“Entre hésitation et fulgurance, l’art jaillit quand deux vies se choisissent et s’élèvent ensemble.”
Chloé et moi, nous vous convions à découvrir les images de notre dernière Tilomobile en règle, puisque nous sortons du garage où l'on vient de nous fixer les plaques d'immatriculation.
L’ acquisition de notre Tilomobile : J’ai mon permis de conduire, Chloé non. Aujourd’hui, cette machine est un horizon de bonheur pour nous — et je suis prête à l’énoncer : elle m’emplit d’une joie qui, certes, demeure teintée d’une certaine gêne, mes goûts étant plus austères que ceux de Chloé. Chloé, elle, fut séduite dès l’entrée chez le concessionnaire ; elle affirme qu’il nous serait désormais impensable de nous passer de ce véhicule, désormais que nous en avons été présentées. J’ai dû, comme on dira, « me battre » pour obtenir que notre véhicule soit blanc et non rouge — autant dire, pour que l’intention demeure, dans l’objet, fidèle à ce que nous sommes ensemble.
À peine avons-nous reçu notre bien que Chloé souhaitât en personnaliser l’habitacle. Je ne suis pas une adepte des ornements pendus aux rétroviseurs. Pourtant, pendant des mois, Chloé a œuvré, de ses mains, à fabriquer un talisman qui, suspendu au rétroviseur, rappelle que tout couple advient par échange et par amour. J’avoue, à contrecœur, que cette idée originelle ne m’enthousiasmait guère, la réalisation – comme tout ce qui porte l’empreinte de ma chérie – révèle une puissance créatrice et une justesse qui me désarment et me font craquer. Je vous laisse apprécier sur la photo où vous distinguerez mieux notre talisman dans notre Tilomobile.
Notre quotidien :
Sur le versant du travail, rien de saillant ne vient troubler le cours des jours : Chloé s’y consacre avec une ferveur tranquille. Le télétravail, qui lui sied si bien, s’accommode pourtant mal de l’étroitesse de l’appartement ; mais elle en retire une discipline et une liberté qui semblent l’épanouir. Elle a retrouvé ce rôle de maîtresse de maison qu’elle chérit tant, avec toutes les corvées que cela implique, l’obligeant à une constance discrète ; et nous apprenons, au fil des jours, à choisir parmi les traiteurs de Lausanne les mets que nous préférons et qui composent désormais notre table familière. Dans ce cadre modeste, le travail qu’elle accomplit impose à mon regard une admiration silencieuse, presque grave.
Sur le plan professionnel, je me découvre apaisée: le travail, dense et multiple, se déploie sans cette tension sourde qui pesait sur nous en France. Ici, je ne me débats plus contre des exigences contraires ; je suis là pour accomplir ma tâche, m’inscrire dans une équipe, afin qu’ensemble nous œuvrions à offrir aux patients les conditions de soin les plus dignes possibles. Je m’attache désormais à assimiler, un à un, les points obscurs que le hasard de mes expériences met sur ma route ; mais l’effort d’absorption se fait moins pressant, moins touffu qu’autrefois. Je viens tout juste d’entamer ma thèse: il n’est pas aisé de l’inaugurer sur l’écran de mon laptop, dans cet espace réduit qui m’enserre. J’hésite à troubler Chloé lorsqu’elle est en télétravail ; aussi, je me réfugie souvent dans mon bureau à l’hôpital, où je trouve un ordinateur de bureau qui me permet de mieux travailler. Vous me direz que j’ai le temps (trois ans) mais je préfère avoir du temps en fin de thèse plutôt que de terminer celle-ci dans le bus le jour du dépôt.
Même si notre blog se veut l’expression d’une vie partagée entre femmes sans provocation, nous ne nous accoutumons jamais aux injures que nous recevons. Elles reviennent, obstinées et brutales, comme un ressac : elles n’ont pas pour dessein de discuter mais d’effacer, de réduire notre présence au silence et à la caricature. Ces paroles – “sale pute”, “je vais te casser en deux avec ma queue”, “tu as sucé pour réussir”, “retourne à la cuisine” – semblent surgir d’un passé qui ne désarme pas, répétant la même haine sous des formes à peine renouvelées. Par périodes, pour des raisons obscures, cette hostilité s’exacerbe ; comme si l’ordre du monde imposait encore de nous rappeler à une prétendue condition, à ce lieu subalterne où l’histoire patriarcale voudrait nous maintenir.
