendants à distance — ou, qui sait, pour se protéger des « Drama Queens » qui pourraient lui déclarer leur flamme au premier regard. Son rouge à lèvres, qui bavait légèrement, me répugnait : ce détail cosmétique trahissait une nervosité que seule la situation expliquait. « That’s life. »

    À notre arrivée, elle nous a adressé un sourire (si c’était un sourire, Chloé !) qui se voulait chaleureux — ou peut-être un effort de sourire denté : il lui manquait visiblement quelques molaires. Sans doute restées en vacances. Peu importe. Elle nous a souhaité la bienvenue pour le plus grand speed dating de la région, destiné à notre tranche d’âge, celle des 25-35 ans.

    On nous a réclamé aussitôt le billet d’entrée, somme qui comprenait le speed dating et un repas (que nous ne prendrions pas, mais ça, l’organisatrice ne le savait pas encore) : 220 CHF (environ 235 euros, oui, tout de même…), boissons non comprises et pourtant nécessaires, à la vue des spécimens présents, mais, comme elle nous l’a précisé, le cocktail d’accueil nous était offert avec un petit clin d’œil. La surprise pour elle surviendra au moment du repas.

    La couleur dominante du cocktail, ce bleu pâle qui se situe entre l’eau croupie de l’évier et le produit vaisselle, semblait annoncer la palette émotionnelle de la soirée : une nuance entre la retenue et l’amertume, comme si, parfois, l’amour avait la même transparence que l’eau de rinçage. Heureusement que nous étions là pour rire et discuter.

    Pour être franche, je n’avais pas osé porter ce précieux élixir à mes lèvres. Chloé, sans la moindre gêne, a goûté et lancé : « C’est dégoûtant, ce truc ; il a le goût de sa couleur. » Nous n’avions pas encore commencé que déjà Océane — que vous connaissez tous sous son pseudo Pamplemousse Rose —, Blanche, Sandra, Coline, Anne, Marion, Margot et moi étions déjà mortes de rire, amusées par les réactions de Chloé, très en forme ; il faut dire qu’elle avait déjà commencé la soirée. Une plante verte traînait dans la pièce, visiblement fatiguée. Nous avons toutes discrètement vidé nos verres dans le pot de cette nature qui se meurt. Chloé s’étouffa presque et, avec sa discrétion légendaire, s’exclama : « Tu m’étonnes qu’elle soit en train de crever, la pauvre plante, si vous lui foutez toute cette merde dans le pot ! »

    Nous étions une trentaine : quinze femmes — dont neuf de notre petit club de filles, Chloé et moi incluses — et quinze hommes. Le casting masculin offrait une véritable ménagerie des oubliés de l’amour : du grand et du petit, du velu et du chauve, du musclé et du moins musclé, des vieux garçons et des BCBG, jusqu’aux atypiques : un hippie égaré dans son costume, un rocker endurci, et une personne indéfinissable, non genrée, hésitant encore devant son propre reflet, sur sa propre identité. En somme, tous les archétypes de la vie amoureuse.

    Nous avons eu droit à une tirade d’ouverture : ce soir, soi-disant, nous allions trouver l’amour. Nous, les femmes, avions un badge avec une lettre — moi, j’étais D — et les hommes, un chiffre. On nous remettait aussi une petite fiche à déposer à la fin de la soirée : il fallait y noter notre affinité avec chaque candidat. Trois catégories : 1) affinité amoureuse, 2) ami en mode moite-moite, 3) sans intérêt.

    Dis donc, Jamy : comment ça fonctionne ? Toutes les quatre minutes, les hommes devaient passer à la table suivante. L’organisatrice, avec ses années d’expérience, savait faire tourner les horloges du désir. Et moi, je le reconnais volontiers : un peu de moquerie, beaucoup d’observation, et surtout le plaisir de constater que je suis heureuse d’être lesbienne et en couple. Dans la réalité des faits, ce ne sont que 3 min de conversations factuelles dont on disposent. J’ai franchi l’interdit, pas par témérité, mais parce que mon rôle de journaliste me pousse à témoigner de l’instant. J’ai enregistré les conversations du speed dating pour en faire matière et raconter. Ce geste sert avant tout ma nécessité professionnelle — nourrir le blog — et non pas pour partager avec les filles des passages troublants afin de les divertir — Bon… peut-être que si un peu...

    Je ne vous offre ici que les échantillons qui, il faut l’avouer, m’ont surprise. Par souci de discrétion, j’ai pris la précaution de modifier l'ordre de passage, afin qu’ils ne puissent se reconnaître s’ils venaient à tomber sur ce blog.

    Le premier, 33 ans, originaire de Lugano, en Suisse italienne. On a échangé dans un anglais scolaire ; il ne parlait pas français. Cariste sans emploi, il rêvait d’un nouvel horizon lausannois. Son reniflement constant déclenchait ma misophonie et, au bout de deux minutes, je me suis surprise à regarder ma montre.

    Le second, 35 ans, motard. Autour de lui, la scène se tissait comme une démonstration où le corps et le langage se croisaient. « Avec moi, tous les matins tu prends un bon coup de boost pour la tête… ah wouai... » Le discours se prolongeait dans le bruit obstiné de la moto, qui s’étirait et résonnait quelques secondes qui semblèrent une éternité, comme pour forger une réalité. Je n’ai trouvé rien d’autre que ces mots qui m’écrasaient : « Ah oui… Là, je suis impressionnée. » Puis j’ai hésité à lui poser la question : a-t-il pris son traitement ? Et il a achevé par un feu d’artifice : « Toi t’es bonne, on va se revoir ». J’étais anéantie, ce monsieur a besoin d'aide.

