“Ce qui nous précède peut façonner notre être, mais c’est l’action partagée qui écrit notre vraie liberté. ”
Or je ne suis ni pédopsychiatre ni pédopsychologue, et de plus, il me faudra solliciter des autorisations pour pouvoir l’approcher régulièrement. Déjà, avant même que j'aie agi, à l'hôpital ; deux camps se forment autour de moi : celles et ceux qui soutiennent mon intervention et celles et ceux qui la contestent, comme si j'avais choisi cette situation ; chacun brandissant des raisons qui sonnent parfois comme des identités plus que comme des nécessités thérapeutiques. Dans mon rêve naïf – non pas une illusion, mais une conviction que j’ai appris à remettre en cause –, j’imaginais que l’enjeu fondamental était de sauver cette enfant ; mais les regards de certains semblent indiquer que l’égo et les intérêts institutionnels peuvent l’emporter sur le réel besoin de soin. Bien triste monde !
Je me pose des questions qui résonnent comme des appels à ma responsabilité féminine autant qu’à ma pratique : pourquoi moi ? Que signifie ce choix, tant consciemment qu’inconsciemment ? Nos entretiens pourraient-ils, dans la subjectivité mouvante de la relation, engendrer des débordements transférentiels qui m’échappent en tant qu’analyste et témoin ? Même si mes compétences ne suffisent pas à les contenir sans guide, je suis tenue par l’exigence de comprendre afin d’aider au mieux. Comment interpréter nos échanges pour orienter Anna vers une thérapie adaptée, sans réduire sa singularité à une simple mécanique de protocole ? La relation de confiance que je vais chercher à bâtir est centrale ; et il demeure incertain, jusqu’au dernier moment, si je saurai la conduire vers une professionnelle capable de proposer un chemin véritablement thérapeutique, qui respecte sa dignité et sa fragilité, tout en éclairant la voie collective qui entoure son soin.
Depuis mon enfance, Irène, psychiatre attentive, me suit comme une ombre patiente, témoin des premiers signaux du syndrome de l’imposture (me sentir illégitime dans mon rôle malgré des compétences reconnues, avoir peur d’être « découverte », attribuer mes réussites à la chance, etc.) et de l’atélophobie qui me dérobent le pas. (L'atélophobie est la peur de l'imperfection ou des choses qui vont mal ainsi que la peur de l'échec.)
On me répète, avec une douceur qui masque mal l’exigence, que je suis davantage que mes peurs ; et pourtant, tant dans la sphère professionnelle que dans l’existence tout entière, je me porte comme une fièvre de performance, prête à oublier le sens même de la vie pour atteindre des normes si élevées qu’elles menacent de dissoudre ma liberté. Chloé, avec son goût d'artiste et sa différence, m’entraîne dans son monde parallèle où je peux apaiser mes ardeurs, y puisant le calme nécessaire pour réapprendre ce que signifie être pleinement moi-même — libre, vivante, et capable de choisir.
Revenons à des choses plus légères :
Les filles du club me questionnent sur l’éventualité d’une opération humanitaire pour cette année. Or, mes possibilités sont trop restreintes : il nous reste encore notre installation obligatoire avant la fin de l’année, dans notre bel appartement. J’ai appris que je serai de garde entre le 24 et le 25 décembre, une garde de vingt-quatre heures qui scellera nos jours de fête.
Ainsi, nous ne pourrons pas être réunies avec ma famille pour Noël. Je dois l’avouer : je ne sais pas encore comment se dérouleront les vacances pour Chloé. Je ne veux pas qu’elle reste seule ; et ce souci, qui ne me quitte pas, m’oblige à reconnaître encore une fois ma fragilité et ma responsabilité. Encore un trouble pour moi — car être femme, ici comme ailleurs, c’est apprendre à porter l’inaction sous le poids de l’obligation, et à chercher, malgré tout, une signification qui ne vienne ni de l’instance domestique ni du regard des autres.