Il est fréquent que l’on nous envoie une phrase aussi choquante que celle-ci : « Je vous encule toutes les deux. » Cette formulation est manifestement maladroite sur le plan grammatical. Au présent de l’indicatif, elle n’a pas de sens clair. Au passé composé, on pourrait dire : « Je vous ai toutes les deux enculées », ce qui indiquerait que l’action est déjà accomplie. Au futur : « Je vous enculerai toutes les deux », qui peut ressembler à une menace ou à une promesse selon le contexte. Au présent, la phrase suggère une action en cours, ce que la situation de Chloé et moi réfute. Bonne chance pour expliquer cela aux gens des banlieues !
Une autre petite anecdote, que Chloé aime beaucoup que je raconte en famille : cela se déroulait dans les couloirs de la fac à Paris : un étudiant me crie « Gouine ». Je me suis retournée en lui tendant la main et en lui disant : « Enchantée, moi, c’est Clotilde ! »
Plus sérieusement ; nous voilà au XXIᵉ siècle, que l’on dit éclairé ; mais il n’en est rien. La misogynie persiste, tranquille, comme un fond d’air vicié que nul ne dissipe. Les responsables politiques détournent les yeux : à les entendre, “les hommes ont toujours fait ainsi”, “les femmes n’ont qu’à se débrouiller”. Voilà le vieux refrain par lequel on retarde indéfiniment l’urgence de l’égalité. Or je suis persuadée que les solutions ne peuvent venir que d’un ordre collectif et de décisions assumées ; mais comment croire à une volonté politique quand tant d’hommes au sommet de l’État, sous le vernis du pouvoir, se trouvent compromis dans des affaires d’abus et de violence sexuelle. Face à ce spectacle, je mesure combien la route demeure longue: encore des années de silence, d’inertie et d’aveuglement, avant que se fissure ce mur d’indifférence et que soit enfin reconnue la violence infligée aux femmes comme l’injustice fondamentale qu’elle est.
On pourrait commencer par reconnaître, avec une lucidité obstinée, ce que l’on nomme communément les clichés : ces bestioles tenaces qui, comme des mauvaises herbes, semblent reprendre vigueur à travers les générations. Le premier cliché, celui qui se joue d’un couple lesbien : Laquelle des deux tient le rôle de l'homme qui “porte la culotte” – expression bien phallocrate et patriarcale –, mérite d’être mise à nu. Or, il faut le dire sans pudeur : le principe même d’un couple lesbien est, précisément, l’absence d’homme. Deux femmes qui s’aiment – et chacune avec sa singularité, son goût, sa volonté – ne sauraient être le prélude d’une lutte contre le sexe opposé ; elles sont simplement deux personnes qui choisissent leur chemin.
J’ose dire, peut-être décevant pour certains, que ce qui unit deux femmes ne réside pas dans une hiérarchie, mais dans l’accord et le refus du destin tout tracé. L’amour entre nous ne se réduit pas à une répartition des rôles, mais à une rencontre fondée sur la projection réciproque d’une liberté partagée, sur la reconnaissance de l’autre comme sujet et non comme objet.
Deuxième stéréotype : être lesbienne ne signifie pas être misandre. Nous ne faisons pas partie d’un auguste club secret, ni d’un complot contre la masculinité. Je bannis d’emblée ce fantasme paranoïaque : être lesbienne, c’est être une femme et aimer une autre femme sans haïr les hommes. Nombre de lesbiennes ont des frères, des pères, des amis masculins qu’elles chérissent et respectent. Parce que l’amour et l’amitié ne se président pas à l’aune d’une orientation sexuelle. Et la conclusion est simple : les lesbiennes n’aspirent pas à une domination universelle ; elles désirent simplement vivre leur vie, libre et tranquille, au cœur de leurs choix et de leurs combats propres.
Troisième stéréotype: penser que la sexualité entre femmes n’existe pas ou que ce n’est pas du « vrai sexe ». La prégnance du patriarcat dans le champ de la sexualité, où les hommes sont perçus comme garants de la jouissance et du plaisir, mérite d’être interrogée. Je ne développerai pas ici la phrase qui m’arrive trop souvent : « c’est parce que t’as jamais eu une bonne queue entre les jambes ». La sexualité entre femmes est bien réelle et contribue à une diversité de pratiques ; je vous laisse découvrir celles-ci par vous-même via internet, si le cœur vous en dit.
