Depuis mon enfance, je n’ai jamais été une grande sportive. Je l’attribue en partie à mon handicap, cette petite gêne motrice dont on m’a toujours dit qu’elle était « classique » chez les autistes.
Ah, la cruauté de l’enfance ! Dès l’école primaire, les petits garnements n’ont pas tardé à m’ostraciser. Certains allaient même jusqu’à m’assaillir de coups, plus ou moins violents, comme s’ils cherchaient à tester leur pouvoir sur une créature fragile.
En 2007, ma mère, dans une tentative pour me rendre plus forte, a décidé de me faire initier aux arts martiaux. Pas pour que je devienne une ninja, mais pour que je puisse me défendre si le besoin s’en faisait sentir. Nous voilà donc parties, toutes les trois, à la découverte de différentes disciplines.
Nous avons commencé par l’aïkido. À l’époque, je portais pantalons ou shorts, mais là, un homme portait une grande jupe noire, pas très seyante ni pratique pour se battre. Un homme en jupe… (oui, c’est surprenant !) Je vous laisse imaginer ma grâce… Disons que cette discipline ne m’a pas séduite.
Ensuite, nous avons exploré le judo. Ah, le judo, cette danse de lutte et de roulades par terre ! Je me suis dit : « Si je dois passer mes journées à me relever, autant rester couchée, ce sera plus simple. » La perspective ne m’enchantait pas vraiment.
Puis vint le karaté. Tous les enfants étaient alignés, exécutant simultanément les mêmes gestes, accompagnés de cris. Moi, qui ai souvent la tête dans mon propre univers, si en plus, je dois lutter contre l’homme invisible… je me suis dit qu’à ce rythme, j’allais finir à l’asile, plus vite que prévu. Eh oui, forcément.
Mais la véritable révélation fut la boxe. La prof d’initiation, une femme énergique, m’a dit : « Change-toi, essaie, et ne reste pas spectatrice. Après, tu pourras décider si ça te plaît ou non. » Premier bon point pour elle ! Elle m’a rapidement expliqué que la protection était essentielle, que le but n’était pas de taper fort, mais juste de toucher l’autre avec finesse, en utilisant des feintes et des astuces. Et là, surprise : c’était amusant, vraiment amusant ! J’ai alors pris des cours de boxe, riant presque en découvrant un domaine où, finalement, je pouvais m’amuser tout en apprenant à me défendre.
Depuis toutes ces années, je pratique la boxe deux à trois fois par semaine dans une petite salle parisienne, un lieu où l’on peut enfin apprendre à esquiver et à donner des coups sans risquer de faire du mal à quelqu’un.
C’était ma thérapie, mon échappatoire, ma façon de canaliser mon énergie — surtout face à eux, ces petits prédateurs du collège qui pensaient qu’un regard de travers suffisait à me faire trembler. Eh bien, non ! Je leur montrais plutôt que je pouvais les faire taire, les faire fuir, non pas avec des sorts, mais parce que je savais me défendre.
À chaque combat, leur nez devenait ma cible, et un nez ensanglanté les faisait partir en courant, abandonnant tout comme des enfants capricieux.
La récompense ? Ah, elle était simple mais efficace : un voyage direct au bureau du directeur. Rien de glamour, mais assez pour leur faire comprendre que « différente » ne veut pas dire faible.
J’aurais aimé, comme Til, développer une théorie sophistiquée sur l’élasticité du nez ou la psychologie des prédateurs en short, mais à chaque fois, je restais muette, savourant ma victoire. Au fond, ce que je voulais, c’était leur faire comprendre qu’on ne joue pas avec moi, surtout après leur avoir montré que j’avais des poings capables de faire des miracles.
Les années ont passé, et mes techniques de défense sont devenues presque aussi affûtées qu’un rasoir. Jusqu’à il y a deux ans, où, avec Til, nous avons croisé la route de trois petits malfrats issus des quartiers difficiles, qui semblaient tout droit sortis d’un mauvais remake de film noir ou d’un sketch raté. Ils nous ont menacés avec un couteau, exigeant notre argent, nos bijoux et nos téléphones. Rien que ça ! J’aurais voulu vous décrire un combat épique digne d’Hollywood… mais non. La vérité, c’est que j’ai attendu que le premier malfrat soit à bonne distance, comme un chasseur patient, puis, d’un coup, j’ai décoché une droite à la vitesse de l’éclair — et pouf ! Le premier malfrat, KO, comme un sac de pommes de terre.
Je n’ai pas fait de pirouettes, ni d'esquives de kung-fu, ni même de salto arrière (surtout parce que je ne sais pas en faire). Non, j’ai simplement attendu, puis frappé. Et je peux vous assurer que c’était un chef-d’œuvre de simplicité. La morale ? Parfois, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures : un bon coup de poing bien placé, et tout est réglé. Même ma chérie a été impressionnée. Et moi, fier comme un paon, je me suis dit que la meilleure technique, c’était celle qui ne se voit pas venir — surtout quand on a la vitesse d’un éclair… ou d’un éclair de génie, selon. Les deux autres ont fui sous la menace de Til (bluff dangereux, mais efficace !) en nous traitant de « sales putes ». Vrais bad boys, non ?
Depuis mon installation à Lausanne, mon corps est devenu l’instrument d’un combat silencieux contre la passivité. Chaque matin, je démarre par un running que je boucle en entre cinquante et cinquante-deux minutes. (Oui je sais, c'est pas génial ! Merci !) Viennent ensuite vingt minutes de corde à sauter, véritable danse de la détermination, puis musculation et boxe, chaque mouvement étant une méditation sur la discipline et la volonté.
J’ai récemment embrassé la pratique des combats amateurs. Mon premier match fut un désastre : une défaite cuisante, un rappel brutal de ma faiblesse apparente. Mais après cette chute, je n’ai pas cédé au découragement. Til, comme à chaque fois, elle m’a encouragée, elle m'a portée et les quatre combats suivants, je les ai remportés, non sans effort, mais avec la conviction que l’effort forge le caractère.
Je me suis soumis à un entraînement rigoureux, presque professionnel, sous la direction d’un entraîneur renommé, dont la discipline m’incite à repousser mes limites. Je suis actuellement au plus haut de mon niveau, et ce seuil de performance n’est pas une fin en soi mais une étape qui nourrit ma volonté. Mon corps, peu à peu, devient le témoin de ma volonté, une entité à la fois fragile et déterminée, refusant de céder à la passivité. Dans cette lutte contre moi-même, je découvre peu à peu la force insoupçonnée de l’esprit, la nécessité de l’effort pour donner un sens à une vie qui, autrement, risquerait de sombrer dans la banalité.
A Bientôt,
Chlo.