    Le troisième. Alors, lui, je l’ai apprécié, parce qu’il vit vraiment dans son propre monde. Il a reconnu avoir triché : il a 36 ans ; il m’a confié qu’il souhaitait avoir trois enfants et que l’aîné s’appellerait Socrate. Nous irions ensemble, en famille, cueillir des fruits, puis, de retour à la maison, c’était à moi de préparer la tarte aux fruits et le café, que nous prendrions tous ensemble. « Mince, je ne sais pas faire une tarte aux fruits. Quelle éducation lacunaire ! » Je dois l’avouer, je n’aurais peut-être pas dû me lever et énoncer tout haut : « NON, Socrate, maintenant tu arrêtes ! Cela fait trois fois que tu mets les pieds dans les bouses de vache. » Il était tout rouge, complètement pris de panique, il me tenait par la manche quand il m’a demandé ce qui m’arrivait, je lui ai répondu qu’il avait si bien dépeint la scène que j’étais déjà dans la peau de mon personnage. Ah là…  le Monsieur, il n’a pas apprécié… Il m’a dit que j’étais folle. Il faut avouer que certaines des femmes du club de filles et certaines que je ne connaissais pas, aux tables avoisinantes, ont éclaté de rire, alors bien sûr ça l’a vexé, pauvre bichounet !

    Le quatrième, 38 ans, chauve, plombier, divorcé, père d’un petit garçon. L’archétype de l’homme que l’on préférerait ne jamais croiser dans sa vie. Il avait les mains énormes, noires d’huile même le samedi soir, et il les a posées à plat sur la table entre nous, comme pour caler une réalité qui ne souffrirait aucune contradiction. Son kif : le camping. « On boit des bons canons avec les potes et on joue à la pétanque pendant que les femmes font la vaisselle », m’a-t-il dit. Oui, vous ne le saviez pas : dès mon réveil, je n’attends qu’une chose — le moment de la vaisselle. Puis il a déployé son programme : « Toi, la popote, la maison, le linge. Moi, je suis un vrai bonhomme, j’assure au boulot et j’assume les frais. » Ses pouces tambourinaient sur le bois clair, laissant de petites traces grises. Je regardais les marques. Je regardais ses mains. Je lui ai demandé s’il avait pensé à se faire accompagner par une femme de ménage plutôt que par une épouse. Il a cligné des yeux. « Non mais tu comprends, faut aussi que tu… » Il a baissé la voix : « Sinon je suis obligé de me fâcher un peu, faut assumer d’être un bonhomme. » Je vais vous avoué avoir cherché la télécommande pour mettre en pause. Quatre minutes dans ce genre de situation semblaient une éternité. Je me suis levée avant le gong. Il a levé les yeux, interloqué : « T’as un souci ? » Ma réponse : « Je n’ai pas de souci. C’était toi qui as terminé ! »

    Nous ne sortons pas de ce monde patriarcal ; et lorsque toutes les femmes, lassées, chercheront ailleurs l’éclat de leurs désirs, certains s’étonneront que ce soit entre nous que nous nous aimions.

    Au milieu de ce tumulte, est apparu Christian, un homme agréable : peut-être un mètre quatre-vingt-cinq, voire quatre-vingt-dix, cheveux bruns, yeux bleus, toilette soignée, visage rasé de près. Pendant tout le speed-dating, lorsque l’on me demandait ma profession, j’expliquais que j’étais reparatrice de tondeuses à gazon. Au lieu du banal refrain sur la rareté de ce métier, il m’a souri et a répondu : « Et moi, compteur de feuilles pour les photocopieurs Xerox. » Il a pris une pause, puis m’a demandé : « On fait quoi ? On délire tous les deux pendant quatre minutes, cela ne me gêne pas, ou on parle sérieusement de nous ? » Il fait des audits financiers pour les sociétés, et il nous avait repérées, toutes les filles du club. Nous avons partagé un moment des plus agréables ; les rires furent nombreux, et il m’a confié avoir été séduit par Coline, libre désormais, puisqu’elle vient de rompre avec son compagnon. Il m’a sollicitée pour l’aider à la revoir. Je lui ai répondu que j’allais en discuter avec elle, sans toutefois lui promettre quoi que ce soit. Tout comme nous, il ne pouvait demeurer pour le repas, puisqu’il était invité chez des amis. Nous avons échangé nos numéros — il vit à Lausanne — afin de boire ensemble un verre, à l’occasion, lorsque le destin nous le permettra.

    Voilà, vous avez partagé avec moi le récit de notre speed dating, tel qu’il se donne tant à l’extérieur qu’en moi-même. Cette expérience, utile et révélatrice, n’est pas celle qui se prête le plus au rire. Or ce qui m’a le plus saisie fut le repas, et surtout le débriefing qui a suivi avec les filles, où nous avons toutes ri à en pleurer, chacune livrant son pire et les confidences les plus brutes de ce speed dating, jusqu’à ce que le soir se fasse tard et que la nuit nous prenne dans ses bras. Ce rire, qui ne s’éteignait pas, résonnait comme une promesse et un défi ; vous pourrez lire tout cela plus amplement dans ma prochaine publication.

    À vous tous, je vous souhaite de beaux jours jusqu’à notre prochaine rencontre, pour la suite de cette aventure.

    À Bientôt,
    Til & Chlo.

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