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  • Maman de Clotilde

    Paris, Ramatuelle, Suisse : un chemin de fierté.
    Il est aujourd'hui de coutume d'ajouter un petit mot sur le blog pour les femmes de la famille, alors me voici. Je ne vais pas vous imposer un portrait de moi, mais je vous offre l'une de mes photos favorites de Clotilde et Élisabeth à notre maison secondaire de Ramatuelle. Photo de Caroline.

    Je vais parler de Clotilde, d'Élisabeth et de Chloé — nos trois grâces (mon orthographe est-elle correcte ?)

    Mon mari et moi avions convenu de privilégier nos carrières respectives. Tout mener de front nous semblait une tâche impossible. Cependant, à l'annonce de la venue de Clotilde, le dilemme enfant-carrière s'est imposé avec plus d'acuité. Fidèles à nos valeurs et à l'éducation que nous avons reçue, nous avons choisi de garder cet enfant.

    Un petit passage qui, je l'espère, parlera à ma fille. Nous avons nommé Clotilde, sans le « h », en clin d'œil à Marie-Clotilde de France (1759–1802), sœur de Louis XVI, reine de Sardaigne. Le Château de Versailles l'évoque aussi sous le nom de « Madame Clotilde ».

    Clotilde était encore tout bébé, pas même sevrée, lorsque nous avons eu recours à diverses babysitters pour nos soirées professionnelles ou nos cocktails. Trois ou quatre personnes se sont succédé avant qu'Élisabeth n'entre dans nos vies.

    Élisabeth était une jeune femme qui avait une très bonne hygiène, une conscience aiguë du devoir et un sens moral profond. Au profil neutre — pas de tatouages, pas de style gothique (pourtant très à la mode à cette période aux États-Unis) — elle était brillante. Calme, réservée, mais pas trop, posée et responsable, c'était une pure intellectuelle, dotée d'une très bonne culture générale et d'une grande curiosité d'esprit. Elle avait deux années d'avance dans ses études de lettres et parlait un français fort correct, avec un petit accent dont notre fille a hérité.

    Mais ce qui m'a le plus séduite chez elle, c'était la manière dont elle prenait Clotilde dans ses bras, en lui parlant d'une voix douce et naturelle. Comme si cette osmose entre ma fille encore bébé et elle était déjà là, préexistante.

    Mon mari et moi avons longuement discuté de l'idée de lui proposer de nous accompagner à Paris. Nous devions revenir en France puisque je prenais la direction d'un « fonds European large caps ». Mon mari, lui, restant « Global Head of Equities — J.P. Morgan Asset Management, New York/Londres », nous savions qu'il ne serait plus souvent à New York, Londres, Zurich, Francfort, Singapour qu'à Paris. Je restais persuadée qu'Élisabeth serait idéale pour notre famille mais qu'elle refuserait gentiment notre proposition, tandis que mon mari, plus sûr de lui, a fait une confidence audacieuse : l'idée d'un double parcours de formation, associé à un salaire nettement supérieur à ce que prévoient les grilles tarifaires de ses pairs. Nous avions dressé pour elle un cahier des charges quasi inatteignable. Pourtant, elle a offert à Clotilde dix fois ce que nous avions demandé. Au fil du temps, Élisabeth est devenue une figure à part entière de la famille.

    Comme je vous le disais, mon mari et moi avons privilégié nos carrières. Nous avons la chance d'être suffisamment aisés pour nous permettre ce mode de vie. Nous avons donc choisi d'employer Élisabeth à plein temps avec un budget illimité pour notre fille.

    Élisabeth nous présenta Chloé, en insistant sur l'importance d'offrir à Clotilde un espace et des jeux d'enfants adaptés à son âge.

    Nous fûmes présentés à Chloé ; Élisabeth avait souhaité obtenir notre accord préalable afin que notre fille fréquente Chloé. Elle aussi devint un membre à part entière de la famille. Élisabeth reprenait parfois Chloé lorsque celle-ci prononçait un mot déplacé ou se conduisait mal, même si elle était nettement plus laxiste avec Chloé qu'avec Clotilde.

    Il est fréquent que l'on me demande si je suis jalouse d'Élisabeth, ou de l'amour que Clotilde lui porte. Non. Tout ce qu'Élisabeth a entrepris avec et pour notre fille s'est fait dans la justesse. Il est naturel que Clotilde la voie comme une mère d'adoption, comme elle l'explique si finement sur la page portrait de Zabeth, mais agréable de savoir qu'Élisabeth a toujours refusé de porter ce titre.

    Ce qui me serre le cœur, c'est la mauvaise interprétation que Clotilde a entretenue de notre amour pour elle tout au long de son enfance, vécue sous ce poids toutes ces années. Il faut dire que mon mari et moi étions à l'étranger la majeure partie du temps.

    Tout indiquait qu'elle ne nous connaissait pas vraiment. Nous ne nous fréquentions que lors de ses vacances, en hiver ou en été, et quelques rares semaines à Paris. En tant que parents, nous aurions préféré qu'elle suive, comme nous, le chemin de la haute finance. Son choix s'est porté sur la médecine, plus précisément la pédiatrie. Nous avons tenté de la dissuader ; mais quand nous avons compris que sa décision était irrévocable, notre agacement s'est dissipé. La page s'est tournée et aujourd'hui, nous l'encourageons de tout notre cœur.

