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  • dimanche 6 septembre 2026

    Journal de bord 06/09/2026 Luxe discret, ochlophobie, Tilomobile

    “ Le retour à la maison est le luxe discret du temps retrouvé.

    Nous voici de retour dans notre humble demeure. On pourrait prétendre que le retour à la maison est une chose anodine, mais en réalité, il possède ce charme discret qui confère à l’instant une douceur particulière.

    Il est évident que ces journées m’ont paru infiniment longues, que l’ennui s’est infiltré insidieusement, et que le désir de retrouver le travail, surtout en maternité, s’est fait ardent.

    Je plaisante ! Cette période de repos fut magique et demeure précieuse, la seule véritable occasion annuelle où je m’accorde le droit de ralentir, de me défaire des contraintes de la productivité, et de me laisser aller à la détente sans remords. Manger sans retenue, verser du vin avec déraison, allumer une cigarette de Chloé, et surtout, m’étendre dans un transat pour dévorer un livre.

    Quant au roman de Laurent Mauvignier, je ne l’ai pas choisi pour son Prix Goncourt 2025, mais pour son titre — cette année, nous avons emménagé et le chantier n’est pas achevé. Hélas, sept cent cinquante pages d’introspection prétendument proustienne m’ont laissée froide. Dense, étouffante, impossible à finir. Je ne le recommanderais pas, même pour allumer un barbecue.

    Chloé, elle aussi a été quelque peu déçue par nos vacances. Le départ tardif dans la saison a vidé la région de ses fêtards, de cette foule joyeuse et bruyante qu’elle affectionne tant. Elle ne partage pas cette peur de la foule, cette ochlophobie qui semble enserrer nos sociétés. Au contraire, elle recherche l’énergie collective, la vitalité dans le bruit, l’effervescence. La joie simple d’un moment partagé, de l’apéro qui s’étire, de la danse au cœur de la foule, où l’on devient presque invisible. Ces instants où le temps semble s’étendre à l’infini, où la vie paraît appartenir à chacun.


    Un court détour par Nice, pour aller saluer les grands-parents de Chloé. C’est encore un instant hors du temps, fort agréable, où nous sommes choyées et caressées par une douceur qui suspend le temps et rappelle la tendresse des choses simples. Chloé était aux anges de voir que notre véhicule faisait son effet; j’étais heureuse pour elle, même si je ne saisis pas l’importance de notre Tilomobile aux yeux de certains. Après tout, ce n’est que quatre roues et un moteur destiné à nous transporter d’un point A à un point B — et pourtant, la pensée se soumet à une réflexion plus large sur ce qui donne sens à nos déplacements et à nos appartenances.

    Les soirées que nous passions à Saint-Tropez n’étaient guère les plus marquantes qui nous aient été données de partager. Chloé souhaita nous entraîner sur Juan-les-Pins, et nous partîmes donc, même si, pour ma part, j’emportais une petite valise afin de passer deux jours loin de tout alcool au volant. Je ne conduis pas lorsque je bois, même d’un seul verre.

    Nous trouvâmes, en plein milieu de la saison, une chambre à l’hôtel Lou Juan. Rien d’exceptionnel à première vue: un établissement classé trois étoiles. Pourtant, son emplacement – en plein centre de Juan-les-Pins – en faisait un atout précieux. Pour la joie de ma compagne, nous arrivâmes avec notre voiture; sa fierté était d’autant plus grande qu’elle porte sa plaque d’immatriculation suisse. Elle ne tarda pas à exhiber son passeport helvète à la réception, ce que j’observai avec un sourire, sans le montrer à qui que ce fût.

    Nous fûmes agréablement surpris: le personnel était aimable et désireux de nous satisfaire. La chambre était lumineuse et propre, et le lit, bien que sur le point d’être peu sollicité – Chloé venait ici pour faire la fête et veiller tard – offrait l’espace nécessaire pour se reposer et pour que je puisse évacuer l’alcoolémie éventuelle. Tant que le taux d’alcool dans le sang resterait positif, je m’engagerais à ne pas prendre le volant.

