Tous les jeudis soir, c'est une harmonisation de soi dans l'effort. Je me jette à l'eau, telle une conscience qui se fait corps.
Je nage un kilomètre à chacune de mes venues. Je pratique trois des quatre nages : le crawl, le dos crawlé et la brasse ; la nage papillon demeure une épreuve trop éprouvante pour mon petit être, trop gourmande en énergie pour une existence qui cherche son sens. Ma préférence va au dos crawlé, cet instant où le monde, en dérapant sous mes épaules, devient moins incompréhensible et plus présent. J'oscille entre 29 min 20 s et 30 min 00 s, selon ma forme, et ma petite stature ne me permet pas de réaliser des prouesses prestigieuses ; elle rappelle plutôt l'idée que la grandeur n'est pas nécessairement dans la vitesse, mais dans la fidélité à une tâche que l'on choisit librement.
Katie Ledecky, détentrice du record du monde sur 1500 m, tourne en 15 min 20 s 48, soit environ 10 min 14 s par kilomètre — incroyable révélation qui rappelle que l'espace qui nous entoure peut être redéfini par la pureté de l'effort, même lorsque notre propre corps semble dire non.
Je suis membre du Lausanne Aquatique, ce qui m'accorde un couloir de nage pour m'entraîner. Un privilège matériel qui m'offre l'espace d'affirmer dignité et liberté, par la constance et par le choix.
À Bientôt,
Til.