Je serai en vacances du 26 décembre au 1ᵉʳ janvier 2026 inclus. Mes parents proposent que nous nous réunissions autour de mes grands-parents à Hossegor ; une telle réunion n’est pas seulement un déplacement, mais une constatation du lien qui nous fonde. Cette excursion commune devrait ensuite nous conduire à Nice, chez les grands-parents de Chloé, et ses parents accepteront aussi d’effectuer le voyage. Embrasser nos aïeux et nos parents respectifs, en ce passage vers la nouvelle année, apparaît comme une obligation affective autant que comme une joie ; c’est la reconnaissance tacite que notre liberté se mesure aussi au regard et au cœur des autres. Voilà, posé, le programme de cette fin d’année 2025 : un acte collectif qui prétend donner du sens à nos jours et tracer, malgré les contingences, une éthique du partage et du souvenir.

Hello,
RépondreSupprimerFélicitations à Chloé pour cet aboutissement tant attendu ! Les sentiments doivent se mélanger entre satisfaction, soulagement et fierté.
Si je dois donner mon avis de professionnel de rien du tout, j'ai été surpris d'apprendre qu'Anna arrivait à poursuivre une vie "classique" avec des comportements portant atteinte à sa santé. Elle te fais confiance donc j'espère que votre nouvelle rencontre sera constructive.
Mais fais attention à ta santé psychologique et à ta santé tout court.
Tu es interne en pédiatrie donc tu vas sortir de ton rôle.
Est-ce que tu ne serais pas jusqu'au boutiste ?
La culpabilité est un sentiment qui peut être sournois et qu'il faut apprendre à maitriser avec le temps. Moi même, il m'a souvent joué des tours étant beaucoup trop réceptif à celui-ci. Heureusement, la maturité aide à l'apprivoiser.
Ca n'a rien à voir mais je garde en tête le livre de Stefan Sweig, "La pitié dangereuse" qui m'a aidé à y voir plus clair concernant mes sentiments à travers les leçons qui en découlent.
Les choses avancent, l'appartement, le travail, le retour de Chloé, Noel, ce sont plusieurs bonnes nouvelles !
Bon mois de Décembre à tout le monde !
Ciaociao
Coucou Arnaud,
SupprimerJe suis ravie de te retrouver et d’apprendre que ton opération s’est déroulée dans de bonnes conditions. Bien que je n’aie jamais douté que ce serait le cas, j’ai tout de même ressenti le besoin de m’agenouiller dans le temple pour y déposer une humble prière. Cela ne peut faire de mal, et j’avoue avoir craint que le Seigneur ne me reconnaisse plus, tant mes absences récentes aux offices ont été nombreuses — même si je formule chaque jour une petite invocation dans mon cœur. En cela, Chloé a tenu à m’accompagner, ce qui m’a beaucoup touchée.
Chloé te remercie pour toutes tes gentillesses.
Concernant Anna, il me semble que lors de leur première venue aux urgences, ce fut la découverte du problème par ses parents. Si l’institutrice ne s’en était pas aperçue, c’est probablement que le souci est récent.
Tu as parfaitement compris la situation. Irène perçoit aussi ma faiblesse et ma fatigue. Je dois absorber un maximum d’informations en peu de temps, tout en gérant la situation et en préservant mon propre équilibre. Je réalise que, si le dénouement se révèle positif, tout ira pour le mieux ; mais si le pire venait à arriver, je crains que cette épreuve laisse une marque indélébile dans ma mémoire. Je lutte également contre cette fatigue mentale qui menace de m’accabler. Je sens que je touche à mes limites, et il est crucial d’agir avec précaution.
Ma priorité immédiate sera d’organiser rapidement une consultation avec une véritable pédopsychiatre. Il est essentiel que je prenne le temps qu’il faut, que je ne précipite rien, et que je fasse preuve de tact dans cette démarche. Je souhaite qu’Anna soit la décideur, car cela pourrait grandement favoriser la thérapie.
Je viens également de commander le livre de Stefan Zweig, La Pitié Dangereuse — merci pour ton aide précieuse. Ta présence à mes côtés m’apporte du réconfort et du courage.
Je te souhaite une excellente semaine, et bon début des fêtes. Bises.
Merci Til, ton geste m'a fait particulièrement plaisir. Au vu de ton éthique et de tes qualités humaines, je pense que ces absences n'auront aucune conséquence.
SupprimerLa semaine dernière, j'ai fait un petit tour à l'église de manière improvisée. C'est rare mais j'en ai ressenti l'envie sur le moment.
Je ne suis pas pratiquant mais j'aime ressentir l'apaisement de ces lieux chargés d'histoire qui rendent microscopiques les futilités de la vie quotidienne.