Revenons à notre vie lausannoise :
Je m’emploie à organiser une visite guidée de Lausanne ce week-end. Ce n’est pas seulement la curiosité qui nous y pousse, mais une exigence plus profonde: pénétrer dans la trame invisible d’une cité dont les murs, les places et les monuments racontent une longue fidélité aux générations disparues. Conduits par une guide, nous irons à la rencontre du patrimoine, de l’architecture, de tout ce qui subsiste comme témoignage d’un monde façonné avant nous. Nous ne cherchons pas seulement à voir, mais à comprendre ; à laisser l’histoire du lieu nous traverser afin qu’à travers elle nous puissions habiter plus justement cette terre nouvelle. Je pense que cela est indispensable pour s’intégrer totalement à notre nouvel environnement et à notre nouvelle vie.
A vous tous, je vous souhaite une excellente semaine.
A Bientôt,
Chlo & Til



Hello,
RépondreSupprimerC'est marrant, car une fois, tu avais écrit que tu voulais garder une certaine sobriété pour ta voiture comme te l'avait enseigné Zabeth et je m'étais dit à moi-même "J'espère que ça n'est pas la rouge quand même !". Je t'assure, Chloé, c'est mieux le blanc !
Ces deux petits chats sont quand même d'un tout autre niveau par rapport à l'essentiel des objets qui pendouillent sur les rétroviseurs. Ils vous représentent très bien !
Comme vous avez pu le remarquer la stupidité et la méchanceté ne sont pas en voie de disparition ...
Connaissant à peu près aussi bien la ville que la campagne et pas trop mal les différentes strates sociales, je dirais que les esprits serviles ont largement été contaminés par la bétise intergénérationnelle ainsi que par certains écrits de certaines religions.
Dernièrement, je lisais dans le Nouvel Observateur un article sur une Directrice d'école, Caroline Grandjean, qui s'est suicidée victime de harcèlement lesbophobe.
Beaucoup de gens sont demeurés, c'est quelque chose dont on se rend un peu mieux compte à chaque année qui passe en gagnant en maturité lol.
Et ne vous fiez pas au vernis, quand on gratte un peu, on tombe parfois de haut.
Ca me choque d'autant plus que je n'ai pas de facilités intellectuelles, je suis un besogneux. Dès lors, je ne peux pas prendre les gens de haut. Mais quand je vois le niveau de sotise de beaucoup, mon dieu ...
Parfois, je me dis que si j'étais Président de la République, les centres psychiatriques seraient bondés.
Reste l'espoir ChatGPT, ce puits de savoir nous sauvera-t-il ?
- Non lol (fin du débat)
La bêtise marque, interloque plus que bien des choses. Il faut la fuir, la couper comme la gangrène.
Nous sommes des animaux, ces abrutis ne l'ont toujours pas compris. Leur QI situé entre 0 et celui d'une poule pondeuse, ne leur permet pas de comprendre. C'est la vie. Je ne suis pas assistante sociale et vous ne l'êtes pas non plus.
Bonne visite et bonne fin de semaine à tous.
Bises
Coucou Arnaud,
SupprimerOui, j’ai vraisemblablement dit vouloir une voiture sobre et mesurée; mais ce sont les joies du couple et le compromis qui les tisse: en somme, je n’ai guère eu le choix et j’ai cherché à contenter Chloé.
Je suis heureuse de voir que tu partages pleinement mon avis sur la couleur du véhicule. Oui, il est vrai que les deux petits chats de Chloé sont d’une mignonne douceur; cela lui ressemble, et lorsque Chloé touche à artistique, cela devient quelque chose d’extraordinaire.
Quant aux attaques des lesbophobes, il faut bien le dire: au XXIe siècle, cela demeure incroyable. On répète sans cesse que leurs insultes ne nous atteignent pas, et pourtant elles laissent, malgré tout, des traces de confiture sur la moquette. On me reproche parfois d’être hautaine, de prendre les gens de haut. C’est une accusation qui m’irrite, et qui, en vérité, n’a rien à voir avec ce que je suis: je ne juge pas les êtres qui me sont chers; avec eux, je dialogue; les autres, eh bien, je les évite, faute d’âme commune ou d’intérêt partagé.