    Nous déjeunâmes ensuite à l’Epi Beach, avec une réservation prise la veille, endroit où Zabeth et moi avions déjà eu l’occasion de nous rendre autrefois, bien que je me fusse alors souvenu de rien de ce lieu, peut-être n'avais-je pas plus de dix ans. Selon les souvenirs de Zabeth, ce restaurant fut une catastrophe. Chloé, au départ, souhaitait un poisson; je la dissuadai, estimant que pour s’amuser, mieux valait prendre des risques mesurés. Elle choisit alors une entrecôte maturée, qui, selon elle, avait pris de l’âge et peinait à être convaincante. Quant à moi, je me laissai tenter par mon plat fétiche: un « filet de bœuf Rossini ». Hélas, ce n’était ni tournedos ni foie gras parfaitement maîtrisé, et l’ensemble me sembla manquer de netteté, ni plus ni moins qu’un décevant écart du goût attendu.

    Le serveur, tantôt burlesque, tantôt maladroit, évoquait un mélange de Charlot et de François Pignon; et s’il faut reconnaître un certain talent à Charlie Chaplin ou à Pierre Richard, nul doute que ce serveur en manquait cruellement. Au final, une cuisine plus que médiocre, un service déplorable et, pour couronner le tout, une tarification qui relevait de l’exagération. À ce stade, ce n’était plus une addition mais une multiplication.

    Nous ne reviendrons pas dans cet établissement tant que la même direction et le même chef seront en place; nous ne pouvons accepter que l’on nomme cela une cuisine digne de ce nom.

    Nous avons suivi, pour notre soirée, les conseils d’une serveuse du Tam Tam; le tumulte était trop bruyant pour moi, mais la glace était bonne — elle m’a soufflé en coulisses l’endroit appelé Siesta Beach Club. Nous avons pris le taxi, et je me permets d’énoncer que parler de ce lieu m’échappe, tant l’esprit de ce club n’est pas ma tasse de thé. On pourrait croire que sur la Côte d'Azur, les restaurateurs rivalisent pour offrir les plats les plus médiocres et les services les plus détestables; et je me demande si l’Epi Beach ne se situe pas, ne serait-ce qu’un gramme au-dessous — mais ce doute demeure incertain, tant mes perceptions savent se dérober. Pourtant, j’emportais ma patience, convaincue d’être venue pour lâcher prise et danser avec ma chérie. Chloé accueillit l’atmosphère immédiatement, cette ambiance amicale où le DJ traverse un répertoire hétéroclite, même si la foule, qui devrait être là, n’était pas vraiment au rendez-vous. Elle souhaitait danser jusqu’au bout de la nuit; nous avons toutefois, vers deux heures du matin, préféré nous retirer à l’hôtel pour une partie de scrabble.Le lendemain, après une douche rapide et coquine, nous avons déjeuné d'une salade. Nous nous sommes promenées main dans la main pendant une petite heure, avons bu un café, et un alcootest m'a indiqué que j'étais apte à prendre le volant. Deux heures de route nous séparaient de la demeure campagnarde de mes parents, à Ramatuelle.

    Bilan: ce n’est pas un fiasco, mais ce n’est guère génial. Il serait peut-être bon que certains restaurateurs se remettent en cause; peut-être manquent-ils un peu d’implication dans le sens de la clientèle. Nous sommes restées chez mes parents pour la fin des vacances, où la nourriture était excellente, avec des vins qui tenaient de l'exception et une piscine agréable. Il y a quand même plus malheureuses.

    Des jours où l’on souhaiterait un peu plus de bonheur. Le prochain article sera moins guilleret : le travail nous rattrape. Mais au moins, à la maison, c’est nous qui choisissons quand allumer les flashs, enfin pas toujours...

    Bonne rentrée à vous tous,

    A Bientôt,
    Til Chlo.

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