“ On devient soi-même en avançant. ”
Lorsque j'ai proposé cette interview à Zabeth, j'étais aux antipodes du contenu que je vais vous livrer maintenant.
Je pensais à un discours nostalgique où elle allait s'étendre sur mon enfance, sur mes premiers pas, sur mes premiers mots, sur des anecdotes familiales.
Mais non, elle m'avoue avant cet entretien avec un grand sourire :
« Mon enfant, ma chère Til, je préfère garder jalousement chaque « je t'aime », chaque baiser, chaque caresse que je t'ai offerts ; ils demeurent là, au fond de mon cœur, et nul ne saurait venir me les arracher. Je garde aussi le son de ta voix d'enfant, hésitante et cristalline, qui fredonnait une chanson ou qui me priait de veiller sur toi, de déceler s'il n'y avait point de monstre dans ta chambre ou sous ton lit. Tant d'instants où j'ai retenu mon souffle, où mon cœur s'emballait devant tes expériences et tes découvertes de la vie — de ta vie, de notre vie. J'aimerais pouvoir dire que j'ai gravé chaque seconde de ton enfance dans ma mémoire, une trace de tout, me rappeler de tout. Hélas, ce ne fut pas toujours le cas, et ces manques me pèsent, moi la collectionneuse compulsive de souvenirs. Avec le temps, il m'arrive de ne plus me rappeler clairement ; alors je recrée, selon ce que je crois de ce que nous avons partagé. Toutes ces images que je porte en moi, dans mon cœur, sont les plus beaux présents que tu m'aies offerts, jusqu'à ton mariage avec Chloé.
Aujourd'hui, il nous faut vivre dans le présent ; de belles choses nous attendent. La gestion des souvenirs occupe le temps que nous pourrions consacrer à fabriquer d'autres instants, qui ne seront ni plus forts ni plus faibles, mais différents. J'aime te montrer le chemin parcouru, tes progrès, les défis que tu as sus surmonter. Pour terminer, je te dis que je suis très fière de toi, de cette femme que tu es devenue. Quel que soit ton âge, tu es et resteras ma fille de cœur à jamais.»
C'est donc dans les bras l'une de l'autre, les yeux pleins de larmes, que nous avons toutes deux fait une petite pause avant même d'avoir commencé cette interview.
Je me suis alors posée la question : pourquoi la nostalgie, cette émotion complexe qui mêle joie et tristesse, nous touche-t-elle autant ? Réponse de Zabeth : « Voilà un beau challenge à relever : comprendre nos réactions face à la nostalgie. »
Le temps d'une respiration, Zabeth changea de rôle. Celle qui avait bercé mon enfance devint celle qui allait me raconter la sienne — notre histoire, vue de l'autre rive :
« Avant de livrer le détail de cette aventure, il me faut dire ce qui importe pour tes lectrices et tes lecteurs : la méthode que j'ai suivie mérite d'être saisie autant que le résultat. En ce temps-là, dans les années 2000 où l'on croit encore que l'entraînement mental ne concerne que les athlètes, le coaching mental et la préparation psychique demeurent des domaines circonscrits à l'élite sportive. On évoque la visualisation, la maîtrise du stress, la performance, mais uniquement dans le cadre du sport. Il n'existe pas encore de guide permettant de transformer une jeune femme en érudite polyglotte, ni de méthode pour nourrir l'apprentissage, la culture générale, le développement intellectuel.
Alors, je me suis lancée dans une quête frénétique de savoir. J'ai dévoré tout ce qui me tombait sous la main sur le fonctionnement du psychisme, sur les mécanismes de la mémoire, sur les systèmes de mémorisation. J'ai appris à constituer des dossiers solides, à fabriquer des fiches qui condensent l'essentiel sans le dénaturer. J'ai exploré tout ce qui touchait, de près ou de loin, au coaching mental : visualisation, ancrage, gestion de l'énergie, détermination d'objectifs. J'ai compulsé les ouvrages de psychologie cognitive, les méthodes d'apprentissage accéléré et la neurolinguistique qui naissait.
Il a fallu alors innover, adapter, créer un système sur mesure. Ce qui suit est le fruit de cette expérimentation : comment j'ai détourné des techniques de champions pour les faire servir à l'éducation, à la littérature et à la philosophie. C'est cette méthode, brute et sincère, que je souhaite partager aujourd'hui. »
Interview de Zabeth : L'Inattendu, Catalyseur d'une Nouvelle Aventure
Tout a commencé avec une proposition inattendue de la part des parents de Til : devenir la nanny disponible 24h/24 de leur fille. D'abord hésitante et nerveuse, j'ai pourtant perçu cette opportunité comme une occasion exceptionnelle — une chance unique de combiner accompagnement humain, quête de performance et défi intellectuel. Il ne manquait plus que le premier pas, malgré l'incertitude et l'ombre de l'inconnu qui planaient.