    Nous sommes particulièrement fiers de notre fille, de ses résultats, qu'ils soient scolaires ou extra-scolaires. Dès l'enfance, Clotilde a su trouver son propre équilibre. Elle a cette élégance naturelle qui lui est propre, cette façon d'être digne sans jamais être hautaine. Elle a ce port de tête qui n'appartient pas à l'arrogance mais au respect de soi. Ses cheveux, toujours coiffés avec soin, encadrent un visage qui ne connaît pas la dissimulation. Dans ses yeux se lit une âme pure, nourrie de lectures, de dévouement et du sens du devoir.

    Elle ne cherche jamais à attirer les regards par des excentricités ; sa garde-robe, discrète et bien coupée, témoigne d'un goût sûr pour l'essentiel et le durable. Ce qui me remplit de fierté, c'est sa façon d'être, cette réserve naturelle qui impose le respect sans jamais manquer de chaleur.

    Pour mon mari et moi, elle est la promesse que les valeurs qui nous sont chères continueront de vivre à travers elle. Elle est une jeune femme ancrée, solide, qui sait d'où elle vient et qui portera, j'en suis sûre, cet héritage avec la même belle constance.

    Je vais contredire Clotilde : ses sélections en équipe de France d'escrime ne sont pas anodines. Elles témoignent de son travail, de sa persévérance, de sa discipline et de sa capacité à aller au bout de ce qu'elle entreprend.

    Mais notre fierté n'était pas seulement là. Elle était aussi, et peut-être surtout, dans qui elle était et dans la jeune femme qu'elle devenait. Chaque moment passé à Ramatuelle nous permettait de la voir grandir, évoluer, s'affirmer, avec déjà tant de belles manières et de belles qualités humaines. Élisabeth n'était jamais bien loin, prête à venir en aide à son petit poussin ou, lorsque cela était nécessaire, à remettre sur la bonne voie son petit poussin après un petit dérapage.

    Puis Clotilde est devenue grande. Et, avec le temps, nous avons découvert une jeune femme autonome, responsable et profondément attachée à ses valeurs. À aucun moment nous n'aurions imaginé que nos deux filles deviendraient le couple que vous connaissez aujourd'hui sur le blog. Et, là encore, Clotilde n'est pour nous que source de satisfaction et de fierté.

    Elle a appris à gérer son patrimoine sans jamais le considérer comme un dû ou comme quelque chose d'acquis. Elle sait mesurer la chance qui est la sienne et, surtout, elle cherche à utiliser ses privilèges de manière constructive. Elle a développé et conservé des valeurs qui nous sont chères : le respect, l'honnêteté, la générosité, la loyauté et le sens des responsabilités. Elle tient ses engagements, assume ses choix et sait avancer avec constance.

    Aujourd'hui, en Suisse, elle mène une vie équilibrée. Elle entretient des relations solides, construit son quotidien avec sérénité et fait prospérer son couple. Ce qui nous touche particulièrement, c'est de la voir construire sa propre vie sans jamais renier ce qui lui a été transmis.

    Certes, elle n'a pas besoin de travailler pour assurer sa sécurité financière. Grâce aux héritages familiaux, elle bénéficie d'un patrimoine qui travaille en partie à sa place et qui lui garantit déjà une indépendance durable. Mais précisément pour cette raison, nous trouvons d'autant plus significatif le choix qu'elle fait de s'investir dans une profession aussi exigeante que la médecine.

    Elle aurait pu choisir une vie plus facile, consacrée davantage aux loisirs ou à la gestion de ses intérêts personnels. Elle a choisi l'inverse : de longues années d'études, des responsabilités importantes, des journées parfois difficiles, la nécessité de se former en permanence et de rester au fait des avancées scientifiques et technologiques. Son choix ne repose donc pas sur la nécessité de gagner sa vie, mais sur le désir d'être utile, d'aider les autres, sa passion pour la science et son attrait pour un métier à la fois stimulant et gratifiant.

    C'est aussi cela que nous admirons chez elle : avoir la liberté de choisir et, malgré tout, choisir l'engagement, l'effort et la responsabilité.

    Et puis il y a son couple. Nous n'aurions jamais imaginé, lorsque nos deux filles étaient plus jeunes, qu'elles construiraient ensemble la relation que vous connaissez aujourd'hui. Les voir évoluer côte à côte, s'épauler, construire leur vie et trouver leur équilibre est sans doute l'une des plus belles surprises que la vie nous ait réservées.

    Au fond, notre fierté ne vient pas seulement de ce que Clotilde a accompli, mais de la femme qu'elle est devenue. Clotilde incarne l'essentiel de ce que nous avons voulu transmettre : une élégance naturelle et une droiture qui se lisent dans chacun de ses gestes. Une femme libre, responsable, généreuse, engagée et consciente de la chance qui est la sienne. Et, comme parents, c'est probablement ce que nous pouvions espérer de plus beau.

    Apolline de La Vaissière.