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  • Je suis née un 14 mars 2000, à New York, cette ville où les rêves se mêlent aux réalités. Franco-américaine, j’emporte en moi l’empreinte de deux cultures, comme une pièce de monnaie à facettes multiples.
    Mes parents, Mère 45 an, Père 54 ans, tous deux figures emblématiques de la haute finance new-yorkaise, tenaient des postes dont les intitulés résonnaient comme des échos dans les couloirs feutrés de Manhattan. Ils avaient planifié leur vie avec la précision d’un horloger, et puis une petite surprise est venue leur faire signe: moi, leur enfant, j’étais là pour tout bouleverser ce grand spectacle. (Hey! I’m here—did you really think I’d stay back there, little baby here !)

    Il était une fois une jeune femme nommée Élisabeth, alias Zabeth, (elle est trop belle) qui, à vingt et un ans, étudiait les langues étrangères avec une spécialisation en littérature et poésie françaises des XVIIIe et XIXe siècles — l’équivalent d’un Master 2 en France. Pour financer une partie de ses études et préparer sa bourse, elle faisait du babysitting; c’est ainsi qu’elle fit ma connaissance, à sept mois. Mes parents, témoins de ses qualités — honnêteté, sérénité et véritable intellect, — lui proposèrent un poste à plein temps comme nourrice (nanny), avec une double formation et un salaire avantageux, révélant ainsi leur sens du discernement.

    Élisabeth, affectueusement Zabeth, est une New-yorkaise dont l’éducation que j’ai reçue a été façonnée par le désir de mes parents: être immergée exclusivement dans l’anglais dès le plus jeune âge. L’anglais américain est devenu ma langue maternelle, mon souffle primal. Pourtant, mes parents voulaient aussi m’ouvrir à d’autres horizons: le français et l’espagnol ont trouvé leur place dans mon parcours. Aujourd’hui, je me considère trilingue, naviguant avec aisance entre ces trois langues, chacune étant une clé qui ouvre sur des cultures riches et variées. Chaque mot prononcé est une invitation à explorer la mosaïque de l’expérience humaine.

    Nous sommes revenus en France alors que je n’avais qu’un an, emmenant Zabeth avec nous dans cette traversée imprégnée d’espoirs et de promesses. La France est le pays de mes parents, mais elle demeure un héritage chargé de souvenirs et d’histoires d’une famille aristocratique. Elle est aussi un territoire d’ombre où je ne me sens pas tout à fait chez moi. Avec le temps, la double nationalité m'a fait me sentir chez moi à la fois à New York et à Paris.

    Zabeth m’a offert sa vie, un don inestimable dans le tumulte de ma jeunesse. J’ai eu une nanny extraordinaire — même si je ne l’appelle jamais ainsi — qui est devenue comme une seconde mère. Elle a su m’inculquer des valeurs intellectuelles et morales. J’ai vécu une enfance heureuse, pleine d’insouciance. Le seul point noir, l'absence de mes parents.

    Ah, l’enfance: ce laboratoire d’insouciance où tout semblait possible, parce que tout était encore sans nom. J’y ai été heureuse, certes, mais dans ce bonheur, je sentais déjà le tremblement discret de la liberté — ce que j’allais peu à peu comprendre.

    C’est dans ce parc public d’enfants, lieu de promesses et de regards qui se cherchent, que j’ai rencontré ma chèrie Chloé, tandis que Zabeth m’emmenait jouer comme on mène une révolution douce mais obstinée, pas à pas. J’ai tâtonné, essayant de nombreuses activités, souvent sans grand talent: la musique avec divers instruments où la note voulait jaillir mais restait muette, et où l’on répétait que « Tintamarre » n’était pas qu’un mot mais une promesse qui se dérobe.

    Le théâtre et la danse classique me faisaient croire que ma souplesse pouvait défier le monde, alors que mon désir réel restait ailleurs: être libre, même de ne pas aimer ce que l’on me demande d’aimer. Le dessin, avec Chloé, était autre chose. À la fin du cours, elle tournait mon dessin comme pour lire le regard et déformer le sens — puis, sur le mode ironique, disait: « C’est quoi… ? » comme si le sens mûrissait sous le poids du questionnement. On riait pour oublier que le sens n’était pas encore donné. La vengeance était peut-être savoureuse dans sa douceur-amère: « hum… hum hum… ah ??? Non… » Et moi, dans ce théâtre de regards, je relevais le menton, je regardais, et je me promis d’apprendre non pas à répondre, mais à questionner.

    Beaucoup de sports: autant de tentatives pour maîtriser le corps, la peur et le vertige. Zabeth m’emmenait partout, rappel vivant que la vie est relation et que l’identité se construit dans l’échange. J’aimais Irène, psy, avec ses deux sucettes — orange et citron — et son rituel d’innocence qui renaissait à chaque rencontre. Elle était là lors de notre pacs, puis de notre mariage et offrira, non pas à moi mais à toutes les deux, devinez quoi, deux belles sucettes pour chacune, une preuve que l’affection peut se donner sans calcul, et que l’on peut être présent sans être possédé par les rôles imposés par la société.

    Les vacances estivales apportaient une touche d’utopie: juillet aux États-Unis chez grand-maman, chez les tantes et l’oncle; un mois à Ramatuelle où Chloé venait ajouter de la couleur à un décor de criques et de jeux; et des cris d’enfants résonnant dans la piscine, comme si la joie pouvait éternellement se repeupler. En hiver, Megève et ses toits enneigés; Noël et Nouvel An; puis février et le ski à Gstaad, le freeride comme affirmation d’un corps capable de traverser les contraintes et les regards. Mes parents y avaient un refuge: un petit appartement; le monde semblait alors prêt à être habité sans condition.

    Rien d’exceptionnel peut-être. Rien non plus de traumatisant. Peut-être est-ce là la vérité simple: nos vies ne sont pas des catastrophes ni des miracles isolés, mais des mosaïques fragiles faites de gestes ordinaires qui, pris ensemble, disent quelque chose d’essentiel: nous ne sommes pas des provisions d’éternité, mais des êtres qui apprennent, hésitent, rient et aiment — avec la certitude que nos amis nous connaissent par cœur et nous aiment malgré tout.

    Aujourd’hui, nous sommes mariées et devenues suissesses. J’ai acquis notre logement à Lausanne, geste qui ne se résume pas à une possession, mais à une affirmation de notre liberté d’agir contre les cadres qui veulent nous prescrire une place. Ma chérie commence un nouvel emploi à Genève à la rentrée de septembre; moi, j’élève ma détermination vers la fin de mon doctorat de médecine. Mon rêve d’enfant demeure: devenir pédiatre. Ce n’est pas une simple vocation; c’est une décision existentielle: choisir, chaque jour, d’apporter ce que l’on peut au monde par l’attention et le soin, et ce, malgré les contraintes qui pèsent sur les femmes dans la société.

    Pour la suite, peut-être trouverez-vous ce que vous cherchez dans nos prochains articles, en toute simplicité.

    A Bientôt,
    Til