À 21 ans, portée par une confiance nouvelle et une conviction profonde, je savais que c'était le moment ou jamais. La seule véritable barrière était ma propre crainte : « Et si j'échouais ? » Pour la surmonter, j'ai adopté une démarche d'auto-coaching : « De quoi ai-je réellement peur ? » En acceptant l'éventualité de l'échec comme une étape nécessaire d'apprentissage, j'ai transformé cette peur en moteur de détermination. Quoi qu'il advienne, je comprenais que cette expérience serait une occasion de grandir, car la vie repose souvent sur des informations incomplètes : nous ne maîtrisons que le présent, nos choix et nos actions. Mon objectif n'était pas seulement la réussite, mais aussi la construction d'un parcours qui laisserait ma marque.
Un défi colossal : la mission et ses enjeux
Lors de notre première rencontre, les parents de Til m'ont exposé leur vision. Issus d'une famille aristocratique française, ils souhaitaient éduquer leur fille selon des valeurs strictes, en cultivant une éthique forte. Leur projet ? Faire de Til une polyglotte (anglais, espagnol, français), en la formant dans toutes ces langues, avec l'anglais comme langue maternelle. Leur ambition était de faire d'elle une jeune femme érudite, nourrie de littérature, de philosophie, de géopolitique et d'économie, tout en pratiquant la peinture ou la musique classique. La discipline devait être rigoureuse, constante et structurée.
Pour concrétiser cette vision, ils m'ont offert une rémunération exceptionnelle : une double formation, vivre à Paris avec un salaire mirabolant, un logement des plus confortables dans un quartier huppé, des vêtements de haute qualité, des voitures de fonction de prestige, des voyages, une carte bancaire sans limite, un accès privilégié à la culture, aux spectacles ainsi que bien d'autres privilèges qu'il serait trop long de lister.
Ainsi, cette proposition inattendue a marqué le début d'une aventure hors du commun. J'ai choisi d'écouter cette impulsion intérieure et de relever ce défi avec confiance, convaincue que cette expérience, riche en apprentissages, me permettrait de me dépasser et de donner un sens profond à cet engagement inédit.
La décision : un saut dans l'inconnu
Face à ce défi, je me suis sentie dépassée : mes compétences se limitaient alors à celles d'une étudiante qui gardait des enfants. J'ai pris le temps de réfléchir, refusant de répondre sous la pression de l'urgence. En définitive, j'ai décidé de me lancer, convaincue qu'il faut oser pour avancer. Ce n'a pas été une décision facile ni immédiate, mais elle a marqué le début d'une transformation profonde. J'ai décidé d'investir dans mon développement personnel, en me tournant vers le coaching et la maîtrise de la performance mentale — des méthodes éprouvées chez les athlètes de haut niveau, mais aussi capables de soutenir la croissance d'une enfant.
Ma métamorphose : se construire pour mieux accompagner
Je ne partais pas de zéro, mais j'avais besoin de renforcer ma confiance intérieure. J'ai lu des dizaines de livres sur la psychologie, la mentalité, l'apprentissage. J'ai compris que mon rôle exigeait un perfectionnement constant. Contrairement à Til, je ne possédais pas cette confiance innée pour « oser » : je l'ai cultivée. Le syndrome de l'imposteur m'a souvent freinée, mais j'ai persévéré — en osant, en réfléchissant, en apprenant et en m'entourant de mentors.
J'ai suivi des cours avec des spécialistes en philosophie, littérature et géopolitique, et j'ai eu recours à une amie pédopsychiatre. Mon rôle est devenu une quête d'apprentissage perpétuel, pour rester fidèle à la philosophie que je transmettais à Til : « Il faut oser pour réussir. Commence par l'appliquer à toi-même. »
Aujourd'hui, Til est une jeune femme accomplie, même si tout n'est pas parfait. J'ai appris une leçon essentielle : on ne peut pas tout contrôler. La résilience et la capacité d'adaptation sont clés pour avancer.
L'autonomie : la clé de l'éducation
Au fil du temps, notre relation a évolué. Plutôt que de tout lui imposer, je lui posais des questions : « Comment vois-tu les choses ? Que veux-tu faire ? Comment y parvenir ? » La vie est chaotique et imprévisible. La clé réside dans la capacité à se concentrer sur ce que l'on peut maîtriser, à accepter l'incertitude et à adopter une attitude proactive face à l'imprévu.
