J'ai eu la chance d'être acceptée au sein d'une famille coréenne, une communauté, plutôt qu'une école traditionnelle, mais un club familial où l'on se réunit sur le tatami comme pour affirmer qu'un soi peut naître dans la multiplicité des regards et des gestes.
Nous sommes vingt personnes, assemblées sans distinction de caste, et pourtant cela ne fait pas de cet espace une simple salle d'entraînement : c'est une arène où se joue, jour après jour, la possibilité d'être soi sans se nier. Je ne suis pas fervente des cérémonies solennelles ; je ne suis pas une adepte de l'ouverture du cours avec l'hymne national, comme si la discipline pouvait se réduire à un symbole. Par ailleurs, cela ne peut me nuire non plus : l'exigence du corps est aussi l'exigence de la conscience.
Le Taekwondo n'est pas, selon les idées reçues, un art martial ancestral que l'on admirerait comme un musée vivant ; il est d'origine coréenne, et son nom peut se traduire par « La voie des pieds et des poings » (« tae » frapper du pied, « kwon » frapper du poing, « do » voie, esprit). Officiellement, il fut institué le 11 avril 1955 par le général Choi Hong Hi. Dans ce cadre pratique, l'art martial se décline en pratiques diverses : le Poumsé — équivalent du kata du karaté — que l'on décrit comme un combat simulé contre un adversaire imaginaire ; les Hanbon Kyorugi, schéma codifié de self-défense ; ou encore les Hosinsul, qui relèvent de la défense personnelle.
Comme dans tous les arts martiaux, l'éthique occupe une place essentielle, incarnant la quête du bien. La philosophie du taekwondo s'articule autour de cinq préceptes qui façonnent l'existence de chaque taekwondoïste.
Ye-ui : la courtoisie, la politesse, la modestie, l'hygiène — autant de vertus qui tissent le tissu de la dignité humaine.
Yom-chi : la loyauté, l'intégrité, le sens de l'honneur — ces piliers fondamentaux qui forgent la conscience morale.
In-nae : la persévérance, cette force intérieure qui persiste face aux épreuves, révélant la véritable détermination.
Geuk-gi : la maîtrise de soi, le respect, le courage, le sacrifice — autant de qualités qui transcendent l'individu pour l'élévation collective.
Baekjeol-bulgul : la combativité, l'esprit fort, la fermeté inébranlable — la volonté ardente de se battre, de se surpasser, de ne jamais faiblir.
J'ai commencé ce sport en 2025, et je sais bien que je n'en suis qu'aux premiers pas de mon apprentissage. À ce stade, ma meilleure défense reste encore la fuite, la fuite qui permet peut-être, provisoirement, de sauver ce qui peut l'être. Mais il y a progrès : je suis aujourd'hui ceinture orange, et je m'entraîne deux heures chaque soir pendant que Chloé s'entraîne à la boxe. Grâce à ma très grande souplesse, selon le Maître, chaque jour est un grand pas en avant. Cette routine est plus qu'un rituel : elle est une tentative de transformer l'angoisse du jour en énergie, d'expulser les tensions et les énergies négatives qui pourraient m'empoisonner l'existence.
Ainsi, sans illusion, je marche sur ce chemin : libre dans mes gestes, consciente des limites que m'impose mon corps, résolue à faire du sport non pas un simple passe-temps, mais une pratique qui me révèle à moi-même.
À Bientôt,
Til.