J'espère que "La Pitié dangereuse" te parlera mais je n'ai pas trop de doutes. C'est un de mes romans favoris.
J'ai prévu de lire le livre consacré à Mandela dont tu avais parlé, très prochainement. Il me tarde.
Bonne lecture et bon week-end (sans garde, ouf !) au programme alléchant.
Bises
Hello Til’ & Chlo,
RépondreSupprimerQuelle joie de voir Chloé revenir dans votre cocon de vie, et de la féliciter pour ce bijou offert à son client Lorenz, éclat de talent et de grâce. J’avais oublié, Til’, que tu étais native de Mars ; ce mois résonne pour moi d’une intensité particulière, car ma sœur, enceinte, attend la naissance de sa fille en ce même mois.
Quant à Décembre, il est pour nous aussi, un mois de fêtes et de lumière : l’anniversaire de ma sœur Somaly le 2, celui de mon fils Léon le 3, puis celui de mon autre sœur Kolthida le 14, avant que ne s’ouvrent les portes de Noël et de la Saint‑Sylvestre. Pour vous aussi, ce mois sera magique, puisque vous aurez enfin à disposition votre appartement : je me réjouis sincèrement de cette étape qui portera en elle la promesse d’un nouveau chapitre.
Anna, si elle se confie à toi, c’est qu’elle t’accorde une confiance absolue et qu’elle reconnaît en toi une gratitude profonde pour ta vocation. Je sais que ce n’est pas toujours aisé, mais tu dois continuer à exceller par tes qualités et ton talent. Quant aux divisions du « pour » et du « contre », je les trouve indignes : une équipe est une équipe, et dans le médical, l’empathie et la compréhension devraient être des vertus cardinales. Ne laisse jamais entrer en toi des pensées parasites : garde ta fièvre de performance, car c’est ainsi que je t’admire et que je t’aime dans ton rôle.
Avec les qualités de Chloé, vous êtes parfaitement complémentaires. Et quelle joie de savoir que tu seras à Hossegor pour la fin de l’année ! C’est un lieu que j’aime profondément et que je connais bien. Je suis également heureux de voir combien tes liens avec tes grands‑parents sont solides et lumineux. Un conseil : passe ta Saint‑Sylvestre avec Clo, car ces instants partagés sont des trésors.
Merci d’avoir partagé le lien de mon blog ; j’espère que la communauté pourra y découvrir mes poèmes, un fragment de mon âme, et que nous pourrons échanger dans cette fraternité des mots.
Je vous embrasse avec Amour Til' & Clo.
Léon & Sophana.
Coucou Sophana et Léon.
SupprimerCertes, chacun, en son for intérieur, porte en lui des souvenirs précieux, des instants privilégiés qui tissent inlassablement le fil de notre existence. Parmi ces moments, ceux que tu partages avec ton fils demeurent les plus précieux, les plus authentiques—véritables joyaux à préserver dans la mémoire de nos vies.
Quant à la petite Anna, la situation se révèle plus complexe qu’il n’y paraît. D’abord, j’ai entrepris la lecture de nombreux ouvrages consacrés à la mort et à l’enfant, bien que, jusqu’à cet incident, la réflexion sur ces sujets ne m’eût guère effleurée. Jamais je ne m’étais confrontée à cette question, et je dois confesser que je ne disposais d’aucune donnée précise ou claire. J’ai donc dû, à contrecœur, suspendre le rythme de mon travail de thèse pour m’instruire davantage, afin de mieux comprendre cette réalité difficile.
Il m’incombe maintenant de combler cette lacune avec rapidité, afin d’être à la hauteur de mon rôle, pour aider Anna selon mes moyens. Heureusement, Irène m’apporte une aide précieuse, mais j’éprouve le besoin que cette compréhension s’ancre solidement en moi, pour pouvoir lui offrir le soutien dont elle a cruellement besoin.