Une philosophie de vie : performance et acceptation
Grâce à une réflexion claire, Til évite la plupart des pièges liés à la perte de temps ou d'énergie. Je remarque que ceux qui réussissent parlent de performance et d'acceptation ; ceux qui échouent se considèrent comme victimes. Je suis convaincue que cette philosophie est saine : si l'on a tout donné, le reste suivra. La véritable force réside dans l'adaptation. Face à une tempête, il faut l'affronter. Un esprit calme et inspirant crée de nouvelles opportunités. La victimisation est une faiblesse. L'univers ne doit rien à personne : il faut s'ajuster, continuer, persévérer.
Le bilan : enseignements et richesses
Avec le recul, ce pari m'a apporté bien plus que ce que j'avais osé espérer. Ces années ont été une succession de moments lumineux, d'épreuves, de doutes, mais aussi de grandes réussites. À un moment donné, convaincue de ne pas être à ma place, j'ai même pensé à abandonner. Mais j'ai compris que succès et difficulté sont deux faces d'une même pièce : elles nous forgent une résilience et des acquis qui durent toute une vie.
De la transmission à l'accompagnement : une évolution profonde
L'évolution de ma mission a été radicale. Entre la petite fille que j'ai guidée et la jeune femme qu'elle est devenue, le cap est resté le même, mais la manière de naviguer a changé. La première étape a été une immersion totale : transmettre un socle de valeurs, de discipline, d'hygiène de vie et de méthodologie. Instaurer ces bases nécessitait une énergie constante, une présence ferme mais toujours bienveillante, dans tous les aspects — des leçons scolaires aux gestes quotidiens, y compris les imprévus, comme ces nuits où je partais à 3 heures du matin pour aller récupérer Til et sa copine Chloé après une soirée.
Le premier défi était de gagner la confiance inconditionnelle de Til. Je voulais lui offrir un cadre structurant sans lui imposer une vision du monde. La conviction que l'excellence passe par la discipline m'a guidée. En combinant mes connaissances, mes expériences naissantes et en m'appuyant sur mes rencontres, j'ai élaboré un système sur mesure, unique pour Til. Je n'ai jamais cru aux recettes miracles, seulement à la magie des alchimies personnelles.
Il est aussi important de souligner que Til possède des prédispositions remarquables, héritage d'un passé familial brillant. Mon rôle n'était pas de lui imposer un système, mais de lui faire comprendre que son talent n'est qu'un point de départ et qu'elle croisera sur son chemin des personnes encore plus douées qu'elle. C'est à elle de choisir la direction qu'elle souhaite suivre.
En résumé, cette expérience m'a appris que chaque parcours est une aventure unique, faite de défis, d'apprentissage et de résilience. Elle m'a montré l'importance d'oser, de se lancer avec confiance et de toujours garder en tête que la vraie réussite réside dans la capacité à s'adapter et à continuer d'avancer, malgré l'incertitude.
Conclusion
Si je partage aujourd'hui cette expérience, c'est parce qu'elle m'a appris des leçons universelles. Chaque action que vous entreprenez doit viser à vous améliorer. Nelson Mandela disait : « Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j'apprends. »
En cas d'échec, posez-vous les questions suivantes : avais-je une responsabilité dans cet échec ? Aurais-je pu faire différemment ?
- Si la réponse est oui, prenez le temps de réfléchir et mettez en place des actions correctives pour éviter que cette erreur ne se reproduise.
- Si la réponse est non, alors il est temps de « passer à autre chose » (move on).
C'est dans le calme que vous pourrez véritablement agir pour changer les choses.
Et si vous aspirez à atteindre ce que j'appelle « l'excellence », comme Til, sachez qu'il n'existe pas de recette miracle. C'est avant tout un état d'esprit, un mindset. En quelques mots, l'excellence consiste à avoir constamment envie de progresser. Regardez les grands champions : toute leur carrière, ils n'ont fait que progresser. Chaque événement, chaque situation, ils l'utilisent pour s'améliorer. Ils apprennent, ils cherchent des infos, ils font des fiches. Je crois que c'est ça, la vraie clé.
Posez-vous aussi la question : comment rééquilibrer les temps de travail et les temps de progression ? Et pour finir, qu'est-ce qui vous motive, qu'est-ce qui vous donne envie de vous surpasser ? Si vous arrivez à instiller cette envie de progresser, alors vous vous approchez de l'excellence.
À Bientôt,
Zabeth & Til.