Ne pas juger n’est pas absence de discernement, mais reconnaissance de l’énigme irréductible de chaque être. C’est accepter que l’autre, comme moi, est libre d’être ce qu’il est, avec ses choix, ses blessures et ses rêves. Juger, c’est souvent réduire l’infini de la réalité humaine à une catégorie, à une étiquette: bon/ mauvais, précieux/ déclassé, digne/Insondable. Or la réalité est mouvante et ambigüe; elle échappe à nos hiérarchies faciles. En refusant de juger trop vite, on s’ouvre à la complexité et on renoue avec l’idée que l’existence précède l’essence: c’est l’action et le vécu qui révèlent qui nous sommes, pas une première impression.
Bonne semaine et merci pour ta patience. Bisesss
S'il y a bien une chose que je pensais, c'était que ce cadre conviendrait à Chloé. Tout artiste a besoin de cette quiétude, cette distance, il me semble, pour s'épanouir au mieux. C'est génial !
RépondreSupprimerDans cette société, je trouve que tout est fait pour effacer l'individualité. Chaque personne semble poussée dans une case avec les critères qu'elle doit s'approprier avec une dose d'hypocrisie conséquente. Cela débouche sur des caricatures et je trouve ça assez effrayant.
Les gens sont terriblement formatés, cela me rappelle bien des lectures ...
Gardons notre libre arbitre et notre personnalité propre !
Coucou Arnaud,
SupprimerOui, nous sommes toutes deux heureuses et relativement épanouies. Je ne parlerai pas des formes de ma chérie — petit coup bas qui se glisse sans bruit, comme une tache sur une page blanche. Nos emplois respectifs nous plaisent, et la vie ici demeure agréable, simple et lourde de possibilités, comme une porte qui s’entre-ouvre sur l’inconnu. Maintenant nous attendons notre appartement avec impatience.
Notre seule inquiétude — et elle n’est pas mince — porte sur le regard culturel qui nous sépare de Paris; et pourtant, depuis notre arrivée, nous n’avons pas encore trouvé le temps de parcourir les musées de cette ville nouvelle qui nous accueille. Constatant ce qui vient de se passer au Louvre, nous réalisons qu’il ne faut pas que nous attendions trop, sinon nous nous retrouverions face à des pièces vides. Plaisanterie mise à part, ce vol demeure une catastrophe réelle, une injure à notre conscience collective et à notre responsabilité envers les biens qui nous dépassent. Macron n’a pas su les garder — et à quel moment devons-nous applaudir?
Bonne semaine, et gardons intacte notre liberté de regarder, d’apprendre et d’agir. Bisesss
Oui, j'imagine que vous devez regarder votre calendrier pour pouvoir entrer dans ce fameux appartement et pouvoir trouver une grande chambre lol.
SupprimerIl est certain que le foisonnement culturel de Paris est unique mais j'espère que vous trouverez votre bonheur à Lausanne et dans les environs.
J'emprunte lors de mes randonnées estivales un chemin qui avait été commandé par Napoléon III pour l'Impératrice Eugénie afin d'accéder à un cirque (enceinte naturelle entourée par des parois rocheuses en forme de demi cercle) et je pense souvent aux pas de ceux qui m'ont précédé dans l'histoire. Et j'ai donc appris que la couronne de l'Impératrice avait été dérobée au Louvre puis retrouvée endommagée.
Il me semble que le minimum aurait été une démission de la Ministre de la Culture Dati mais avec le nombre de casseroles qu'elle traine, je pense qu'une de plus dans sa collection la mettrait presque en joie.
En même temps, dans ce petit monde où c'est "je te tiens, tu me tiens par la barbichette", personne n'a à assumer de responsabilités. On va dire que c'est la faute de la fenêtre et de voyous qui ont eu une enfance difficile lol.
C'est comme la déclaration de patrimoine de Mr Macron après son passage chez Rotschild, une blague. Bon c'est sûr que les tonnes de laque de Brigitte doivent avoir un coût mais tout de même.
Quand je vois ça, ça me motive encore davantage à être totalement incorruptible.
Bises et courage pour l'éloignement géographique temporaire. Ca ne sera que plus intense quand vous vous retrouverez.
Ciaociao