Je voudrais pouvoir te dire que cette enfant m’a choisie parce que je suis la plus belle ou la plus intelligente—j’y ajouterais volontiers la plus modeste aussi, tant qu’à faire. Mais la vérité est tout autre. L’affectivité chez l’enfant ne se fonde pas sur la rationalité, mais plutôt sur les émotions et les sentiments. Rien chez eux n’est véritablement rationnel, même si une certaine logique peut parfois se deviner. Il se peut qu'elle m'ait choisie simplement parce que je portais un pull de sa couleur préférée, ou parce que mes cheveux lui rappellent quelque chose qui lui plaît. Cela montre à quel point des éléments apparemment dérisoires peuvent tisser un lien. La tentative de comprendre un enfant qui tente de se suicider ne doit pas faire confondre cette impulsion avec un désir de mourir. La conception qu’un enfant a de la mort diffère profondément de celle de l’adulte. Ce qui motive ces gestes est souvent une pulsion soudaine, une réaction à une émotion insupportable, une auto-agression face à une souffrance immédiate. Il ne faut pas y voir une volonté de mourir, mais plutôt une réponse instinctive à une détresse qu’il ne peut exprimer autrement.Pour l’instant, nos rencontres prennent surtout la forme d’un échange affectif. La petite Anna me réclame parfois la présence de Monsieur Teddy (l'ours en peluche de mon cabinet). Je ne peux en dire davantage, mais cette situation pèse lourdement sur mon cœur. La guerre fratricide qui sévit au sein du service n’arrange en rien cette ambiance déjà fragile. Tout cela constitue un fardeau, une charge que je ressens intensément. Cela montre à quel point des éléments apparemment dérisoires peuvent tisser un lien. La tentative de comprendre un enfant qui tente de se suicider ne doit pas faire confondre cette impulsion avec un désir de mourir. La conception qu’un enfant a de la mort diffère profondément de celle de l’adulte.
Quant à nos projets avec Chloé pour la fin d’année, partir à Hossegor, puis à Nice, nous remplit de joie, même si cela n’allégera pas pour autant la charge de mon emploi du temps, déjà si chargé.Il n’y a pas lieu de nous remercier : c’est avec plaisir que je partage le lien de ton blog. Tu y es un membre actif, et j’espère que ton espace t’apportera autant de bonheur que celui que Chloé et moi-même y trouvons dans le nôtre.
Bonne semaine, et bon début des fêtes à tous les deux. Bises
Bonjour mesdames.
RépondreSupprimerJe lis ce texte comme une plongée dans la vérité fragile de l’être. Til, avec sa plume claire, ne cherche pas à dissimuler ses doutes ni ses blessures. Elle raconte, simplement, l’effort quotidien d’aimer, de comprendre et de porter la douleur dans un monde où l’action est souvent troublée par l’égo et l’intérêt. Sa lucidité face à sa propre faiblesse, face à l’impossibilité d’agir comme elle le souhaiterait, témoigne d’un courage sincère. Quant à Chloé, son art, cette création qui émerge de la matière, devient une façon de saisir l’éphémère, de donner un sens à ce qui n’en a pas forcément. Chaque semaine, c’est un délice de venir lire leurs aventures sur ce blog, comme une halte nécessaire dans le tumulte de nos vies. Leur sincérité et leur sensibilité illuminent la banalité quotidienne, nous rappelant que la liberté n’est pas une conquête, mais une quête, qu’elle se trouve dans l’acceptation de nos limites et dans la volonté de continuer. La vie, même dans ses ombres, reste une aventure à laquelle il faut s’accrocher, sans illusion, avec humilité. J’ai hâte de découvrir ce que la prochaine semaine nous réservera, et je me réjouis déjà à l’idée de lire leur nouvel article. Rodolphe.
Coucou Rodolphe,
SupprimerPermettez-moi de vous dire à quel point je suis chaque fois admirative de la qualité de vos commentaires. Votre sensibilité et votre lucidité illuminent chaque mot, apportant une profondeur rare qui invite à la réflexion.
Je vous remercie pour votre lecture attentive et votre partage sincère. Vos pensées, telles que vous les exprimez, sont un véritable écho à l’esprit qui anime ce blog. J’attends avec impatience la suite de vos observations, tout en vous souhaitant une semaine empreinte de sérénité et de contemplation. Bises
Chaque semaine, c’est un plaisir renouvelé de découvrir votre histoire sur le blog. Chloé, dans ses créations, capture l’éphémère avec douceur, tandis que Til, par ses mots, éclaire les replis du cœur. J’attends avec curiosité la suite, impatiente de lire leur prochain épisode. Delphine B.
RépondreSupprimerCoucou Delphine.
RépondreSupprimerLa tendresse de vos propos m'émeut profondément. Je vous remercie sincèrement et vous souhaite une excellente semaine. Bises